Mémoires d'un pays
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General History

   Obstacles

Les premiers mennonites russes à immigrer au Canada ont offert au gouvernement de coloniser massivement les Prairies à condition qu’ils conservent leur autonomie en matière de régime politique et d’éducation et qu’ils soient exemptés du service militaire. Le gouvernement canadien ayant accepté le marché, 17 000 mennonites du Sud de la Russie sont arrivés au pays dans les années 1870 et 1880.(10)

Ils ont reconstitué dans les Prairies canadiennes leurs communautés autonomes, avec l’autorisation du gouvernement du Manitoba qui avait hâte que le territoire soit peuplé.

Les mennonites étaient astreints aux travaux caractéristiques de la vie des pionniers : défricher, labourer et produire une première récolte. En Russie, leurs communautés étaient indépendantes financièrement. Leurs membres contribuaient au fonctionnement de l’église et des écoles, mais la communauté mennonite nouvellement établie au Canada a vite compris qu’elle ne pourrait pas subvenir seule à ses besoins. Les mennonites du Manitoba ont accepté avec reconnaissance un prêt consenti par leurs coreligionnaires de l’Ontario et le gouvernement du Manitoba. Mais ils craignaient que le fait d’accepter l’aide financière du gouvernement n’ouvre la porte à l’ingérence politique.(11) Un des principaux points en litige à la suite du prêt concernait l’éducation des enfants. Le gouvernement souhaitait que les enfants fréquentent l’école publique, mais les mennonites tenaient à ce que l’enseignement leur soit dispensé à l’intérieur de la communauté. Cette controverse a donné lieu à des manifestations de mauvaise volonté de la part du gouvernement et des mennonites.

Dans les années 1890, d’autres colons mennonites ont afflué de la Prusse, de la Russie et des États-Unis. Soutenus par les colons du Manitoba, ils ont établi deux autres communautés mennonites en Saskatchewan. Au cours de la Première Guerre mondiale, les mennonites se sont prévalus de leur privilège d’être exemptés du service militaire.

Les communautés mennonites étaient sévèrement blâmées du fait qu’elles refusaient de combattre pour le roi et la patrie, de reconnaître le gouvernement du Canada et de respecter le drapeau et les autres institutions du pays. En 1919, le gouvernement a adopté un décret mettant fin à toute immigration mennonite au Canada et accusant les mennonites d’être des « sujets de pays ennemi ».

Les communautés mennonites des Prairies et de l’Ontario ont uni leurs forces pour obtenir que ce décret soit révoqué. Ces négociations ont donné lieu à une nouvelle ère de coopération entre les diverses communautés mennonites et le gouvernement du Canada. Le 22 juin 1922, le décret était abrogé. Ainsi, 20 000 autres mennonites ont pu fuir les troubles politiques et l’effondrement économique engendrés par la révolution russe et s’établir, comme leurs prédécesseurs, dans les Prairies canadiennes.(12)

En 1929, le marché boursier s’effondrait, plongeant l’économie de la plupart des pays industrialisés dans une dépression vertigineuse qui allait durer dix ans. Au cours de cette période, on souffrait beaucoup dans les Prairies car aux difficultés économiques s’ajoutaient le mauvais temps, l’érosion éolienne et les nuées de sauterelles. La riche couche arable des Prairies était emportée par les vents brûlants de ces terribles étés. Le Canada a fermé ses portes à l’immigration et ne les a rouvertes qu’après la Deuxième guerre mondiale. Des milliers de réfugiés fuyaient les ruines de la guerre et quittaient l’Europe de l’Est, craignant l’annexion par l’Union soviétique.

Douze mille autres mennonites considérés comme des « personnes déplacées » ont immigré au Canada après la guerre, mais à mesure que l’emprise soviétique se resserrait sur les territoires nouvellement acquis, l’immigration mennonite se réduisait à des poussières.13
Les mennonites ont dû se battre pour conserver leur mode de vie unique et leur identité chrétienne distincte. De nos jours, les mennonites de l’ordre ancien s’efforcent encore de soustraire leurs mœurs et leur culture aux influences modernes.

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