Mémoires d'un pays
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Les Olympiques

De nos jours, on dépense des millions pour les Jeux olympiques, des milliers d’athlètes y participent et des milliards de spectateurs les regardent. Ceux de 2000 auront lieu à Sydney, en Australie, et ceux de 2004, à Athènes, en Grèce. Les athlètes se préparent pendant des années pour y participer, sachant qu’ils pourraient y vivre l’expérience de leur vie.

Les Jeux olympiques modernes tirent leur origine de la Grèce antique. Les hommes libres de chaque village s’affrontaient à Athènes. Les athlètes, tous des hommes, n’étaient pas revêtus des tissus ultralégers modernes, mais étaient nus. Au cours de ces olympiades, l’enjeu n’était pas l’argent, mais la gloire et une couronne d’olivier, au grand étonnement de certains spectateurs. En apprenant que la récompense n’était pas de l’argent, mais une couronne d’olivier, l’officier militaire perse Tigrane n’a pu s’empêcher de s’écrier : « Ciel, Mardonios, à quel genre d’hommes nous as-tu opposés? Ils ne se disputent pas de l’argent, mais la gloire de la victoire! »

Comme lors des Jeux modernes, certains athlètes de l’Antiquité avaient tendance à tricher pour gagner. Le plus ancien tricheur connu est Eupolus de Thessalie, qui a soudoyé des boxeurs lors des 98e Olympiades. Callippus d’Athènes a lui aussi acheté ses concurrents dans le pentathlon des 112e Olympiades. Deux boxeurs égyptiens, Didas et Sarapammon, ont été mis à l’amende pour avoir arrangé l’issue de leur combat lors des 226e Olympiades. Tous ces hommes ont été immortalisés comme tricheurs dans le guide sur la Grèce rédigé par Pausanias au IIe siècle de notre ère; il y décrivait les statues de l’Olympe et les fourberies des athlètes. Introduits dans les jeux antiques, des sports comme la boxe, la lutte, les compétitions équestres, le lancer du poids et du javelot, le saut et la course font encore partie des Jeux olympiques modernes.

Les olympiades modernes ont été organisées pour commémorer les Jeux olympiques de la Grèce antique, à la demande pressante de l’éducateur français Pierre De Coubertin, qui en a proposé la tenue lors du Congrès international de Paris, en 1889. C’est le regain d’intérêt pour les sports qui a donné l’impulsion nécessaire au renouveau des Jeux. La popularité du cyclisme a débouché sur la construction de pistes en Europe, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Les pays s’affrontaient dans des compétitions amicales. Des inventions comme le chemin de fer et le télégraphe rapprochaient les peuples.

Il semblait tout naturel que les premiers jeux modernes aient lieu à Athènes, en 1896. Le gouvernement grec était mécontent de cette suggestion, craignant que l’investissement prévu de 500 000 drachmes ne le mette en faillite. Le nouveau stade a été construit à Athènes sur le site d’origine des premiers jeux. Durant l’excavation, on a retrouvé quatre piliers du premier stade. Ces piliers ont été disposés aux quatre coins de la piste, témoins silencieux rappelant les premiers Olympiques. Le stade pouvait accueillir 75 000 spectateurs, et les collines environnantes, 50 000 autres. Deux cent cinquante athlètes de 14 pays ont concouru dans les 43 épreuves de neufs sports.

Le roi de Grèce George 1er a supervisé les premières olympiades modernes. Les discours d’ouverture étaient ponctués de séries de toasts. Les athlètes, à qui on avait remis de grandes coupes de vin, levaient leurs verres en hommage à leurs compagnons.7 Refuser de boire aurait été une insulte. Les athlètes résidaient dans de petits hôtels d’Athènes et devaient concourir le lendemain, en forme ou non. De toute évidence, le régime alimentaire ou le dépistage des drogues, qui allait affliger les Olympiques subséquents, ne faisaient pas partie de leurs préoccupations.

Les Canadiens n’ont pas participé aux Jeux olympiques de 1896. Ce n’est que pour les deuxièmes olympiades, qui ont eu lieu à Paris en marge de l’Exposition universelle, que le Canadien George Orton, qui étudiait aux États-Unis, s’est joint à l’équipe américaine pour concourir. Ses performances ont impressionné : médaille d’or aux 3000 mètres steeple, médaille de bronze aux 400 mètres haies et cinquième place aux 4000 mètres steeple. Les Olympiques de 1900 ont été les premiers auxquels des femmes ont participé, au tennis et au golf.

Le Canada a envoyé sa première délégation officielle aux Jeux de St. Louis, en 1904. Ceux-ci étaient rattachés à l’Exposition commerciale de la Louisiane. Comme en 1900, on a enregistré de maigres assistances. Le Canada a remporté quatre médailles d’or, dont une grâce aux efforts d’un agent de police montréalais, Étienne Desmarteau, au lancer du poids de 50 livres. Lorsque ses supérieurs ont appris qu’il s’était absenté de son travail pour participer aux Olympiques, ils l’ont congédié. Le destin n’a pas été tendre pour Étienne, car l’année suivante, il mourait de la typhoïde.

Lors des premiers Jeux olympiques modernes, en 1896, on a instauré des traditions qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours. La flamme olympique faisait déjà partie des cérémonies d’ouverture, tout comme le lâcher de colombes et le cri nike. Aujourd’hui, Nike désigne une marque de chaussures de course, mais pendant les premiers Olympiques, les Grecs criaient « nike! » (victoire) pour encourager leur équipe.

Cent ans après les Jeux de 1896, les Olympiques se sont tenus à Atlanta, en Géorgie. Bien des choses ont changé au cours de ce siècle : la télévision a remplacé le télégraphe, les athlètes ne logent plus chez l’habitant et les pays luttent pour l’obtention des Jeux, qui sont devenus une entreprise commerciale d’envergure. En 1996, à Atlanta, 10 000 athlètes de 190 pays ont participé à 271 épreuves dans 29 sports différents. Ces Jeux ont toutefois été assombris par l’explosion d’une bombe qui a fait un mort et 100 blessés. Donovan Bailey, médaillé d’or aux 100 mètres, a fait honneur au Canada. Lui et ses coéquipiers, Robert Esmie, Glenroy Gilbert et Bruny Surin, ont également remporté l’or dans le relais quatre fois cent mètres. En tout, le Canada a récolté trois médailles d’or, onze d’argent et huit de bronze.

À l’automne 2000, les Jeux retiendront une fois de plus l’attention du monde, cette fois à Sydney, en Australie. En regardant évoluer les athlètes, nous devrions nous rappeler l’esprit de ces Jeux, illustré peut-être de la meilleure façon au cours des Olympiques de 1896 :

« […] La dernière journée des Jeux, la Grèce a trouvé sa voie. Loues, conducteur d’ânes grec, a devancé tous ses concurrents dans le grand marathon. Lorsqu’il a entamé le dernier droit, cent vingt-cinq mille spectateurs se sont levés en délire. Des milliers de pigeons blancs, dissimulés dans des boîtes sous les sièges, ont été lâchés partout dans le stade. Les applaudissements étaient frénétiques. Le vainqueur a été couvert des cadeaux que les villes antiques décernaient aux champions, et de bien d’autres encore, et les Jeux se sont terminés sur une note joyeuse et excitante […] »