Mémoires d'un pays
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General History

  HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

Karl Lévêque, personnage central du film
Le cœur haïtien, est arrivé à Montréal en 1959 pour réaliser son rêve de devenir prêtre. Comme il ne pouvait étudier à cette fin en Haïti, il a choisi de le faire dans le Québec francophone. Pendant les années 1950, la population haïtienne au Canada ne comptait qu'environ quarante personnes. Comme Karl Lévêque, la plupart y étaient venus pour étudier et, en général, ils retournaient en Haïti à la fin de leurs études.
Karl Lévêque n'avait pas l'intention de retourner dans son pays. Il est plutôt devenu l'un des piliers de la communauté haïtienne de Montréal, alors en pleine expansion.

C'est la dictature sanglante de François Duvalier, au début des années 1960, qui a provoqué le départ d'Haïtiens en plus grand nombre. On estime que la diaspora haïtienne, incluant tous les émigrants et leurs descendants immédiats, compte près de un million d'individus. Une forte proportion a choisi le Québec comme nouvelle patrie pour des motifs linguistiques et religieux.(1)

Les premiers immigrants haïtiens, ceux qui sont arrivés entre 1960 et 1970, appartenaient pour la plupart à l'élite haïtienne. Ils quittaient une vie confortable et un statut social et professionnel enviable. La majorité était constituée de médecins, de professeurs d'université, d'enseignants et d'autres professionnels. En 1965, le Canada a accueilli 38 Haïtiens ayant ce statut. En 1966, leur nombre est passé à 42. Presque aucun membre de la classe ouvrière haïtienne n'a émigré au Canada durant cette période.(2)

Les Haïtiens exerçant des professions libérales ont été accueillis chaleureusement dans leur nouvelle patrie. Leurs compétences étaient en demande, et ils ont trouvé du travail sur-le-champ. La plupart jouissaient d'un niveau de scolarité supérieur à celui du Québécois moyen. À cette époque, les secteurs de la médecine, de l'enseignement et de la fonction publique de la société québécoise étaient en expansion. Les Haïtiens étaient en demande et comblaient un vide au sein de la main-d'oeuvre.(3)

Pour venir au Canada, les professionnels haïtiens devaient souvent contourner une loi du régime Duvalier leur interdisant de quitter le pays. Dans bien des cas, ils ont dû fuir leur île grâce à de faux documents et sans preuve légale de leur identité. À leur arrivée au Canada, ils revendiquaient le statut de réfugié politique.

 

En 1965, le Canada comptait déjà quelque 2 000 Haïtiens, établis pour la plupart (95 %) au Québec.(4)

À partir de la fin des années 1960 et durant toutes les années 1970, le volume et la composition de l'effectif d'immigrants haïtiens ont changé du tout au tout. C'était le début de l'exode des Haïtiens qui tentaient d'échapper au régime Duvalier. Les Haïtiens étaient attirés par le Canada en raison de la tolérance de ses lois sur l'immigration. Les visiteurs étrangers munis de simples visas de touriste pouvaient demander le droit d'établissement une fois au Canada. Notre pays est devenu un phare pour les Haïtiens qui avaient entendu dire par des amis déjà installés au Québec que les emplois y étaient nombreux et bien rémunérés.(5)

Entre 1973 et 1976, le Canada a admis en moyenne 3 000 Haïtiens par année, dont un nombre record de 4 750 en 1974. On estime qu'à la fin de l'exode, 20 000 Haïtiens s'étaient installés au Canada.(6)


Notes En Fin De Texte:

1, 2, 4
The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto, McClelland & Stewart, 1998).

3, 5, 6, 7, 8, 9, 10
The Haitians in Québec: A Sociological Profile,
par Paul Dejean
(Ottawa, Tecumseh Press, 1980).


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