Mémoires d'un pays
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General History

 

Obstacles

Il a fallu attendre le tournant du XIXe siècle pour que les Grecs commencent à affluer en nombre appréciable. En 1901, on comptait 213 Grecs dans tout le Canada, et en 1911, 2 640. Provenant principalement de petits villages ou d’îlots, les immigrants grecs étaient souvent peu instruits et inexpérimentés. Certains étaient d’anciens agriculteurs, occupation de bas niveau, économiquement incertaine et souvent vouée à l’échec.

La plupart des premiers immigrants au Canada étaient de jeunes hommes célibataires, arrivés seuls pour refaire leur vie. Ils étaient déterminés à se tailler une place dans les villes canadiennes. Même si le Canada ne disposait pas, contrairement aux États-Unis, d’un système de quotas, sa politique d’immigration stipulait que les ressortissants de certains pays étaient plus utiles que d’autres. Tandis que les immigrants en provenance de Grande-Bretagne, de France et d’Allemagne étaient « recherchés », ceux d’Asie et d’Europe du Sud étaient jugés
« indésirables ».

Des fonctionnaires de l’immigration ont, à cette époque, déclaré : « […] Les Grecs ainsi que les autres provenant de l’Est de la Méditerranée constituaient l’une des catégories d’immigrants les moins recherchées […] de façon générale, les immigrants d’Europe du Sud appartenaient à la catégorie non privilégiée : Arméniens, Grecs, Turcs, Italiens, Bulgares. Les citoyens de France, de Belgique, de Hollande, des pays scandinaves, d’Allemagne, de Finlande et de Suisse étaient encouragés à immigrer au Canada. Ce groupe était qualifié de recherché. »(6)

Nombre d’employeurs considéraient les Grecs comme des têtes brûlées qu’il valait mieux ne pas embaucher. Le Canadien Pacifique a refusé d’engager des Grecs comme porteurs de bagages parce qu’il craignait qu’ils n’organisent un syndicat pour protester contre les bas salaires. En 1913, huit Grecs ont signé une pétition pour se plaindre auprès de leur député, H. Stephens, du fait qu’on avait refusé de leur délivrer des certificats de naturalisation, même s’ils satisfaisaient à toutes les exigences.

Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, des soupçons se sont portés contre ce groupe d’étrangers. Bien des gens estimaient que les Grecs étaient loyaux envers le roi Constantin de Grèce, allié du gouvernement allemand. On se méfiait aussi des Grecs nés en territoire turc. Des pressions ont été exercées pendant la guerre pour que les Grecs soient déclarés « sujets d’un pays ennemi ». Au cours d’un incident disgracieux qui s’est produit à Toronto, en 1918, un soldat canadien a été agressé dans un café appartenant à un Grec. Un groupe de ses compagnons est retourné au café et l’a vandalisé, de même que les autres commerces grecs dans le secteur.(7)

Les communautés helléniques elles-mêmes étaient profondément divisées en raison de la situation politique dans la mère patrie. Montréal comptait deux factions distinctes : les monarchistes et les démocrates. L’Église était le seul facteur d’unification. Il a fallu une génération pour que ce fossé soit comblé.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la loyauté des Grecs n’a pas été mise en doute. Ils se sont enrôlés massivement et se sont illustrés au combat. La nouvelle génération de Gréco-Canadiens comptait dans ses rangs des avocats, des médecins, des ingénieurs, des artisans, des enseignants. Ils avaient essaimé à partir des quartiers grecs et étaient passés d’une culture à l’autre avec facilité. Après la Deuxième Guerre, le Canada a de nouveau ouvert ses portes à l’immigration et a accueilli plus de 100 000 Grecs. Ils se sont dirigés eux aussi vers les grands centres urbains comme Toronto, Montréal et Vancouver. Un choc culturel a secoué, non seulement les nouveaux arrivants, mais aussi les communautés helléniques en place depuis longtemps, dont les ressources se sont vite épuisées. C’était là la première vague massive d’immigrants grecs depuis les années 1920. Bien des Gréco-Canadiens avaient changé depuis et n’étaient plus attachés à leur culture. Les immigrants d’après-guerre ont transformé les communautés grecques établies de longue date. Ils ont apporté avec eux le mode de vie vibrant de la Méditerranée qui transparaît dans les centres urbains du pays où ils se sont établis.

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