Mémoires d'un pays
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General History

 

Héritage

Le recensement canadien de 1986 indique que 110 775 Canadiens se disent d’origine tchèque, slovaque ou tchécoslovaque.10 Nombre de ces Canadiens sont retournés en ex-Tchécoslovaquie lorsque celle-ci est devenue indépendante de l’Union soviétique. D’autres ont considéré que le Canada était désormais leur patrie. Quoi qu’il en soit, la contribution des Tchèques et des Slovaques à la société canadienne a été substantielle.

Nombre de Tchécoslovaques admis au Canada après la débâcle de 1968 détenaient des diplômes universitaires ou des qualifications professionnelles qui étaient très en demande au Canada.

Malheureusement, le gouvernement canadien assujettissait nombre de professions à des exigences très strictes. Souvent, des médecins ou des dentistes tchèques ou slovaques ne pouvaient pratiquer au Canada sans suivre des cours pendant un certain nombre d’années. C’était un obstacle majeur pour bien des réfugiés qui s’étaient enfuis avec très peu d’argent. Bon nombre d’entre eux se sont tournés vers des métiers inférieurs pour joindre les deux bouts. Certains ont suivi des cours du soir pour obtenir les qualifications nécessaires.

On peut établir un parallèle entre l’exode des Tchécoslovaques en 1968 et celui des réfugiés hongrois en 1956. Les Hongrois ont suivi avec grand intérêt l’arrivée des premiers réfugiés tchécoslovaques au Canada. Dans son numéro du 16 novembre 1968, le Financial Post publiait une entrevue avec l’avocat Paul N. Villanvi, qui était entré au Canada douze ans plus tôt comme réfugié hongrois. Villanvi compare la quête de reconnaissance de ses qualifications à une transplantation cardiaque : « Les sociétés et associations professionnelles canadiennes rejettent encore massivement les corps étrangers. ». Lorsque Villanvi a fui vers le Canada pour y rejoindre son épouse et ses deux enfants, il a constaté que pour pouvoir espérer pratiquer, il lui faudrait fréquenter l’université pendant trois ans, faire un stage de 15 mois et suivre un cours de formation du barreau de sept mois.11
Comme les Jiranek, d’autres immigrants tchèques et slovaques ont grandement contribué à la vie culturelle canadienne. Parmi les Canadiens de renom qui revendiquent ces origines, citons l’auteur Peter C. Newman, le poète et romancier Pavel Javor et les écrivains Josef Skvorecky et John Gellner.

Tant en Tchécoslovaquie qu’au Canada, les Jiranek ont trouvé le réconfort dans les arts. Ils n’ont pu embrasser les carrières qui leur étaient destinées dans leur mère patrie. Comme ils recherchaient avant tout les grands espaces et la liberté, ils se sont faits fermiers. Leur amour pour le patinage, la danse et la musique s’est également exprimé dans leur pays d’adoption. Au fil des ans, les Jiranek ont communiqué à des milliers d’enfants canadiens leur amour de la beauté et de la précision. Depuis les fermes isolées du Nord de l’Alberta jusqu’aux grandes cités, de jeunes Canadiens se sont épanouis sous la tutelle de Michael et Renata Jiranek. Un garçon en particulier, élevé dans une ferme, a bénéficié, non seulement de leur savoir artistique, mais aussi de l’exemple qu’ils lui ont donné sur la façon de vivre sa vie. Ce jeune Albertain est bien sûr le triple champion mondial de patinage artistique Kurt Browning.

N O T E S

1 A Nation in Chains, éditorial du Globe and Mail, 21 août 1978, publié à Toronto (Canada)

2,11 Talent « dividend » from abroad, par Michael Irving, The Financial Post, 16 novembre 1968, publié à Toronto (Canada)

3,4,5,6,7 The Czechs and Slovaks In Canada, par John Gellner et John Smerek, University of Toronto Press, 1968

8 Affaires extérieures, Canada, vol. XX, no 10, bulletin mensuel du ministère des Affaires extérieures, octobre 1968


9 « In Search of Freedom », Modern Women Magazine, par Donna Tranquada, fév. 1998

10 Fragments from the Life of Czechs & Slovaks in Canada, par Josef Carmak, pub. République tchèque, 1999

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