Mémoires d'un pays
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General History

  OBSTACLES

La Yougoslavie natale de Radovan Gajic a commencé à éclater au début des années 1990 et a été ravagée par les guerres d'indépendance et l'épuration ethnique. On a recensé au total près de deux millions de morts. Presque 500 000 personnes ont fui leur patrie, cherchant refuge dans des pays comme le Canada.(7)

Les Canadiens d'origine yougoslave n'ont pas échappé complètement et ne sont pas restés insensibles aux conflits sévissant dans la mère patrie. Leurs communautés au Canada ont connu de graves morcellements pour des motifs ethno-religieux, idéologiques ou politiques.(8)

Avant la guerre, en 1990, Radovan Gajic ne tenait pas forcément à demeurer au Canada, mais il y était à l'abri des horreurs de la guerre en Yougoslavie et y avait organisé son existence. Il considérait qu'une fois dans un pays étranger, il fallait accepter le premier emploi offert. Il est donc devenu concierge de deux immeubles à appartements à Toronto. Avec les années, cet ensemble d'habitations collectives a attiré des immigrants et des réfugiés de l'ex-Yougoslavie. En tant que concierge, aide et homme à tout faire, Gajic est devenu le pilier d'une communauté aux prises avec d'innombrables obstacles dans son pays d'adoption et des cauchemars hérités de la mère patrie.

Pendant leurs premiers mois au Canada, les nouveaux venus étaient si accablés par la tristesse, le chagrin et l'horreur qu'ils ne pouvaient voir le monde autour d'eux à Toronto et au Canada. Gajic les aidait à mettre leurs documents d'immigration en règle, faisant aussi office de traducteur. Il aidait les enfants à faire leurs devoirs et essayait de leur enseigner à prononcer les mots nouveaux.

« Je ne vis qu'au pays des mots » déclare Gajic à propos de sa conception de la nationalité moderne. Déjà auteur en Yougoslavie, il a continué d'écrire une fois au Canada. Son premier ouvrage publié en anglais est « The Hostage of T. City », un recueil de poèmes traitant des difficultés qu'il a éprouvées pour apprendre l'anglais et du sentiment d'être pris en otage par une langue étrangère.

Gajic le poète et son œuvre sont empreints de solitude. Mais il se considère chanceux de ne pas être hanté par les souvenirs de la guerre. Bien des gens à qui il est venu en aide au Canada lui disent qu'ils font des cauchemars toutes les nuits : fusillades, fuites, etc. Ces images ne sont pas disparues avec leur arrivée au Canada. Les détonations des grenades étaient si assourdissantes qu'elles secouaient les maisons à 15 kilomètres à la ronde, ouvrant les portes et brisant les fenêtres. Incapables de dormir, les enfants sanglotaient, terrifiés. Le plus dur pour les parents était de cacher leur peur aux enfants, la peur face à l'incertitude des lendemains.
Radovan Gajic a entendu ces histoires horribles à propos de la guerre, mais il soutient fermement qu'il ne connaît pas la guerre parce qu'il ne l'a jamais vécue.

La menace de la guerre en ex-Yougoslavie ne s'est jamais vraiment estompée. En 1999, les guerres ethniques se sont poursuivies au Kosovo. Les milliers de réfugiés qui ont fui en abandonnant tout, chassés de leurs maisons et arrachés à leur terre, tentent maintenant de refaire leur vie éclatée.(9)


Notes En Fin De Texte:

1, 3, 4, 5, 10, 11, 12
The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto, McClelland & Stewart, 1998).

2, 6, 7, 8, 9
Bosnia-Hercegovina: The International Response,
par Vincent Rigby
(Ottawa, Bibliothèque du Parlement,
Division des affaires politiques et sociales, 1994).


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