Mémoires d'un pays
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Histoire de l’immigration russe mennonite au Canada

Les premiers mennonites sont arrivés au Canada peu après la Révolution américaine, dans les années 1780. Ils venaient de la Pennsylvanie, plus au sud. Ces premiers immigrants, des Suisses parlant l’allemand1, se sont établis dans la région de Waterloo, dans le Sud de l’Ontario. Ils quittaient les États-Unis pour fonder une colonie dans le Haut-Canada. Même s’ils arrivaient au pays en même temps que les Loyalistes de l’Empire-Uni, les mennonites n’étaient pas eux-mêmes des Loyalistes. Pacifistes, ils étaient restés neutres pendant la Révolution américaine. L’établissement de Waterloo est devenu le fer de lance d’une grande collectivité allemande qui a survécu en Ontario jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Dans les années 1870, la Russie traversait des difficultés économiques. Entités autonomes, les villages mennonites n’avaient pas juré fidélité au tsar. Leurs habitants administraient leur propre système scolaire, élisaient leurs propres conseils et étaient exemptés du service militaire. Pendant cette période, le tsar a exercé des pressions pour que les communautés mennonites prêtent serment d’allégeance.
À la même époque, le gouvernement canadien encourageait les immigrants à coloniser « la dernière et meilleure partie de l’Ouest ». Il promettait aux mennonites des terres, l’autonomie en matière de culture et d’éducation ainsi que l’exemption du service militaire.(2) Ceux-ci ont afflué par milliers dans les Prairies canadiennes.

Pendant les années 1870 et 1880, le tiers des mennonites hollandais en Russie, soit 18 000 personnes, se sont dirigés vers l’Ouest canadien. Sept mille autres mennonites russes se sont installés au Manitoba au cours de ces deux décennies.(3) Ils constituaient la plus grosse vague de colons blancs de l’histoire du Manitoba. Ils ont eu droit à des concessions en ce qui concerne l’affiliation politique et l’éducation.

Les mennonites se sont portés acquéreurs de deux vastes domaines. Ils y ont fondé deux communautés identiques en tous points à celles qu’ils avaient quittées en Russie. Leurs objectifs consistaient à demeurer indépendants du reste du Canada, à élire leurs propres dirigeants et à rester à l’écart du régime politique canadien.(4)

Les colons mennonites étaient pauvres. Dans leurs efforts pour créer une nouvelle communauté, ils travaillaient dur à défricher la terre. Ils souhaitaient constituer une collectivité autonome, mais lorsque le gouvernement provincial leur a offert une aide financière pour mettre sur pied un système scolaire, ils ont accepté à contrecoeur.5 Cette décision a donné lieu à près de 50 ans de lutte politique contre le gouvernement provincial.

Pendant les années 1890, les lots de colonisation attiraient les mennonites des États-Unis, de l’Ontario et de la Russie. Deux nouvelles colonies mennonites ont vu le jour en Saskatchewan. Les mennonites n’ont pas pris part aux combats durant le premier conflit mondial, mais ils ont contribué à l’effort de guerre au sein d’effectifs militaires non combattants.(6)

Après la Première Guerre mondiale, les Canadiens qui y avaient participé éprouvaient du ressentiment à l’endroit des « sujets de pays ennemis », y compris des colonies mennonites isolées des Prairies qui continuaient de parler le russe. On considérait comme des éléments subversifs ces colonies qui refusaient de reconnaître l’autorité du roi, de chanter l’hymne national ou de faire flotter le drapeau canadien à leurs écoles.

Le 1er mai 1919, le gouvernement fédéral a pris un décret interdisant toute immigration de doukhobors, d’huttérites et de mennonites. Les communautés mennonites de l’Ontario et du Manitoba ont adressé des pétitions au gouvernement pour qu’il lève cette interdiction. Ce n’est que le 22 juin 1922 qu’elles ont eu gain de cause, à la suite d’une campagne menée par trois leaders mennonites d’extractions fort différentes : Heinrich Ewert, de Gretna au Manitoba, Samuel F. Coffman, de Vineland en Ontario, et Abram A. Friesen, de Halbstadt en URSS. Les efforts combinés de ces trois meneurs ont inauguré une nouvelle ère de coopération entre communautés mennonites. Ils ont également instauré la confiance de la part du gouvernement canadien et des mennonites.(7)

Après la levée de l’interdiction imposée en 1919, on a assisté à une recrudescence de l’immigration au Canada des mennonites en provenance de la Russie, où la situation économique se détériorait à la suite de la révolution. Les mennonites étaient persécutés parce qu’ils n’affichaient pas leur allégeance au nouveau gouvernement communiste. Vingt mille mennonites se sont installés dans les Prairies canadiennes dans les années 1920. Entre 1929 et la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada a fermé ses portes à l’immigration.(8) Après la guerre et avant que le « rideau de fer » ne soit mis en place, en 1948, 12 000 mennonites sont arrivés au Canada et se sont joints aux communautés déjà établies en Ontario et dans les Prairies. On estime que, de nos jours, 128 600 mennonites vivent au Canada.(9)

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