Mémoires d'un pays
Episodes Série Home


General History

  OBSTACLES

Comme nombre de leurs compatriotes, Sigursteinn Oddson et Hans Peter Tergesen se sont dirigés vers le Canada en espérant y trouver bonheur et prospérité et échapper à la série de calamités qui avaient marqué l'histoire de leur mère patrie.

La pauvreté et les catastrophes naturelles remontant à la peste noire de 1402-1404 avaient décimé les deux tiers de la population.(15) Les restrictions commerciales imposées par le Danemark, les éruptions volcaniques et une épidémie qui a fauché 200 000 moutons ont paralysé l'économie pendant les années 1860. L'hiver 1874 a été considéré comme le plus rigoureux du siècle, et l'année 1875, bien que plus clémente, a été marquée par des séismes et une reprise de l'activité volcanique. L'apogée a été atteint avec la terrible éruption du mont Askja qui a projeté de la fumée et des cendres incandescentes qui ont enseveli les villages autour.(16)

Entre-temps, les immigrants islandais qui avaient fondé New Iceland n'avaient pas échappé entièrement aux épreuves. Au cours du premier hiver, en 1875, les vivres ont manqué. Au milieu de décembre, les réserves étaient si basses qu'une famille a dû se contenter de quelques morceaux de pain la veille de Noël. Au printemps, le scorbut s'était répandu, et plusieurs colons sont morts de maladie ou de privation.(17)

Le fort contingent d'immigrants arrivés d'Islande l'été suivant avait plus de chance, car la terre avait déjà été travaillée et des itinéraires pour le matériel et les vivres avaient été établis. Ils ont beaucoup souffert à d'autres égards, toutefois. À leur arrivée, les Islandais étaient complètement ignorants du mode de vie et des méthodes de travail, qui différaient considérablement de ce à quoi ils avaient été habitués. Nombre d'entre eux avaient été rendus malades par le long voyage et étaient mal préparés pour explorer et trouver un endroit propice à la construction d'une ferme, ce qui constituait en soi une tâche inusitée et ardue.(18)

En outre, les catastrophes naturelles semblaient avoir suivi les nouveaux arrivants. À l'automne 1876, une mystérieuse maladie faisait son apparition parmi les colons de New Iceland. Bien que bénigne au début, elle s'est bientôt répandue dans toute la colonie. Sigtryggur Jonasson, qui vivait alors à Lundar et était connu comme le père de New Iceland, a fait venir un médecin et des fournitures médicales du Manitoba.(19)

En raison des piètres conditions d'habitation, il était inévitable que la maladie prenne les proportions d'une épidémie au sein de la colonie. Le froid s'installait, et bien des colons n'avaient pas fini de construire leur maison. Par conséquent, plusieurs familles s'entassaient dans un seul bâtiment, partageant vêtements et couvertures contaminés par la maladie. En décembre, un médecin est arrivé et a constaté que les gens souffraient en fait de la variole. Un vaccin obtenu aux États-Unis est resté sans effet. À peu près un colon sur trois a contracté la variole, et en tout, 102 colons en sont morts, des enfants et des jeunes adultes pour la plupart.(20)

On a décrété une quarantaine pour empêcher l'épidémie d'atteindre la province du Manitoba. Personne ne pouvait quitter la colonie sans avoir passé deux semaines en quarantaine. Les conséquences sur le commerce et l'emploi ont été ruineuses pour l'économie de New Iceland. Ce n'est que quatre mois après la disparition de l'épidémie que la quarantaine a été levée. À ce stade, les colons étaient si découragés qu'ils étaient prêts à quitter l'établissement pour de bon.(21)

Un exode de la population de New Iceland en direction de Winnipeg et du Dakota du Nord a débuté en 1878. Les multiples épreuves auxquelles les Islandais avaient dû faire face pour s'établir avaient eu raison d'eux. Les terres avaient été défrichées, mais on ne trouvait pas de débouchés pour le bois. Les inondations ravageaient les fermes, les potagers et les champs, emportant maisons et meules de foin. L'argent était rare, et beaucoup devaient occuper des emplois temporaires à l'extérieur de la colonie. Les routes étaient médiocres, dangereuses ou inexistantes. L'épidémie de variole a fait place à la scarlatine quelques mois plus tard, puis à la diphtérie et à la rougeole. En 1881, la population de New Iceland avait chuté à 250 habitants.(22)

Des nouveaux arrivants continuaient toutefois d'y affluer. En 1900, la population s'établissait de nouveau à 2000 âmes.(23) Sigursteinn Oddson et Hans Peter Tergesen, par exemple, croyaient encore en l'avenir de New Iceland. Mais la malchance s'acharnait encore sur certains. Bien que Tergesen ait réussi à ouvrir un magasin qui est devenu le point de ralliement de la communauté islandaise à Gimli, Sigursteinn Oddson n'a pu surmonter les épreuves associées à un nouveau départ. La terre dont il détenait les titres s'avérait marécageuse, suscitait des difficultés avec les agents des terres et donnait de maigres récoltes. Le travail acharné ne suffisait pas. Ruiné, Oddson a succombé à l'alcoolisme. Sa quatrième fille a dû être confiée à un oncle et à une tante, et à la fin, la famille de Sigursteinn Oddson a été dispersée dans tout le Canada

Notes En Fin De Texte:

1, 4, 5, 7, 13, 15, 18, 19, 24, 25
A Manitoba Saga: The Icelandic People in Manitoba,
par Wilhelm Kristjanson (Winnipeg, Kristjanson, 1965).

2, 3, 6, 11, 14, 22, 26, 27, 28
The Canadian & World Encyclopedia
(Toronto, McClelland & Stewart, 1998).

8, 10, 16, 17, 20, 21, 23
Gimli Saga,
par Paul H.T. Thorlakson
(Altona, éd., D.W. Friesen and Sons Ltd, 1975).

9, 12
Manitoba 125, A History, Volume II
(Winnipeg, Great Plains Publications, 1994).
 


précédent - - prochain