Mémoires d'un pays
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La Société des Nations

« L’intérêt ne rapproche pas les hommes, mais les divise. Une seule chose peut rapprocher les hommes, et c’est l’attachement commun au bien. »

Lorsqu’il a été entraîné dans la Première Guerre mondiale, le Canada n’était guère plus qu’une colonie de la Grande-Bretagne. Mais c’est une nation qui est ressortie du bain de sang et de boue et des tueries qui ont caractérisé ce conflit; elle a fait ses preuves lors de batailles comme celle de Vimy et la deuxième d’Ypres. Après le carnage de la Grande Guerre, les nations qui y avaient pris part étaient fermement convaincues qu’il devait y avoir une meilleure façon de régler les différends internationaux. C’est cette conviction et la volonté de mettre fin aux guerres qui ont donné naissance à la « Société des Nations ». C’est à la conférence de paix de Paris, en 1919, que le président Woodrow Wilson a exposé pour la première fois les quatorze points du programme de paix qui allaient constituer le cadre de la « Société des Nations ». Les principes directeurs de la Société étaient la sécurité collective et le règlement des conflits par l’arbitrage plutôt que par la violence.

Le plus fervent partisan et l’architecte de la Société a été le président américain Woodrow Wilson. C’est pendant les jours les plus sombre de la Première Guerre mondiale que Wilson, homme profondément religieux, a dressé la liste des quatorze points pour la paix; la Société s’est inspirée de sa vision d’un organisme mondial fondé sur la sécurité collective. Soixante-trois nations, dont le Canada, ont adhéré à la société. La plus grande lacune de la Société était liée à l’incapacité pour Woodrow Wilson d’amener les États-Unis, de plus en plus isolationnistes, à s’y joindre. Pour le Canada, la Société des Nations représentait la première occasion d’œuvrer sur la scène mondiale à égalité avec les autres acteurs. C’est un Canadien, sir Herbert Ames, qui a occupé pour la première fois, de 1919 à 1926, le haut poste administratif de directeur financier de la Société. Le futur premier ministre canadien Lester B. Pearson et le futur gouverneur général George Vanier ont joué des rôles de premier plan au sein de la Société des Nations. Lester Pearson allait plus tard recevoir le Prix Nobel de la paix pour sa participation à la création de la force de maintien de la paix des Nations Unies et au règlement de la crise de Suez, en 1956.

Le Canada s’est montré actif durant toute l’existence de la Société des Nations. Ses représentants se sont notamment battus pour le retrait des garanties en matière de sécurité collective. On craignait qu’avec le maintien de ces dispositions pour la sécurité, le Canada soit susceptible d’être entraîné dans une autre guerre européenne. Le Canada a enregistré une de ses plus grandes réussites en 1929 lorsque son délégué, Raoul Dandurand, a obtenu que soient raffermies les méthodes de surveillance par la Société du traitement réservé aux minorités linguistiques et religieuses en Europe de l’Est. En 1935, le Canada a appuyé les sanctions de la Société contre l’Italie. Le délégué du Canada auprès de la Société, Walter A. Riddell, a proposé de mettre fin à toute exportation de pétrole, de charbon et d’acier vers l’Italie. Le gouvernement canadien n’a toutefois pas appliqué cette mesure. La Société des Nations s’est montrée incapable de rappeler à l’ordre l’Allemagne nazie, de plus en plus agressive. C’est cette incapacité de la part de la Société d’agir collectivement qui a rendu Adolf Hitler et son parti nazi davantage en mesure de faire fi de l’autorité des organismes internationaux.

En fin de compte, c’est l’omission d’agir qui a provoqué la Deuxième Guerre mondiale. La Société des Nations a réussi à faire la preuve qu’il était possible de constituer un corps dirigeant international, et c’est des cendres de la Société qu’ont émergé les Nations Unies. Utilisant à peu près le même cadre, les signataires de la charte des Nations Unies étaient déterminés à faire en sorte que la seconde moitié du XXe siècle ne soit pas aussi sanglante que la première. La brutalité des deux guerres mondiales et l’horreur qu’a inspirée l’élimination massive des juifs par les nazis ont incité les Nations Unies à adopter, en 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte a été rédigé par un professeur de droit canadien, John Peters Humphrey, et il représente un immense progrès puisqu’il définit les droits fondamentaux dont tout individu devrait pouvoir jouir. Les 30 articles de la Déclaration ont poussé à l’adoption, au Canada, de lois sur les droits de la personne, et ses principes se retrouvent dans la Charte canadienne des droits et libertés.

Comme l’a dit John Peters Humphrey en 1948 :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » (Article premier)