Mémoires d'un pays
Episodes Série Home


General History

 

Héritage

Vers le milieu des années 1800, environ 7 300 quakers vivaient en Ontario. Actuellement, 150 ans plus tard, 1 000 quakers entretiennent leur foi et leur religion en suivant les fondements établis par George Fox il y a plus de 300 ans.13 Leur rêve de créer des colonies pacifiques au Canada n’est pas devenu réalité, mais leur travail d’artisans de la paix a subsisté jusqu’à nous durant tout l’âge moderne.

C’est en raison de leur croyance à la « lumière intérieure » que bien des quakers ont quitté le Sud des États-Unis ségrégationnistes pour venir au Canada, où ils se sont consacrés sans relâche à des causes humanitaires. Après l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne et dans ses colonies, les quakers ont joué un rôle fondamental dans l’établissement du chemin de fer clandestin en risquant la persécution et parfois même la mort pour amener des esclaves à la liberté. Dans les années 1800, lorsque les conditions du système carcéral canadien étaient intolérables, les quakers ont contribué à les améliorer.

Aujourd’hui, un grand nombre d’entre eux aident activement les réfugiés politiques provenant de pays déchirés par la guerre à s’établir au Canada. Les quakers, bien qu’ayant refusé de se battre lors des deux guerres mondiales du siècle dernier, se sont employés constamment à en atténuer les conséquences catastrophiques en portant assistance aux deux camps dans l’Europe d’après-guerre. Cette contribution leur a d’ailleurs valu la reconnaissance publique en 1947 lorsque des organismes internationaux de la Société religieuse des Amis ont reçu le Prix Nobel de la Paix.14

L’un des premiers colons quakers à s’établir dans la rue Yonge, Timothy Rogers, a élu domicile près de Newmarket in 1801. Les quakers ont réussi à entretenir de bonnes relations avec la population autochtone qu’ils traitaient en égale. Timothy Rogers a construit dans la rue Yonge un lieu de culte qui est aujourd’hui l’un des plus anciens temples religieux de l’Ontario. Les descendants de Timothy Rogers, Edward et son fils Ted, sont devenus des chefs de file de la révolution des communications au Canada et dans le reste du monde.

Les quakers maintiennent depuis les années 1600 la tradition bien implantée de permettre aux femmes de poursuivre des études supérieures. Il n’est donc pas surprenant que la première femme médecin du Canada, Emily Stowe, ait été une quaker et une ardente militante en faveur du droit des femmes à accéder à des études supérieures.

Même si les quakers n’ont pas pris position lors de la guerre de l’Indépendance américaine, ceux qui sont venus s’établir au Canada au début des années 1800 ont été influencés par les changements et l’esprit d’indépendance qui étaient apparus aux États-Unis à la suite du conflit. Ces premiers colons quakers, malgré les persécutions dont ils étaient victimes en raison de leur refus de prendre part à la guerre, ont alors commencé à préconiser des réformes et à s’opposer au Pacte de famille. Certains pensent que les quakers étaient les instigateurs de la rébellion de 1837, bien qu’ils aient encouragé les réformes par la discussion et non par la violence. Durant la guerre du Vietnam, des quakers canadiens ont expédié des fournitures médicales aux deux camps en conflit, ce qui a irrité les États-Unis qui ont accusé le Canada de commercer avec l’ennemi. La seule façon pour les quakers de faire parvenir les fournitures au Vietnam du Nord était de les faire transiter par la Russie, ce qui a encore plus contrarié les Américains.
La majorité des quakers vivent à présent en Ontario, et dans l’ensemble, demeurent tournés vers l’avenir et tentent de contribuer à un monde meilleur en mettant l’accent sur la paix, l’éducation et l’égalité pour tous.

En dépit de leur petit nombre, les quakers ont sans contredit profondément marqué l’âme canadienne. Les longues traditions de paix, de tolérance et de compromis du Canada remontent aux débuts de la colonie, lors de l’arrivée des mennonites et des quakers. Ces deux groupes se sont toujours opposés vigoureusement à la guerre, refusant de faire leur service militaire.

Les Canadiens, qui disent souvent « rechercher un compromis » non par la violence mais par la négociation, ont mérité une réputation mondiale de gardiens de la paix depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est par cette solution pacifique, fondée sur les croyances quakers, que les Canadiens se sont rendus célèbres. Voilà le véritable héritage des quakers, et ce sont des femmes et des hommes comme Nicholas Austin, qui se sont accrochés fermement à leurs croyances, qui l’ont préservé.

N O T E S

1, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12
The quakers in Canada - A History, par Arthur G. Dorland, The Ryerson Press, Toronto, 1968

9, 13, 14
L’Encyclopédie canadienne, édition 2000, rédacteur en chef James H. Marsh, McClelland & Stewart Inc., The Canadian Publishers, Toronto (Ontario), 1999

4
Canadian Geographic, Promised Land: The Final Stop on the Underground Railroad was Canada, juillet-août 1995, vol. 115, no 4, par Don Gillmor

2
Daughters of Light : Quaker Women Preaching and Prophesying in the Colonies and Abroad, 1700-1775, par Rebecca Larson, New Republic, 20 mars 2000, vol. 22, no 12

précédent