Mémoires d'un pays
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General History

   Obstacles

Le Canada et l’Angleterre ont entretenu des liens étroits et permanents pendant plus de 500 ans. Le Canada était une colonie de l’Empire britannique, et cette forte dépendance a influé sur la constitution de la jeune nation. Avant la Révolution américaine, les immigrants anglais venaient principalement des 13 colonies qui sont devenues plus tard les États-Unis. Après la Révolution, les Loyalistes se sont dirigés vers le Canada, au nord.

En tant qu’immigrants, les Anglais jouissaient de nombreux privilèges et ne se heurtaient pas à certaines des barrières que d’autres groupes de nouveaux venus auraient plus tard à surmonter. En effet, le gouvernement britannique leur a concédé des terres, et ils parlaient la langue de l’administration britannique. Mais ils ont dû abandonner derrière eux toutes leurs possessions et refaire leur vie. Ils devaient travailler avec acharnement pour défricher la terre qui les ferait vivre. En outre, ils souffraient de l’isolement et de l’absence de nombreuses commodités dont ils profitaient avant de se diriger vers le Canada.

Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne a connu un renouveau économique qui a bouleversé tous les aspects de la vie anglaise. La révolution industrielle a mis fin à la fabrication artisanale et au régime féodal qui caractérisaient précédemment l’économie britannique. Les paysans ont envahi les villes, où ils travaillaient dans des conditions horribles et vivaient dans la misère noire parmi les rats, les ordures et les déjections humaines. Compte tenu de la forte compartimentation du système de classes anglais, il était pratiquement impossible d’échapper à cette pauvreté paralysante.

Les nouvelles colonies offraient un exutoire à la classe inférieure. Au début, le gouvernement britannique considérait l’exode de tant de ses citoyens comme une insulte. En 1824 toutefois, effrayé par la Révolution française et conscient du fort taux de chômage et du mécontentement des travailleurs, le gouvernement britannique a adopté une loi encourageant fortement l’émigration des basses classes oisives et autorisant les ouvriers à partir.(11)

Le gouvernement britannique concédait des terres à ces colons, mais pour pouvoir les conserver, ceux-ci devaient en défricher une grande partie et construire une ferme. Pour bien des Anglais, c’était là une tâche presque impossible. Habitués au travail en usine, ces citadins se retrouvaient au milieu des grands espaces canadiens, n’ayant qu’une vague idée du défi à relever et des épreuves à endurer.

Au milieu du XIXe siècle, on a envoyé au Canada, pour qu’ils y travaillent comme domestiques, des enfants indigents vivant dans les rues de villes industrielles comme Liverpool, Manchester et Leeds. Certains échappaient à un sort cruel en Angleterre pour mieux se retrouver pratiquement esclaves au Canada. Mais pour d’autres, le fait de fuir les ghettos qui composaient en grande partie l’Angleterre industrielle était ce qui pouvait leur arriver de mieux.(12)

C’est lorsque l’Ouest canadien a été ouvert à la colonisation que la plus forte vague d’immigrants a déferlé. Le ministre de l’Immigration, sir Clifford Sifton, a clairement indiqué que les immigrants anglais étaient parmi les plus recommandables. Après l’ouverture d’un bureau à Londres pour vanter les mérites de l’Ouest canadien, des dizaines de milliers d’immigrants ont afflué, dont une grande partie se sont établis sur des lots de colonisation en Alberta.

Ils étaient mal préparés pour affronter les hivers rigoureux et souffraient du manque d’écoles et de soins de santé. Ce sont ces conditions qu’Irene Parlby essayait d’améliorer. Elle comparait les colons à des jeunes plants qui, une fois nourris, prennent racine et fleurissent. De toute évidence, elle estimait qu’il était de son devoir de faire en sorte que cela se produise.

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