Mémoires d'un pays
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General History

 

Obstacles

Des gens d'origine africaine sont intégrés à la société canadienne depuis le début des années 1600, mais contrairement aux autres groupes, les premiers Noirs qui sont arrivés ici étaient les esclaves des Français et, après la conquête, des Anglais. Pendant la Révolution américaine, les Britanniques ont perçu comme des alliés militaires potentiels les 500 000 Afro-Américains dont le travail forcé assurait la prospérité des plantations des treize colonies rebelles.(18)

Les Britanniques estimaient que s'ils réussissaient à convaincre les Afro-Américains de se joindre aux Loyalistes, la rébellion serait sûrement matée. Même si la Couronne britannique n'avait que la liberté à offrir, des milliers d'esclaves ont accepté le marché.

Après la victoire des « rebelles », toutefois, les Loyalistes afro-américains et blancs se sont dirigés vers le territoire britannique du Canada, au nord. La plupart des Noirs se sont établis dans les provinces maritimes, mais certains dans le Haut-Canada.

Contrairement aux Loyalistes blancs qui ont reçu des terres fertiles pour avoir combattu aux côtés des Britanniques, les Afro-Américains n'ont rien eu, si ce n'est des terres très pauvres. Même s'ils avaient accédé à la liberté, ils n'étaient pas vraiment libres. La ségrégation était partout, dans l'emploi comme dans la religion.

En 1792, 1 200 Afro-Américains résidant à Halifax ont suivi Thomas Peters et sont retournés en Sierra Leone, dans l'Ouest de l'Afrique.(19) Mais bien d'autres sont demeurés dans les Maritimes. Des prédicateurs afro-canadiens ont constitué leur propre ramification de l'Église baptiste. La communauté loyaliste noire a fondé des écoles et des localités, affirmant ainsi le pouvoir de ses membres et leur procurant un réconfort.

Quarante ans après la Révolution américaine, soit en 1812, la guerre a de nouveau éclaté entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Cette année-là, le procureur général du Canada, John Robinson, a affranchi tous les Afro-Américains qui se trouvaient au Canada.
Comme au cours de la guerre précédente, la Couronne britannique a promis d'affranchir tous les Afro-Américains qui se joindraient à elle. Une fois de plus, des milliers d'entre eux ont répondu à l'appel. Là encore, les récompenses accordées aux soldats noirs étaient beaucoup moins généreuses que celles que recevaient leurs homologues blancs.

En 1833, lorsque la Couronne britannique a adopté une loi interdisant l'esclavage dans toutes ses colonies, le " chemin de fer souterrain « a vu le jour. Ce réseau d'abolitionnistes utilisait le vocabulaire ferroviaire comme code pour permettre aux esclaves en fuite de se rendre secrètement au Canada. Ce périple était plein de danger, et ceux qui étaient capturés risquaient d'être condamnés ou tués. On estime que pendant les trente-cinq années de fonctionnement du réseau, près de 30 000 esclaves en fuite ont pu gagner le Canada. Nombre d'entre eux se sont établis dans la région de Niagara.(20)

Vers la fin des années 1890, le Canada s'efforçait d'attirer des immigrants dans l'Ouest. Des Afro-Américains et des Canadiens, attirés par la perspective de se voir octroyer des terres dans " la dernière et la meilleure partie de l'Ouest ", se sont donc dirigés vers les Prairies. On leur concédait une superficie de 65 hectares pour la modique somme de 10 $ à condition qu'ils construisent une maison, défrichent la terre et produisent une récolte dans un délai de trois ans. Dans cette situation, il était essentiel que les collectivités interraciales unissent leurs efforts, peu importe la couleur de la peau ou le pays d'origine.

Peut-être effrayé par l'arrivée massive des Afro-Américains dans les provinces de l'Ouest, le gouvernement canadien a voté un certain nombre de lois discriminatoires dans le but de restreindre ce mouvement. On invoquait entre autres motifs que les Afro-Américains ne pourraient supporter les rigueurs de l'hiver canadien, prétexte ridicule puisque des gens d'origine africaine vivaient au Canada depuis le début du XVIIe siècle.(21)

Pour lutter contre les nombreux obstacles dressés sur sa route, la communauté afro-canadienne devait compter sur ses propres moyens et constituer des organisations parallèles comme des écoles, des clubs, des églises et des régiments militaires. Il a fallu attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour que le Canada commence à revoir ses propres politiques discriminatoires. Au cours des cinquante dernières années, le législateur s'est efforcé de faire en sorte que tous les Canadiens jouissent des mêmes droits et privilèges.

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