Mémoires d'un pays
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General History

   Obstacles

Les quakers ne sont plus que 1 000 au Canada. Leur foi en « la lumière intérieure », qui se traduit par l’égalité des hommes et des femmes sans distinction de couleur, de croyance ou de religion, a été considérée comme la plus difficile à respecter. Si on croit que la lumière intérieure se trouve en chaque personne, on doit forcément croire que son ennemi la possède aussi. Dans ce cas, si on s’attaque à un ennemi, on s’attaque aussi à Dieu. Par conséquent, les quakers sont pacifistes, et ce pacifisme a entraîné leur migration en grand nombre, tout d’abord vers les 13 colonies d’Amérique, puis vers le Canada après la guerre de l’Indépendance. Les quakers devaient faire face, non seulement aux obstacles énormes à surmonter pour tirer une maigre subsistance d’une région sauvage, mais aussi aux conséquences de leur refus de combattre qui les mettaient en butte à l’hostilité des Anglais et des Français. Ce harcèlement s’intensifiait en temps de guerre, surtout lors de la guerre de Sept Ans entre l’Angleterre et la France et de la guerre de l’Indépendance.

Après cette dernière, les quakers ont suivi les loyalistes vers le nord à destination du Canada. Ils espéraient y établir une colonie pacifique, libre de tout harcèlement. Afin de prouver leur neutralité durant le conflit, les quakers ont refusé des Britanniques toute concession de terre susceptible d’être interprétée comme une récompense de leur loyauté.(10)

La concession de terre acceptée par les quakers se rattachait à certaines conditions. À l’instar de tout autre colon à cette époque, Nicholas Austin a obtenu une concession parce qu’il a consenti à remplir certaines conditions, notamment défricher la terre, construire des routes, amener d’autres colons et fonder une communauté. En s’efforçant de défricher une forêt vierge isolée et d’attirer des colons afin de respecter une échéance très stricte, Nicholas a affronté d’énormes obstacles. Un colon capable de déboiser 10 acres de terre en une année était considéré comme ayant connu une année remarquable.

En dépit de leur quête d’un royaume pacifique au Canada, la croyance des quakers en une lumière intérieure a été mise à rude épreuve dès le départ avec la déclaration de guerre entre les États-Unis, expansionnistes, et la colonie du Canada. Les communautés quakers des régions de Niagara et de Toronto étaient déchirées entre leurs fermes croyances à la paix et l’invasion par l’armée américaine.
Des colons qui se débattaient pour défricher la terre et aménager l’infrastructure de leur communauté devaient en outre subir les exactions de taxes additionnelles en raison de leur refus de participer à la guerre de 1812.(11)

Le 21 juin 1812, tandis que la guerre faisait rage, le quaker canadien David Willson a eu la vision d’une femme à demi nue debout dans une rivière avec un nouveau-né dans les bras. Willson a cru que cette vision lui commandait de créer une nouvelle religion, « les Enfants de la paix ». Il a réussi à convaincre plusieurs centaines de quakers de le suivre et de déménager à Sharon, en Ontario, où ils ont construit une réplique du temple de Salomon.

Des dissensions parmi ses fidèles avaient continuellement miné la religion quaker en Amérique du Nord, la plus grave étant survenue en 1828. Cette année-là, le charismatique prêcheur quaker Elias Hicks a eu une divergence d’opinion fondamentale durant l’assemblée annuelle. À la suite de ce désaccord, Hicks s’est séparé du mouvement principal pour suivre sa propre voie et son interprétation du quakerisme. Près de la moitié des quakers d’Amérique du Nord l’ont rejoint. L’année 1828 est alors devenue l’année de la « Grande séparation » pour les croyants quakers. Ceux qui ont suivi Elias Hicks ont été surnommés « Hicksites », tandis que ceux qui sont demeurés fidèles au mouvement original ont été appelés « orthodoxes ».(12)

Le schisme était total et pénible et a entraîné des années de dissensions entre les deux factions, affaiblissant la religion en Amérique du Nord. Il a fallu attendre l’année 1955 pour qu’une assemblée annuelle réunissant les Hicksites et les orthodoxes soit tenue.
Aujourd’hui, la communauté quaker demeure active, bien qu’elle soit restreinte. Son influence persiste dans de nombreux secteurs de réforme sociale. Le principal défi des quakers d’aujourd’hui consiste à augmenter le nombre de leurs membres et à en attirer de nouveaux, plus jeunes.

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