Mémoires d'un pays
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General History

  L’histoire de l’immigration quaker au Canada

La conviction que chacun a quelque chose de Dieu en lui, l’esprit de Dieu ou « la lumière intérieure », sans distinction de race, de croyance ou de couleur, constitue le fondement théologique établi par George Fox il y a plus de 300 ans, lorsqu’il a formé la Société religieuse des Amis ou, comme on les appelle communément, les « quakers ». Au début, les disciples de Fox ne considéraient pas leur mouvement comme une nouvelle Église. Pour eux, il s’agissait de la redécouverte d’un vrai mode de vie chrétien, car ils croyaient que leur forme de liturgie et leurs principes étaient élémentaires et fidèles aux enseignements du Christ. Ils s’attendaient que tous les chrétiens du monde suivent leur mouvement, ce qui ne s’est pas produit. Seule une petite minorité de chrétiens s’est convertie au quakerisme.
George Fox et son groupe se sont donné un certain nombre de noms à l’origine; ils se sont d’abord appelés « Seekers » puis « Enfants de lumière » en référence à leur croyance à la lumière intérieure de chacun. Ils ont adopté ensuite le nom « Amis » par analogie aux paroles du Christ « je vous ai appelés amis », puis finalement « la Société religieuse des Amis ».(1)

Ironie du sort, le mot quaker [mot anglais signifiant « trembleur »] est un terme de mépris inventé par leurs détracteurs pour les décrire après qu’un de leur ministre eut déclaré qu’ils étaient les seuls à trembler devant Dieu.(2) Le terme est resté, même parmi les quakers.
La Société religieuse des Amis estime que chaque membre a le droit de prendre la parole devant la congrégation. Partant du principe que chaque personne possède la « lumière intérieure », ils ne peuvent prendre part à aucune guerre ni régler un conflit par des moyens agressifs, qu’ils soient verbaux ou physiques. Même le règlement d’un litige par l’intermédiaire d’un système judiciaire sans d’abord tenter de parvenir à un compromis ou de discuter est vu comme contraire aux croyances religieuses des quakers.(3)

Les quakers n’approuvaient pas l’esclavage parce que selon leur croyance, les Noirs possèdent la lumière intérieure autant que les Blancs. Ce sont les quakers de Columbia, en Pennsylvanie, qui ont été les premiers à organiser le chemin de fer clandestin en 1804 et qui ont fait campagne pour l’abolition de l’esclavage aux États-Unis.(4)

Un groupe de quakers local pouvait célébrer un culte chaque semaine, chaque mois ou chaque trimestre, mais le culte annuel était le plus important. Un ministre s’adressait à l’assemblée, mais n’importe quel fidèle pouvait prendre la parole. Durant ces cultes, tout conflit, problème ou écart était réglé. Les décisions prises lors du culte annuel étaient finales et exécutoires. C’est le refus des quakers de faire la guerre ou de participer de quelque façon que ce soit à une guerre qui les a fait entrer en conflit avec le système judiciaire de l’Angleterre et a entraîné leur départ pour l’Amérique du Nord aux XVIIIe et XVIIIe siècles. Plusieurs des premiers colons d’Amérique du Nord étaient quakers. Il y avait des communautés quakers prospères dans les 13 colonies, la principale ayant été formée par le ministre quaker William Penn, dans ce qui deviendrait plus tard la Pennsylvanie.

Les quakers des États-Unis, bien qu’ils s’y soient établis au nom de la liberté religieuse, subissaient quand même un certain harcèlement de la part des Anglais et des Français. À une certaine époque, cent bateaux faisaient partie de la flotte des quakers de l’île de Nantucket, qui pêchaient dans ses eaux depuis 1659. Durant la guerre de Sept Ans entre la France et la Grande-Bretagne, les quakers ont subi des pertes matérielles tant à cause des Français que des Anglais. Ils ont été enrôlés de force dans la Marine britannique ou se sont fait attaquer par les Français et ont vu leurs possessions confisquées.(5)

Au printemps 1762, 14 ans avant l’Indépendance américaine, 48 familles quakers quittaient Nantucket pour emprunter la route du nord vers Barrington, en Nouvelle-Écosse. Durant les 12 premières années de son existence, cette colonie n’a connu que les difficultés inhérentes à toute entreprise du genre. Au cours de la guerre de l’Indépendance américaine, toutefois, les quakers ont été exposés à des attaques des deux camps. Ils ont perdu leurs biens, ce qui les a rendus incapables de survivre à Barrington. Menacé de famine, ce premier groupe de pionniers quakers est retourné à Nantucket où il a été accueilli chaleureusement.(6)

Durant la guerre de l’Indépendance, les quakers ont conservé leur neutralité et tenté de continuer à cultiver la terre tout en maintenant leur mode de vie tandis que la bataille faisait rage autour d’eux. Bien qu’ils aient subi des pertes matérielles et qu’ils aient craint les attaques, on ne rapporte aucun mort parmi les quakers. Toutefois, l’histoire fait mention de quelques guerriers autochtones arborant une ceinture de scalps frais qui ont fait irruption lors d’un culte, mais qui sont repartis sans plus de dommages.

Même si les quakers ont souvent été associés aux Loyalistes de l’Empire-Uni, ils n’avaient aucune loyauté envers les Britanniques et n’ont rallié aucun camp durant le conflit. Ils n’ont pas plus soutenu les Britanniques en combattant qu’ils ne leur ont fourni des vivres ou un abri. Un bon nombre de quakers sont partis vers le nord avec la vague de Loyalistes, croyant qu’ils auraient de meilleures chances de vivre en paix au Canada que dans les colonies ravagées par la guerre. Les quakers ne voyaient pas d’inconvénient à ce qu’on les assimile aux Loyalistes, bien qu’il ait été contraire aux enseignements de leur Église d’accepter une concession de terre des Britanniques en récompense de leur loyauté durant la guerre. Ils ne pouvaient accepter que des terres offertes à n’importe quel colon à l’époque, à condition qu’il défriche et construise des routes. Ces concessions de terre se distinguaient de celles qui étaient accordées sans réserve pour loyauté.

Des communautés quakers ont surgi dans les Maritimes, au Québec et dans le Haut-Canada, souvent isolées les unes des autres. Dans les années 1700, la colonie quaker d’Uxbridge, en Ontario, était la communauté blanche établie la plus au nord de la province. Jusqu’à cette époque, les régions sises au nord d’Uxbridge se constituaient de forêts vierges et de territoires autochtones. D’autres colonies quakers en Ontario ont été établies dans la baie de Quinte, dans le district de Niagara et à Pickering.

Au début des années 1800, les quakers ont migré en masse vers l’Ouest des États-Unis. Quelque 28 000 d’entre eux, provenant principalement des États du Sud, ont pris la route de l’Ouest pour fuir l’esclavagisme entre autres raisons. Sur ces 28 000 quakers, un petit nombre s’est dirigé vers le nord où ils ont fondé des colonies dans l’Ouest du Canada et sur la côte du Pacifique.(7)

Les quakers ont gardé la neutralité durant la guerre de 1812. L’établissement de Sharon, en Ontario, et des communautés voisines de la ville de York se sont vues infliger de lourdes amendes et confisquer leurs biens par les Britanniques par représailles pour avoir refusé de prendre part à la guerre. Un quart de siècle plus tard, deux quakers se sont impliqués dans le mouvement de rébellion du Haut-Canada. Même si les quakers s’opposaient à la violence et voulaient tenter de résoudre le conflit avec le Pacte de famille grâce à un compromis, ils ont été traités de lâches par les rebelles et ridiculisés en raison de leur position pacifiste. Après l’échec de la rébellion, les troupes britanniques en ont pourchassé les meneurs ou les personnes ayant trempé dans le conflit.

Joshua Doan et Joseph Gould, descendants de deux des premières familles quakers établies en Ontario, ont été arrêtés. Ils ont été les deux seuls quakers à jouer un rôle prédominant dans la rébellion, bien qu’un grand nombre de leurs condisciples, qui en avaient assez des persécutions endurées sous le régime des Britanniques et du Pacte de famille, ont enfreint la doctrine de paix quaker et soutenu les rebelles.(8)
L’influence quaker au Canada a commencé à décliner avec la fin de l’âge d’or de la colonisation et du XIXe siècle. Vers 1860, on ne comptait que 1 000 quakers en Ontario, où ce nombre demeure constant à ce jour.

Les quakers ont fourni une aide humanitaire durant lors des deux guerres mondiales en s’occupant des blessés et en travaillant à apporter la paix. En 1947, l’International Service Body de la Société des Amis a été récompensé pour ses efforts de secours et de paix par le Prix Nobel de la Paix.(9)

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