Mémoires d'un pays
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Le commerce des fourrures

Bien avant l’ère de l’automobile, de l’avion et de l’autoroute, des hommes connus sous le nom de « coureurs des bois » ou « voyageurs » parcouraient diligemment et paisiblement les contrées sauvages du Canada. Leurs autoroutes, c’étaient les rivières et les lacs du Nord canadien. Ces hommes étaient à la solde de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou de la Compagnie du Nord-Ouest (co-fondée par Lawrence Ermatinger, un immigrant suisse). Ces entreprises avaient été constituées pour échanger des marchandises contre des fourrures avec la population autochtone, et leur contrôle sur les pelleteries était presque absolu. L’engouement pour les fourrures en Europe était énorme, et les voyageurs et coureurs des bois devaient surmonter obstacle après obstacle. Il leur fallait parcourir des milliers de milles dans l’immensité canadienne avant que lacs et rivières ne gèlent. Voici comment Denis Riverin décrivait en 1705 ces « coureurs des bois » :

« Ce sont tous de jeunes hommes dans la fleur de l’âge, car le vieil homme ne peut endurer les épreuves que comporte ce métier [...] Comme tout le Canada est une immense forêt sans chemins, il leur est impossible de se déplacer sur terre; ils parcourent donc lacs et rivières à bord de canots, occupés ordinairement par trois hommes […]

Ils partent de Québec ou de Montréal pour franchir trois cents, quatre cents et parfois même cinq cents lieues [2000 km] en quête des peaux de castor que leur fournissent des Indiens qu’ils rencontrent souvent pour la première fois. Pour toutes provisions, de rares biscuits, des pois, du maïs et quelques petits barils de brandy. Ils se chargent le moins possible pour garder de la place pour quelques ballots de marchandises, et bientôt, ils doivent vivre de chasse et de pêche […] Si poisson et gibier viennent à manquer, comme c’est souvent le cas, ils en sont réduits à consommer une sorte de mousse, appelée tripe, qui pousse sur les rochers. Ils en font un bouillon noirâtre et répugnant, qu’ils consentent toutefois à avaler plutôt que de mourir de faim. S’ils n’ont rien à manger pendant le voyage de retour ou leurs déplacements d’une tribu à une autre, ils se contentent de leurs mocassins ou d’une colle tirée des peaux qu’ils ont troquées.

« […] Ils endurent les sarcasmes, le mépris et, parfois, les coups des Indiens qui ne cessent d’être étonnés par […] ces Français venus de si loin, au prix de tant de souffrances et de dépenses, pour ramasser les peaux de castor sales et nauséabondes qu’eux-mêmes ont usées et jetées. »(2)

Même si le développement du réseau ferroviaire a mis fin au commerce des voyageurs, les sentiers et les portages qu’eux-mêmes et les Autochtones ont aménagés dans les bois sont encore empruntés par les canoteurs d’aujourd’hui.

René Richard a probablement parcouru lui aussi quelques-uns de ces sentiers. Lui aussi a dû compter sur la nature pour s’abriter et se nourrir. Mais les innovations comme le moteur hors-bord, la motoneige et le véhicule tout terrain, qui sont apparues au cours de sa vie, ont rendu désuet un certain mode de vie. Richard l’a entrevu et immortalisé dans ses croquis qui font partie de l’héritage que nous ont légué les voyageurs et que tous les Canadiens peuvent chérir et conserver.