Mémoires d'un pays
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General History

  HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

Sigursteinn Oddson et H.P. Tergesen ont immigré au Canada pendant les années 1880. Ils étaient encore enfants lorsqu'un volcan a fait éruption dans leur Islande natale et causé un état de dévastation entraînant l'exode d'Islandais à la recherche d'une nouvelle patrie.
Désastres et catastrophes naturelles ont marqué l'histoire de l'Islande. En 1800, la population, qui était de 50 000 un siècle plus tôt, n'atteignait plus que 47 000, ce qui reflète les tragédies causées par la maladie, la famine et les éruptions volcaniques.(1) Au cours du XIXe siècle, d'autres calamités comme une épidémie ovine, la détérioration du climat et des éruptions volcaniques répétées ont été enregistrées. (2)

On a offert à toute la population d'Islande de se réinstaller au Danemark, mais les Islandais ont refusé, sachant que cette terre d'accueil ne leur conférerait ni les droits ni les libertés d'un peuple indépendant. Ils ont entendu parler des richesses naturelles et du climat plus clément de l'Amérique du Nord, ainsi que de la perspective de créer leurs propres établissements autonomes. On dit également qu'ils ressentaient une certaine affinité avec ce continent puisque le Norvégien Erik le Rouge l'avait découvert et y avait établi le peuplement de Vinland en 985 après J.-C. (3)

Le premier immigrant islandais à venir au Canada après son prédécesseur norvégien a été Sigtryggur Jonasson. Il est arrivé à Québec en 1872. Il a écrit des lettres encourageantes à ses compatriotes demeurés au pays, décrivant en particulier la région de l'Ontario où il a fini par s'installer.(4) En conséquence, quelque 150 Islandais l'ont suivi en 1873. Les autorités canadiennes de l'immigration à Québec ont offert au groupe le transport gratuit vers l'Ontario, des logements temporaires et deux cents acres de terre gratuite.(5) Les Islandais se sont dirigés vers Rosseau, dans le district de Muskoka, mais ont vite compris que les postes gouvernementaux qu'on leur avait promis en attendant que la terre soit défrichée étaient insuffisants pour survivre. La plupart des colons ont poursuivi leur route, ne laissant qu'un petit établissement permanent.(6)

Un deuxième groupe de 365 Islandais a fait la traversée en 1874. Sigtryggur Jonasson, alors agent du gouvernement de l'Ontario, les a conduits à Kinmount, à environ 150 kilomètres au nord-ouest de Toronto, où ils pouvaient travailler pour le chemin de fer de Victoria. Mais là encore, le travail est venu à manquer, compromettant les chances de fonder un établissement islandais viable.(7)

Sigtryggur Jonasson a alors communiqué avec le ministre de l'Immigration à Ottawa pour qu'on trouve un endroit où installer les colons islandais. Une expédition a été financée pour explorer la vallée de la rivière Rouge.(8)

Cette fois, les Islandais ont trouvé à leur arrivée un secteur ravagé par les sauterelles. Ils ont donc poursuivi leur route vers le nord et les bords inexplorés du lac Winnipeg, au-delà des limites du Manitoba.(9) Ils ont aimé l'endroit : situation riveraine, abondance de poisson et de bois, et bon emplacement le long des itinéraires de transport éventuels. Lorsque la délégation est retournée à Kinmount, les colons ont vite décidé de se déplacer vers le nouvel éden. Ils avaient si hâte de quitter Kinmount qu'ils y ont abandonné leurs récoltes et vendu leurs vaches à moitié prix. C'est donc en 1875 qu'environ 235 Islandais ont entrepris le périple, d'abord par bateau à vapeur, puis vers le nord par train, et de nouveau sur l'eau à bord de bateaux à fond plat.(10)

On leur avait promis qu'à leur destination, une réserve islandaise serait créée dans un secteur sauvage des Territoires du Nord-Ouest, à 90 kilomètres sur les rives occidentales du lac Winnipeg. La réserve a effectivement été constituée par décret et baptisée New Iceland. Sa structure politique était unique dans l'histoire canadienne en raison des droits d'autonomie gouvernementale octroyés. À New Iceland, les colons pouvaient édicter leurs propres lois, bâtir leurs écoles et vivre de façon générale en établissement indépendant et autonome.(11) L'appellation Gimli, désignant un temple des dieux norvégiens couvert d'or, a été retenue pour la capitale de la nouvelle colonie.(12)

À cette époque, Jonasson était retourné en Islande pour encourager la migration vers New Iceland. En 1876, 1200 autres Islandais, faisant partie de ce qu'on a souvent appelé le grand groupe, ont rejoint les fondateurs de New Iceland et jeté les bases du premier établissement islandais permanent au Canada.(13)

Les Islandais ont continué d'affluer à Winnipeg durant les 20 dernières années du XIXe siècle. On rapporte qu'entre les années 1880 et 1914, le cinquième de la population d'Islande a quitté l'île. Nombre d'entre eux ont opté pour le Canada. Sigursteinn Oddson y est venu en 1883. Son voisin, Hans Peter Tergesen, est arrivé en 1887. Comme prévu, Gimli est devenu le principal centre de New Iceland. Toute la colonie s'est jointe plus tard à la province du Manitoba. Des régions rurales du Manitoba ont aussi été peuplées par les Islandais, notamment Lundar, Glenboro, Selkirk et Morden.(14)

Notes En Fin De Texte:

1, 4, 5, 7, 13, 15, 18, 19, 24, 25
A Manitoba Saga: The Icelandic People in Manitoba,
par Wilhelm Kristjanson (Winnipeg, Kristjanson, 1965).

2, 3, 6, 11, 14, 22, 26, 27, 28
The Canadian & World Encyclopedia
(Toronto, McClelland & Stewart, 1998).

8, 10, 16, 17, 20, 21, 23
Gimli Saga,
par Paul H.T. Thorlakson
(Altona, éd., D.W. Friesen and Sons Ltd, 1975).

9, 12
Manitoba 125, A History, Volume II
(Winnipeg, Great Plains Publications, 1994).


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