Mémoires d'un pays
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General History

  OBSTACLES

La plupart des immigrants africains au Canada viennent de pays marqués par l'oppression sociale et les catastrophes naturelles fréquentes. Opiyo Oloya, de
« La voix de la liberté », a fui son Ouganda natal pour échapper à la tyrannie, à la terreur, à la torture et au meurtre.

Oloya a obtenu le statut de réfugié au Canada en 1981. Mais les Africains qui cherchaient à quitter leur mère patrie n'ont pas tous eu cette chance. À peine quelques 10 % des personnes considérées comme des réfugiés en Afrique correspondaient à la définition de réfugié adoptée par les Nations Unies. En 1995, le ministre canadien des Finances, Paul Martin, a annoncé l'imposition d'un droit de 975 $ (aboli depuis, le 28 février 2000) aux immigrants et réfugiés de plus de 19 ans, en plus du " droit de citoyenneté " de 100 $. Il s'agissait là de montants que la plupart des nouveaux arrivants ne pouvaient acquitter. La politique canadienne d'immigration continue de favoriser les immigrants entrepreneurs et travailleurs autonomes qui disposent de fonds suffisants pour mettre sur pied des entreprises commerciales et ainsi faire travailler des citoyens canadiens. Ces candidats appartiennent plus souvent aux classes privilégiées des groupes africains de l'Europe et de l'Asie qu'aux groupes noirs africains(11).

Lorsque Opiyo Oloya a quitté l'Ouganda, il a laissé derrière lui toute sa famille, dans l'espoir de connaître au Canada une nouvelle existence plus libre. Ce n'est qu'à son arrivée, toutefois, qu'il s'est rendu compte à quel point sa vie allait réellement changer. Du jour au lendemain, il se retrouvait dans un environnement très étrange. C'est alors qu'il a pris conscience de la couleur de sa peau; les changements se multipliaient et commençaient à attaquer son identité africaine. Il a changé son prénom pour « Joseph », à consonance plus nord-américaine. Il s'est inscrit à un institut pédagogique, optant délibérément pour une carrière étrangère à son expérience de militant politique. Il déployait de très grands efforts pour apprendre une culture nouvelle, comprendre les gens. Pendant un certain temps, le fait d'être africain est devenu secondaire.

Une des difficultés associées au statut d'immigrant tient à l'isolement et au fait de n'interagir qu'avec des gens ayant un bagage culturel similaire. Au Canadian African Newcomer Aid Centre de Toronto, les immigrants africains se font en général discrets pendant qu'ils tentent de s'intégrer et de surmonter le « choc culturel ». Les valeurs fondamentales de l'immigrant peuvent s'écarter de ce qu'il a toujours connu (attacher de l'importance au bien de la collectivité) pour se rapprocher de la recherche plus nord-américaine des intérêts de l'individu. Les anciens respectueux des mœurs et les chefs des collectivités qui insistent davantage sur la modestie, la soumission et l'humilité ne sont pas aussi écoutés dans la société occidentale qu'ils ne le sont en Afrique. De même, les changements dans la dynamique entre époux, surtout lorsque la femme revendique plus de responsabilités, de droits et de libertés, compliquent singulièrement l'adaptation au sein des couples et des familles. Nombre d'immigrants ont du mal à apprendre comment demander de l'aide; certains jugent nécessaire d'être conseillés pour faciliter les transitions multiples(12).

Dans leur recherche d'intégration, les immigrants noirs de l'Afrique en Amérique du Nord sont aux prises avec les préjugés et le racisme. Malgré la politique canadienne de multiculturalisme qui prône la diversité et l'identité ethniques, la discrimination persiste dans le subconscient de la société. En général, elle refait surface en périodes économiques difficiles(13). Parfois, elle se manifeste dans les interactions sociales du quotidien et dans la façon dont les gens d'origine ethnique différente sont traités en ce qui concerne les services communautaires, le logement, l'éducation, l'application de la loi et l'emploi(14).

On évalue qu'à Toronto, 90 % des professionnels africains ne peuvent trouver du travail dans leur domaine de compétence. Dans l'ensemble, les Afro-Canadiens sont très instruits; le quart d'entre eux détiendraient des diplômes universitaires, alors que 41 % ont fait des études postsecondaires. Néanmoins, ces gens instruits et hautement qualifiés finissent souvent par occuper des postes mal rémunérés parce que leurs diplômes et titres ne sont pas reconnus au Canada. On dit que la présence africaine dans les rangs des professions libérales est négligeable. Les forces policières et le système d'enseignement sont deux exemples parmi d'autres(15).

On note des changements et des progrès graduels. Habitué à son pays d'adoption, Oloya a décidé que le prénom Joseph ne lui convenait pas, et il a repris celui de Opiyo, plus proche de ses racines. Il a fréquenté l'Université Queen, a obtenu une maîtrise ès arts en science politique et s'est inscrit à un institut pédagogique. Maintenant il est enseignant et partage ses expériences avec ses étudiants tout en s'intéressant aux leurs.



Notes En Fin De Texte:

1,2,5,6,7,8,12,14,16
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

3,4,9,10,11
The Integration of Black African Immigrants in Canadians Society,
par A.B.K. Kasozi
(Canadian African Newcomer Aid Centre, Toronto, 1988).

15
The Black Presence in the Canadian Mosaic, A Study of Perception and the Practice of Discrimination Against Black in Metropolitan Toronto,
par Wilson A. Head
(Ontario Human Rights Commission, Toronto, 1975).

17,18,19,20
CELAFI, Celebrating African Identity
(CAN: BAIA, Toronto, 1992)

The Blacks in Canada, A History
par Robin W. Winks
(McGill-Queen's Press, Kingston, 1997).

 


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