Mémoires d'un pays
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General History

  L’histoire de l’immigration maltaise au Canada

John Giordmaine a peut-être attiré l’attention des Canadiens sur la communauté maltaise au pays, mais il était loin d’être le premier immigrant maltais ici. Les Maltais quittent leur petit État insulaire depuis des siècles. Ils avaient tendance à se diriger vers l’Afrique du Nord et d’autres pays voisins. Un des premiers colons maltais au Canada était Louis Skickluna, qui s’est établi à St. Catharines, en Ontario, en 1838. Il est devenu bien connu dans la région grâce à son chantier naval. Une poignée de fermiers maltais des villages de Zebbug, Rabat et Gozo se sont installés dans le Sud-Ouest de l’Ontario dans les années 1890. Ce n’est qu’en 1911-1912 que des efforts concertés ont été déployés pour attirer des immigrants maltais au Canada. Entre 1911 et 1920, de 2 000 à 2 500 Maltais sont arrivés au pays. Même si certains d’entre eux ont opté pour Vancouver, Calgary et Winnipeg, c’est Toronto qui en a attiré le plus.(1)

L’effectif de la communauté maltaise à Toronto a doublé de 1916 à août 1917, passant de 200 à 400 personnes. Cette communauté a toujours entretenu des liens étroits avec l’Église catholique. Plusieurs prêtres catholiques maltais exerçaient leur ministère à Toronto, et c’est autour de ces églises que les Maltais se sont regroupés. La communauté maltaise de Toronto était en fait constituée de deux groupes distincts, l’un ayant pour noyau le sanctuaire Saint-Patrick, et l’autre, l’église Notre-Dame du Mont-Carmel.(2)

En 1929, un mouvement s’est formé pour qu’un prêtre maltais soit assigné en permanence à Toronto. Les têtes dirigeantes de la communauté maltaise ont écrit à l’archevêque pour le convaincre de nommer un prêtre à temps plein. Parmi les signataires de la lettre figurait John Giordmaine. Le premier prêtre maltais à servir ses compatriotes torontois a été le père Cauchi. Les membres de sa nouvelle congrégation l’ont accueilli avec joie.(3) Même si, au début, les deux groupes de la communauté maltaise ne s’entendaient pas sur l’emplacement de la nouvelle église, il a finalement été décidé de la construire dans le secteur de la Jonction. La première messe à être célébrée à l’église Saint-Paul apôtre l’a été le 8 septembre 1930, jour de la Nativité de la Vierge, une fête nationale à Malte.(4) La communauté maltaise de Toronto a connu un de ses plus grands moments de fierté en 1934. Le « Comité des Chevaliers de Malte » a inscrit un char pour le défilé du centenaire de la ville, et il a remporté le premier prix. Le trophée est toujours exposé au couvent Saint-Paul apôtre.(5)

Lorsque la Deuxième Guerre mondiale a éclaté, la minuscule île de Malte, qui n’a que 19 milles de long, a été bombardée sans relâche par les Allemands. L’archipel est constitué de trois îles : Malte, Gozo et Lemmona. Adolf Hitler s’était juré de rayer Malte de la carte. C’était le port britannique qui exacerbait la rage du chef nazi. Pendant que l’État insulaire subissait les raids nocturnes, les Maltais du Canada amassaient des fonds et des provisions pour la mère patrie. Malte était la « forteresse de fer » de la Grande-Bretagne et jouait un rôle critique dans la lutte contre l’agresseur nazi. Après la guerre, la Grande-Bretagne a reconnu l’énorme contribution des Maltais à l’effort de guerre en décernant à l’État insulaire la « Croix de Georges » pour sa bravoure sous le feu ennemi.(6)

Après la Deuxième Guerre mondiale, des Maltais anéantis sur le plan psychologique et économique ou simplement désireux de refaire leur vie, se sont dirigés vers le Canada. Comme d’autres pays européens, l’île de Malte a vu ses fils et ses filles la déserter pour tenter leur chance ailleurs. Entre 1946 et 1981, 18 000 Maltais sont arrivés au Canada.(7) Toronto était encore la destination de prédilection de la plupart d’entre eux, en particulier le secteur de la rue Dundas Ouest. Après les années de guerre, les collectivités maltaises disséminées au Canada ont aidé ces immigrants à s’adapter à leur nouvelle vie. Nombreux sont ceux qui ont ouvert leur porte à leurs compatriotes pour leur permettre de demeurer chez eux gratuitement. On trouvait du travail pour les nouveaux arrivants qui s’installaient dans la région.

En 1974, on dénombrait à Toronto 20 000 Maltais, soit plus que dans la capitale de l’île, La Valette, qui n’en comptait que 18 000. Puisque leur île est si petite, les Maltais ont toujours été un peuple d’errants. Leur langue a été influencée par l’italien, l’arabe, le français et l’anglais, et leur culture, par les Britannique.(8)

Les Maltais qui se sont établis au Canada se sont adaptés rapidement. L’anglais était leur deuxième langue, et la plupart parlent aussi l’italien et le français. On compte aujourd’hui dix associations de Maltais à Toronto. Elles fonctionnent toutes indépendamment l’une de l’autre, mais elles se réunissent pour les événements spéciaux.9 L’élément unificateur et le point de convergence de la communauté est l’église Saint-Paul apôtre.

De nombreux Canadiens maltais sont membres de l’ancien Ordre des Chevaliers de Malte dont les origines remontent à l’ère des croisades. Cet ordre est associé de près à l’Ambulance Saint-Jean.

De nos jours, la plupart des Maltais se sont intégrés à la société canadienne. Même s’ils sont les fils d’un peuple d’errants et qu’ils sont fiers de leurs origines, leur patrie est maintenant le Canada. La brume, les faucons, les chevaliers et la guerre planent toujours au-dessus de leur île.

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