Mémoires d'un pays
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General History

   Obstacles

L’expérience qu’ont vécue Michael et Renata Jiranek en venant au Canada a été différente de celle de bien d’autres puisqu’ils ont été admis en tant que réfugiés. Ils échappaient à un gouvernement étranger et oppressif qui avait envahi leur petit pays et les avait enlevé leurs libertés. C’était pour retrouver ces libertés qu’ils étaient prêts à faire défection sans préavis, avec pour seule possession deux valises et très peu d’argent et sans dire adieu à leurs amis ou parents. Il leur faudra trente ans pour accepter le sentiment de vide laissé par ce départ précipité.

Michael et Renata ont fait profiter le Nord de l’Alberta de leur amour pour la musique de danse et de leurs talents de patineurs et de danseurs, et ils ont entraîné des patineurs dans les arénas de petites villes. Comme l’explique leur fils : « On ne sait jamais d’où viendra le futur champion du monde. Il peut provenir d’une petite ville minière comme d’une ferme isolée. »

Aujourd’hui, les Jiranek se sentent finalement chez eux au Canada. Après la chute de l’ancienne Union soviétique et la libération de la Tchécoslovaquie, le pays a été divisé en deux républiques : la tchèque et la slovaque. Même s’ils parlent mieux le tchèque que l’anglais et qu’ils sont plus familiers avec les rues et la culture de leur ancien pays qu’avec celles du Nord de l’Alberta, ils ont compris qu’ils n’appartenaient plus à ce qui était jadis la Tchécoslovaquie. Leur patrie est maintenant le Canada.

Les colons tchèques et slovaques qui sont arrivés au Canada vers la fin du XIXe siècle se sont installés dans l’Ouest du pays. Ils étaient isolés puisqu’ils ne parlaient pas l’anglais et qu’ils vivaient dans des localités distantes de centaines de milles les unes des autres. Pour s’adapter à leur nouveau mode de vie, les immigrants se sont regroupés en fondant des églises, des associations et des clubs.

En 1997, un groupe de Roms tchèques est arrivé au Canada. Ils ont revendiqué le statut de réfugié, soutenant qu’ils étaient victimes de persécutions, de discrimination et de terreur en République tchèque, leur patrie. Les Roms sont souvent appelés Tsiganes. Dans de nombreuses régions d’Europe, ils vivent en marge de la société, tels des parias, et les stéréotypes les décrivent comme des voleurs et des criminels. En 1996, 189 Tchèques (dont bon nombre étaient probablement des Roms) ont revendiqué le statut de réfugié au Canada. Au cours des neuf premiers mois de 1997, ce nombre a bondi à 1 285. La presse a attiré l’attention sur cette augmentation soudaine de l’effectif des réfugiés roms. Certains Canadiens ont réagi en protestant contre l’arrivée des Roms, et les émissions de ligne ouverte ont été inondées d’appels réclamant leur renvoi. Des skinheads ont manifesté devant le motel où les Roms séjournaient, invitant par des pancartes les automobilistes à klaxonner s’ils détestaient les Tsiganes; beaucoup ont répondu à l’appel. Un conseiller municipal de Toronto s’est opposé à ce qu’on dépense l’argent des contribuables pour aider des gens qui « vivent du crime ».(9)

À l’intérieur du motel, étaient témoins de ces protestations des groupes de jeunes réfugiés roms, des familles espérant que le Canada les protégerait des persécutions. Bon nombre de Roms sont demeurés au pays. Leurs enfants sont inscrits dans les écoles et parlent l’anglais. Les chants traditionnels retentissent encore dans les foyers, mais ils sont entonnés dans la joie qu’inspire la liberté. Pour ce qui est des skinheads, ils nous rappellent que les Canadiens ne sont pas à l’abri des réactions involontaires que suscite le racisme.

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