Mémoires d'un pays
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General History

  Histoire de l’immigration grecque au Canada

Le premier Grec qui serait venu au Canada est Yannis Phokas, qui accompagnait la flotte espagnole dans son exploration de la côte Ouest du pays en 1592. Les premiers Grecs à immigrer effectivement sont arrivés plus de deux siècles plus tard, à la suite de la révolution grecque de 1821-1827. Deux de ces premiers pionniers étaient Panayotis Nonis et Theodore Lecas. Nés dans l’île de Crête, ils se sont établis à Montréal. En 1850, un certain nombre de marins grecs qui remontaient le Saint-Laurent ont quitté leur navire pour s’installer au Québec.
Le nombre d’immigrants grecs au Canada est demeuré étonnamment bas, et encore en 1871, à peine 39 résidants se disaient d’origine hellénique. Le recensement de 1900 en dénombrait 200. La plupart vivaient à la ville. Les maigres récoltes, les impôts élevés et la constitution de l’Empire ottoman, qui rendait le service militaire obligatoire, ont stimulé l’immigration grecque au Canada. Entre 1900 et 1907, 2 540 Grecs sont arrivés au pays avec l’espoir d’une vie meilleure.(1)

Au cours de cette période, le Canada ne disposait pas d’un système de quotas, mais il suivait une politique qui encourageait l’immigration de France, de Grande-Bretagne et d’Allemagne et qui fermait ses portes aux ressortissants asiatiques et chinois. De même, les immigrants d’Europe du Sud n’étaient pas les bienvenus.(2)

La plupart des immigrants grecs arrivaient de petits villages. L’agriculture en Grèce était une occupation dure, incertaine et de bas niveau. Les Grecs ne venaient pas en Amérique du Nord pour y cultiver la terre. La plupart se sont donc établis à Montréal, Toronto et Vancouver, et quelques-uns à Edmonton et Winnipeg.(3)

En 1911, 3 614 Grecs vivaient au Canada. Ce nombre a bondi de plus de 2 100 en moins d’un an. Comme pour les autres groupes de nouveaux venus, l’Église constituait un phare social et spirituel fort important. Souvent, la politique scindait la communauté en deux factions, mais l’Église était la force qui les unissait.

C’est en 1906 qu’a été construite la première église grecque au Canada, plus précisément à Montréal. Trois ans plus tard était inaugurée la première église orthodoxe grecque à Toronto. L’Église n’était pas la seule institution qui rapprochait les membres de la communauté. Dans bien des villes, des clubs et des associations helléniques se constituaient avant même qu’un temple ne soit édifié.
L’immigration grecque au Canada a été interrompue par la guerre qui a sévi en Grèce en 1912-1913. Bien des Grecs déjà établis ici sont retournés pour prendre part à la guerre des Balkans, désireux de combattre les Turcs. Parmi ceux-ci se trouvait le père Paparaschakis, prêtre de la première paroisse de l’Église orthodoxe grecque de St-Georges, à Toronto. Il a été tué au combat.

Vingt jeunes hommes grecs de Montréal ont participé à la course folle à l’enrôlement, au début de la Grande Guerre de 1914-1918. D’autres ont tenté de les imiter, mais ont été refusés par l’armée canadienne qui se demandait si les Grecs seraient loyaux au Canada ou à Constantin, roi de Grèce sympathique à la cause allemande.(4)

Après la Première Guerre mondiale, les États-Unis ont contingenté l’immigration de manière stricte. Mais le Canada était toujours ouvert aux Grecs qui, comme d’autres Européens las de l’incertitude politique et économique sur leur continent, choisissaient de s’y installer. En 1931, l’effectif des Grecs vivant au Canada était passé à 9 450, dont la moitié étaient nés en Grèce.

Pendant la Grande Crise, l’immigration en provenance de la Grèce a pratiquement cessé. Les Grecs déjà établis au Canada se sont intégrés à sa culture, ne faisant allusion à leur héritage qu’à l’occasion seulement.

Vers la fin des années 1930, nombre de jeunes Grecs fréquentaient l’école secondaire et l’université grâce aux sacrifices et à détermination de leurs parents qui les poussaient à embrasser des carrières respectables, notamment en droit, en médecine et en génie. Ces jeunes Gréco-Canadiens étaient intégrés à la culture canadienne dominante.
Vingt-cinq ans après la Première Guerre, le monde était de nouveau en guerre, mais loin de souffrir de la discrimination comme lors du premier conflit, les Grecs étaient les bienvenus dans les forces armées canadiennes où nombre d’entre eux se sont illustrés. Au Canada, les Grecs ont réagi avec vigueur. À Montréal, deux groupes réunissant 125 femmes helléniques se sont mis au service de la Croix-Rouge pour produire des fournitures pour les hôpitaux. La Grèce a été ravagée, d’abord par la Deuxième Guerre mondiale, puis par la guerre civile qui a suivi. Des milliers de réfugiés politiques et économiques, désignées sous l’appellation de « personnes déplacées », ont fui le pays dans l’espoir d’une vie meilleure. Les États-Unis imposaient des restrictions quant au type de personnes déplacées qu’ils étaient disposés à accepter, mais le Canada a une fois de plus ouvert ses portes. Pendant les années 1950, le gouvernement encourageait le parrainage des parents et amis. Des milliers ont ainsi parrainé des membres de leur famille et même des collègues de travail. Certains groupes de Canadiens voyaient d’un mauvais œil cette arrivée massive de gens non qualifiés et peu instruits; ils estimaient que la composition ethnique du Canada était bouleversée et que les nouveaux arrivants volaient les emplois aux Canadiens. Entre 1945 et 1971, le Canada a accueilli 107 780 immigrants grecs qui se sont installés de préférence à Montréal et Toronto.(5)

Bien des raisons expliquent pourquoi les nouveaux arrivants avaient tendance à se regrouper dans les villes. Les premiers immigrants grecs y avaient déjà organisé des voisinages dans lesquels les nouveaux venus se sentaient à l’aise. Ces communautés occupaient souvent les vieux quartiers où les logements étaient moins chers, et les services sociaux, disponibles.

L’arrivée des immigrants d’après-guerre a modifié la composition des communautés helléniques établies à Montréal et Toronto, ainsi que dans d’autres centres urbains au pays. Les Grecs établis de longue date parlaient des nouveaux venus comme de « personnes déplacées ». Très fiers de leur culture grecque, ces derniers ont réintroduit la langue, la culture, la religion et les traditions grecques dans les communautés en place depuis longtemps. Lorsque des frictions survenaient entre nouvelles et anciennes communautés, le prêtre orthodoxe grec était appelé à la rescousse pour qu’il tente de rétablir le calme.

De nos jours, trente ans après l’arrivée massive des Grecs au Canada, l’immigration a de nouveau ralenti. En Grèce, l’économie prospère, le climat s’améliore et on vit en paix depuis trente ans. Les « personnes déplacées » qui vivent au Canada depuis cinquante ans se sont intégrées à la culture canadienne. Contrairement aux Grecs de la génération précédente, nombre de Gréco-Canadiens arrivés plus récemment entretiennent leurs liens culturels tout en travaillant et en vivant au sein de la société canadienne.

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