Mémoires d'un pays
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General History

  HÉRITAGE

Le révérend Lee est venu au Canada avant que la notion de multiculturalisme soit intégrée à l'identité nationale. L'héritage qu'il a laissé à la communauté coréenne et au Canada est la tolérance culturelle. Lee a passé quatre ans à Vancouver au service du groupe confessionnel japonais de Steveston. Il est ensuite reparti, cette fois pour s'occuper d'une église coréenne chrétienne à Toronto, en Ontario. Pendant plus de 20 ans, il y a administré sa propre paroisse. Il était la fierté de la communauté coréenne. Mais il est allé plus loin, se mettant au service des immigrants, des pauvres, des Canadiens laissés pour compte. L'Église unie l'a remarqué et en a fait son nouveau modérateur en 1988.

C'est pendant qu'il était titulaire de ce poste, jusqu'en 1990, qu'on a considéré qu'il était devenu la conscience sociale des Canadiens, débattant l'ordination des homosexuels et se portant à la défense des droits de la personne et des Autochtones. Il a été reconnu comme celui qui se rangeait du côté des isolés ou des opprimés. Avant de venir au Canada, il ne savait rien du sort des Autochtones, mais il a rapidement pris conscience de leur amertume et de leurs problèmes.

Lee est également resté très engagé au sein de la communauté coréenne, faisant constamment le lien entre vieilles et jeunes générations. Il considérait que la paix et la solidarité constituaient pour les Coréens les meilleurs moyens pour s'intégrer à la société canadienne. Les Canadiens coréens de la première génération croyaient très fermement qu'ils devaient élever leurs enfants pour qu'ils deviennent de bons Coréens d'abord et avant tout. Le révérend Lee estimait cependant que ces enfants, ceux de la deuxième génération, devaient vivre et grandir au sein de la grande société canadienne.

L'instinct de ces enfants les poussait à rompre tout lien avec leurs parents et la communauté coréenne pour éviter d'être ghettoïsés. Lee a tenté de convaincre les parents qu'il ne fallait pas trop s'inquiéter du fait que la deuxième génération perde son identité et qu'en la laissant libre, ils en feraient des gens à l'esprit ouvert, profitant du meilleur des deux mondes. La culture coréenne, par exemple, regorge de traditions folkloriques qui expriment l'amour de la vie et les efforts pour réussir. Cette culture comporte d'autres volets comme la danse, la musique, l'art et le tae kwon do (l'art de l'autodéfense).17

Les Canadiens coréens de la première et de la deuxième générations sont nombreux à voyager dans leur pays d'origine par affaire ou pour redécouvrir leurs racines culturelles et leur langue. D'autres Canadiens s'y rendent eux aussi fréquemment pour pratiquer le tourisme ou profiter de débouchés comme l'enseignement de l'anglais aux étudiants coréens. Plusieurs universités canadiennes, comme celles de la Colombie-Britannique, de Toronto, de Montréal et de l'Alberta, se sont dotées de programmes d'études coréennes et encouragent les programmes d'échange entre étudiants coréens et canadiens.18

Les Jeux Olympiques de 1988, qui ont eu lieu à Séoul, en Corée, ont contribué à attirer l'attention sur les Canadiens coréens, tout comme la popularité des voitures, des appareils électroniques, des produits informatiques, des textiles et des vêtements fabriqués en Corée, sans parler de l'exportation du ginseng, plante mondialement connue. Les succès qu'ont connus les Canadiens coréens de deuxième génération ont aussi facilité l'intégration de la communauté coréenne à la société canadienne.19

Le révérend Lee avait prôné de la chaire de l'Église unie l'idéal de la tolérance raciale. Ses filles avaient écouté ses nombreux sermons sur l'harmonie raciale et prenaient cette cause très à cœur. Les convictions du révérend Lee ont été mises à l'épreuve lorsque ses trois filles ont épousé des non-Coréens. Malgré son ouverture d'esprit, il a fallu au père un certain temps pour accepter les choix de ses filles. Mais Lee décrit maintenant sa famille comme les Nations Unies en miniature puisque ses trois gendres sont de descendance estonienne, italienne et écossaise. Le mariage de sa fille Grace, qu'il a lui-même célébré, était la première union mixte à l'Église unie, et il a contribué à mieux faire accepter les mariages inter-raciaux au sein de la communauté chrétienne et canadienne.


Notes En Fin De Texte:

1, 2, 3, 4, 5, 17, 18, 19
The 1998 Canadian and World Encyclopedia
(Toronto, McClelland & Stewart, 1998).

6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17
The Wanderer,
par Sang-Chul Lee et Erich Weingartner
(Winfield, Wood Lake Books, 1989).


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