Mémoires d'un pays
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General History

  Histoire de l’immigration hongroise au Canada

Un des premiers Hongrois à venir au Canada était Stephen Parmenius. Il était chargé de faire le récit des voyages de sir Humphrey Gilbert. Ils ont mis pied en 1583 sur les côtes de Terre-Neuve, où Parmenius a noté parmi les premières impressions des Européens sur le Canada.(1)

Il a fallu attendre encore trois siècles pour que l’immigration hongroise en Amérique du Nord débute vraiment; ces premiers arrivants se sont dirigés en grande majorité vers les États-Unis. Dans les années 1880, la première vague d’immigrants hongrois a déferlé sur le Canada. Ils étaient attirés par les images du Canada que leur en peignait un agent d’immigration canadien qui se faisait appeler le comte d’Esterhazy.
Entre 1800 et 1900, des millions d’immigrants, européens surtout, sont arrivés en Amérique du Nord avec leurs maigres possessions sur le dos et l’espoir d’améliorer leur sort. Bien que la grande majorité de ces nouveaux arrivants se soient dirigés vers les États-Unis, certains sont venus au Canada, directement ou après un premier séjour aux États-Unis. Les Hongrois ont participé à cet exode assez tard.

Traditionnellement, la Hongrie attirait les immigrants, mais la situation a changé après la révolution de 1848 qui a donné lieu à d’importantes réformes sociales et politiques. Le servage a été aboli, les droits individuels, civils et politiques ont été garantis, et un gouvernement de type parlementaire a été constitué. Mais la question du régime foncier n’était pas résolue pour autant. Des années de troubles ont suivi, les paysans tentant de faire valoir leurs droits fonciers. En conséquence, les anciens serfs ont envahi massivement les villes hongroises où la révolution industrielle et la mécanisation venaient d’apparaître. Cette révolution, jumelée à l’agitation dans les campagnes, a entraîné pour la première fois un exode massif des Hongrois vers le Nouveau Monde.(2)

Entre 1870 et 1914, 639 541 Hongrois ont quitté leur pays, 90 % d’entre eux optant pour les États-Unis. À peine 2 %, soit 8 000, ont choisi le Canada. Pendant près de onze siècles, l’empire hongrois avait occupé tout le centre du bassin du Danube. La population hongroise était donc constituée d’un mélange ethnique qui s’est perpétué au Canada. Aux Hongrois ethniques (les Magyars) se mêlaient des Slovaques, des Allemands, des Roumains, des juifs, des Serbes et des Croates.(3)

Dans les années 1880, le Canada tentait désespérément d’attirer des immigrants capables de peupler l’Ouest. Même s’il n’existait pas de système de quotas officiel, on distinguait les immigrants compétents des indésirables. On considérait que les Hongrois faisaient partie de la première catégorie et qu’ils étaient aptes à endurer les rigueurs et les épreuves de la vie de pionnier. Le Canada a envoyé des agents d’immigration dans les pays qui retenaient son attention pour attirer les intéressés. L’agent dépêché en Hongrie était un homme qui se faisait appeler le comte d’Esterhazy, même s’il ne faisait pas partie de la noblesse. Il s’appelait en réalité Paul Oscar Esterhazy.

Esterhazy a réussi à faire accepter, d’abord par le Chemin de fer du Canadien Pacifique, puis par le ministère de l’Agriculture, ses projets grandioses de colonisation. Il envisageait la création, dans les Prairies canadiennes, d’une « petite Hongrie » que peupleraient les immigrants qu’il recruterait. Le gouvernement canadien l’a autorisé à agir en son nom comme agent d’immigration officiel.(4)

Esterhazy dépeignait l’Ouest canadien comme ce qui se rapprochait le plus du paradis terrestre : le sol était fertile, le climat agréable et les terres gratuites. Pour les Hongrois qui vivaient depuis plus de trente ans dans un climat de bouleversement politique et économique, il était difficile de lever le nez sur cette terre d’abondance, et plusieurs centaines d’entre eux se sont dirigés vers l’Ouest canadien. Ils y ont établi plusieurs collectivités, la plus stable étant baptisée Esterhazy, comme le comte lui-même.

Mais l’immigration massive qu’Esterhazy avait promise ne s’est jamais matérialisée complètement. Sa plus grande réussite a consisté à attirer plusieurs centaines de Hongrois mécontents qui s’étaient d’abord dirigés vers les États-Unis, mais qui avaient dû ensuite travailler dans les mines de charbon pendant de longues heures, pour un maigre salaire et dans des conditions épouvantables. Ils avaient choisi les États-Unis parce qu’on leur avait promis des terres gratuites, mais dans les années 1880, la plupart d’entre elles étaient déjà occupées. Esterhazy a réussi à persuader ces mineurs mécontents que la vie serait meilleure au Canada et qu’ils avaient intérêt à le suivre dans les Prairies canadiennes, vers le nord. Il ne leur avait toutefois pas parlé de l’isolement, du froid et du fait que le sol fertile était couvert de forêts.(5)

La deuxième grande vague, composée de 26 000 immigrants hongrois, est arrivée au Canada entre 1925 et 1930. (6)Comme leurs prédécesseurs, ceux-ci venaient ici pour des raisons politiques et économiques. Le Canada devenait plus intéressant pour les immigrants du fait que les États-Unis n’avaient pas ouvert complètement leurs portes aux nouveaux venus après la Première Guerre mondiale et imposaient des quotas stricts.

Contrairement aux Hongrois qui avaient afflué avant la Grande Guerre, les membres de la deuxième vague ne se sont pas installés dans les Prairies, mais dans les villes du Centre du Canada. Comme d’autres groupes de nouveaux arrivants, ces Hongrois avaient tendance à se regrouper dans des quartiers bien précis, au sein de communautés homogènes.

La Grande Crise des années 1930 a incité le Canada à mettre fin à l’immigration, mais il a rouvert ses portes après la Deuxième Guerre mondiale et a accueilli des personnes déplacées en Europe. C’est ainsi que juste après la guerre, 12 000 Hongrois se sont dirigés vers le Canada, et ce, pour plusieurs raisons. Certains avaient perdu leur maison pendant l’occupation brutale de la Hongrie par les Allemands. D’autres quittaient leur pays en même temps que l’armée allemande en déroute. D’autres encore partaient parce qu’ils craignaient l’occupation de leur pays par les communistes.

Durant les 12 années qui ont suivi, les Soviétiques ont occupé la Hongrie de manière tyrannique, persécutant tous les opposants à leur présence. C’était l’époque de la terreur policière, des simulacres de procès, de l’emprisonnement et de la déportation. Cette terreur a persisté pendant une bonne partie des années 1950. En 1956, la population a tenté, sans succès, de s’insurger contre l’occupation. Des milliers de Hongrois ont profité de ce bref répit pour s’enfuir. C’est ainsi que le Canada a accueilli 37 000 réfugiés chassés par le soulèvement de 1956. Nombre d’entre eux faisaient partie de l’élite et exerçaient des professions libérales. La plupart étaient jeunes et instruits. Comme c’était le cas depuis la Première Guerre mondiale, la majorité de ces nouveaux arrivants se sont établis dans les villes du Centre du Canada.(7)

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