Mémoires d'un pays
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La révolution hongroise de 1956

Du 23 octobre au 4 novembre 1956, les étudiants et travailleurs hongrois sont descendus dans la rue pour protester contre la brutalité du régime soviétique et la campagne de terreur que le dirigeant soviétique Joseph Staline avait lancée contre le peuple hongrois après la Deuxième Guerre mondiale. Les Hongrois ont installé au pouvoir un nouveau premier ministre, Imre Nagy, qui a proclamé la Hongrie « pays neutre » au milieu de la guerre froide qui menaçait le monde à l’ère du nucléaire. Le premier ministre Nagy a déclaré que son pays ne devrait plus être considéré comme un élément du Pacte de Varsovie. Pendant que la bataille faisait rage entre les habitants de la capitale, Budapest, et les Soviétiques, Nagy a refusé de laisser l’armée hongroise combattre les chars soviétiques qui étaient entrés au pays les 23 et 24 octobre.13 Les historiens s’interrogent encore sur les motifs de ce refus.

L’Occident s’est montré étonnamment inefficace durant cette période. Les États-Unis avaient changé de tactique face à la menace communiste, préférant contenir plutôt que libérer les peuples sous contrôle soviétique.14 Les gouvernements britannique et français refusaient de commenter la situation en Hongrie. Ils étaient en pleine crise du canal de Suez, et en octobre 1956, la France et la Grande-Bretagne ont commencé à bombarder ensemble le secteur. La révolution hongroise s’est déroulée précisément en même temps que les bombardements de Suez. Le monde occidental, qui avait déjà participé à deux guerres mondiales en cinquante ans, n’était pas pressé de se mêler à un autre conflit, qui pouvait rapidement devenir nucléaire. Le 4 novembre 1956, les Soviétiques écrasaient la révolution hongroise. À peine quelques heures avant son arrestation, qui allait mener à son procès et à sa pendaison, Imre Nagy s’est adressé à la radio aux combattants hongrois, les exhortant à quitter le pays s’ils le pouvaient. Il a ensuite lancé cet avertissement au reste du monde : «[…] Aujourd’hui, c’est la Hongrie, mais demain ou après-demain, ce sera le tour d’autres pays car l’impérialisme de Moscou ne connaît pas de frontières et cherche seulement à gagner du temps. »

Deux heures après cet appel, les forces armées russes procédaient à l’arrestation de Nagy. Durant toute cette crise, le Canada et les autres pays membres de l’ONU sont demeurés à peu près silencieux. Deux cent mille Hongrois ont profité de cette révolution de fin d’octobre pour passer en Autriche,16 qui offrait l’asile à tous les Hongrois en mesure d’entrer sur son territoire. Parmi ces 200 000 Hongrois, 37 000 ont abouti au Canada. La plupart se sont établis à Toronto. Nombreux sont ceux qui ont pu profiter du « pont aérien vers le Canada », initiative mise sur pied par le gouvernement fédéral pour faire entrer rapidement les réfugiés au pays. La communauté hongroise de Toronto a exercé de très fortes pressions sur le gouvernement fédéral pour qu’il réagisse, et elle a amassé 900 000 $ pour venir en aide aux réfugiés.

Les Canadiens hongrois ont accueilli chez eux nombre de réfugiés. Même s’il s’agissait de purs inconnus, ils étaient traités comme des membres de la famille. Les églises canado-hongroises ont servi de centres de coordination de l’aide aux réfugiés, dont près de la moitié avaient moins de 29 ans. Nombre d’entre eux détenaient des diplômes universitaires qui n’étaient toutefois pas reconnus au Canada. L’adaptation à la société canadienne a été très difficile pour bien des réfugiés. Au pays, on continuait de se sentir coupable de ne avoir réagi avec plus de fermeté contre les Soviétiques pendant la révolution.