Mémoires d'un pays
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General History

 

Héritage

D’après le recensement de 1986, 900 000 Canadiens se disent de descendance allemande, mais si l’on ajoute à ce nombre ceux dont les ancêtres étaient germanophones, on arrive à un total de 1,7 million.13 Le siècle qui vient de prendre fin n’a pas été facile pour les Germano-Canadiens. Au début du XXe siècle, les Allemands qui souhaitaient immigrer jouissaient d’un statut privilégié. Ils étaient approchés par les agents d’immigration délégués par le gouvernement canadien. Au cours des quatorze premières années de ce siècle, ils ont afflué au Canada en nombre record. Des localités du pays étaient appelées villes allemandes en raison du nombre d’Allemands qui y résidaient. Dans des églises et des écoles de l’Ontario, on ne parlait que l’allemand. Le drapeau allemand flottait aux côtés de l’Union Jack britannique. Tout a changé lorsque la Première Guerre a éclaté. Les vertus et la culture allemandes, que les Canadiens louangeaient auparavant, ont soudainement pris des connotations sinistres. La langue allemande a été mise hors la loi, le droit de vote des Allemands a été supprimé et la culture allemande a été dissimulée, sauf dans des régions comme Waterloo, en Ontario, où elle est encore florissante.

De nos jours, on compte très peu d’ouvrages qui traitent de l’expérience allemande au Canada. Ce que nous savons, c’est que sans les immigrants allemands et ukrainiens qui sont arrivés au début du XXe siècle, l’Ouest canadien n’aurait pas été colonisé, labouré et cultivé de manière aussi efficace et productive. Nous savons aussi que les Allemands excellaient dans les métiers spécialisés et semi-spécialisés. Ce sont des fermiers allemands qui ont commencé à cultiver la vigne dans la péninsule de Niagara et ont développé une industrie vinicole florissante dans cette région. Le Canada a eu un gouverneur général, Edward Schreyer, et un premier ministre, John Diefenbaker, d’origine allemande.14 Leonard Frank nous a légué en héritage une collection de 50 000 photographies qui dépeignent la Colombie-Britannique candide d’avant la Grande Guerre, où les cultures allemande et britannique étaient étroitement liées. Ces images nous donnent un aperçu de ce que cette province aurait pu être si ce conflit sanglant avait été évité. Certains historiens prétendent que si le roi Édouard VII d’Angleterre avait vécu plus longtemps, il aurait fait venir à ses côtés son neveu le kaiser et aurait trouvé une solution sans effusion de sang.

N O T E S

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 10, 11, 12
Les Allemands au Canada, par K.M. McLaughlin, publié par la Société historique du Canada, 1985

8, 9, 13, 14 L’Encyclopédie canadienne, vol. II, Hurtig Publishers, Edmonton, 1988

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