Mémoires d'un pays
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General History

 

Histoire de l’immigration anglaise au Canada.

Les premiers Anglais à fouler le sol canadien seraient deux marchands de Bristol, Thorne et Eliot, qui ont fait voile vers Terre-Neuve en 1494, trois ans avant que Jean Cabot ne revendique officiellement ce territoire au nom de la monarchie britannique, en 1497. Trente ans plus tard, en 1527, Terre-Neuve devenait un point de rendez-vous officiel pour les flottes de pêche anglaises.(1)

Cette longue association entre l’Angleterre et le Canada a été cimentée par la création de la Compagnie de la Baie d’Hudson, en 1670, pour répondre à la demande de fourrures canadiennes en Europe. Les Anglais ont fait figure de pionniers dans l’exploration du Canada par les Européens. Ainsi, en 1690, l’Anglais Henry Kelsey a atteint et exploré les Prairies canadiennes. En 1754, Anthony Henday a été le premier Européen à apercevoir les Rocheuses canadiennes. Enfin, en 1771-1772, Samual Hearne a descendu la rivière Coppermine jusqu’à la mer Arctique.(2)

Le Traité de Paris, signé en 1763, mettait fin à la guerre d’Amérique du Nord entre l’Angleterre et la France et accordait aux Britanniques victorieux le contrôle de l’ancienne colonie de la France, la Nouvelle-France (le Québec).(3)

La première vague importante de colons anglais est arrivée à la suite de la Révolution américaine de 1775-1783. Ces colons, les « Loyalistes de l’Empire-Uni », étaient restés fidèles à la Couronne britannique pendant la guerre et devaient donc fuir les treize colonies pour trouver refuge au nord, en Amérique du Nord britannique. Affluant par milliers, ils ont reçu des terres en reconnaissance de leur sacrifice. La grande majorité d’entre eux se sont établis dans les provinces maritimes.

Dans les années 1800, la révolution industrielle en Angleterre a créé de profondes disparités sociales, et des petites agglomérations comme Manchester, Leeds, Liverpool et Crewe sont devenues des villes à cause des perspectives d’emploi qu’on espérait y trouver. Cependant, les ouvriers de ces villes vivaient et travaillaient dans des conditions déplorables : les maisons étaient construites rapidement et sans soin, on ne comptait souvent qu’une toilette pour cent personnes, et les eaux d’égout coulaient dans les rues. Les ruelles derrière les maisons regorgeaient de déchets. À cela s’ajoutaient les rats, les maladies et les odeurs des ordures en putréfaction et des déjections humaines. L’alcoolisme était répandu. En 1830, la ville de Manchester comptait plus de mille tavernes. On pouvait boire à tout âge. Le jour, on donnait aux nourrissons des « tranquillisants » faits d’opium et de rhum pour les calmer. Il n’était pas rare que des enfants d’à peine douze ans souffrent de cirrhose du foie.(4)

Une façon d’échapper à cette misère consistait à quitter la Grande-Bretagne pour le Canada. L’exode vers les colonies était tel dans les années 1800 qu’il est devenu une honte nationale. Les autorités comprenaient toutefois qu’un des moyens pour calmer la crise de chômage qui sévissait était d’encourager cette migration, de sorte qu’en 1819, le Parlement de Grande-Bretagne a adopté une loi incitant les gens à partir. En 1824, les ouvriers qualifiés ont été autorisés à émigrer. Dans certains cas, le gouvernement contribuait à payer le voyage des colons et leur fournissait le matériel nécessaire pour s’établir.(5)

John Talbot, ancien adjoint du lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe, a reçu dans la région de Guelph Galt de vastes terres qu’il devait vendre aux immigrants nouvellement arrivés. Talbot a constitué la Canada Company, qui s’efforçait d’attirer au Canada les colons britanniques. En Angleterre, des paroisses entières se sont vidées. Ces gens étaient peu instruits et n’étaient nullement préparés pour les rigueurs de la vie de pionnier au Canada. Le portrait tracé par la Canada Company pour attirer les immigrants cachait cette brutale réalité.(6)

En 1851, on comptait dans l’Ouest du Canada (l’Ontario) 93 000 immigrants anglais, soit un peu plus que les 90 000 ressortissants écossais, mais beaucoup moins que les 227 000 Irlandais.(7)

Après la Confédération, on a décidé d’envoyer des enfants britanniques pauvres au Canada dans l’espoir d’améliorer leur sort. Ces enfants provenaient de ménages privés, d’écoles et d’industrie. Entre 1870 et 1920, 80 000 d’entre eux sont arrivés au pays.(8)

Les Anglais étaient attirés par les grands espaces de l’Ouest canadien. En 1901, 10 000 colons ont se sont rendus dans la « dernière et meilleure partie de l’Ouest ». Le Canada a ouvert un bureau d’immigration à Londres en 1903. En 1906, 65 000 immigrants anglais se sont dirigés vers l’Ouest canadien. En 1913, un an avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, le nombre de colons anglais était passé à 113 004. Dans les années 1920, le gouvernement britannique a adopté l’Empire Settlement Act qui offrait une aide financière aux citoyens désireux d’émigrer au Canada, mais incapables de payer le voyage. Plus de 130 000 Anglais ont profité de cette offre.(9)

Le gouvernement canadien a fermé ses portes aux immigrants dans les années 1930 à cause de la Grande Crise. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que le Canada a accueilli une autre vague de colons anglais, moins forte toutefois que celle du tournant du siècle. Après la guerre, le Canada a reçu en moyenne 7 000 immigrants anglais par année. En 1967, lorsque les yeux du monde étaient tournés vers le Canada qui célébrait son centenaire et accueillait l’Exposition universelle, le nombre de nouveaux venus anglais a atteint 43 000.
Un certain nombre de facteurs ont contribué à réduire l’effectif d’immigrants anglais dans les années 1970 et 1980. Le recensement de 1996 indiquait que 7 % des Canadiens étaient originaires d’Angleterre, mais que 17 % s’identifiaient à la culture anglaise.(10)

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