Mémoires d'un pays
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General History

  HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

Opiyo Oloya est venu de l'Ouganda au Canada en tant que réfugié en 1981. Après la chute du régime tyrannique en Ouganda en 1979, Oloya espérait le retour à la démocratie. Mais les élections de 1980 ont porté au pouvoir un régime répressif et Oloya, étudiant militant politique, a dû fuir pour assurer sa sécurité. Il s'est rendu au Kenya où il a revendiqué le statut de réfugié au Canada en 1981.

Comme l'histoire d'Opiyo Oloya, celle de l'immigration africaine au Canada est très récente. Le vaste continent africain et ses peuples très divers (le terme Africains désigne les Noirs négroïdes ainsi que les peuples d'autres origines ethniques et culturelles) n'ont jamais été associés de très près au Canada(1).

Avant 1960, les Noirs africains n'avaient immigré au Canada qu'en petit nombre; entre 1946 et 1950, ils représentaient à peine 0,3 % des nouveaux venus. Au cours des 20 années suivantes, la proportion n'a atteint que 1 ou 2 %, restreinte par les politiques d'immigration inconsistantes du Canada, qui tantôt permettaient, tantôt limitaient l'entrée des immigrants africains. Le Livre blanc sur l'immigration, par exemple, publié par le gouvernement fédéral en 1966, a servi de catalyseur pour l'établissement d'un processus de présélection moins discriminatoire pour l'admission des immigrants au pays. Par conséquent, la proportion des immigrants africains a monté de 2 % en moyenne de 1968 à 1970, ce qui indique que le nouveau système était un peu plus objectif, quoique encore très sélectif(2).

Les Noirs africains ont commencé à déserter leur mère patrie lorsque l'Afrique s'est affranchie des colonisateurs européens au milieu des années 1960. Jusqu'à 1966, ceux qui avaient pris le pouvoir en Afrique n'avaient pas réussi à mettre en place des structures politiques viables pour remplacer les anciens régimes coloniaux. L'élite instruite estimait que les nouveaux systèmes sociaux manquaient à leurs engagements à son égard, et elle a constitué la première vague d'immigrants africains venus refaire leur vie au Canada. Leur départ a contribué au phénomène de l'« exode des cerveaux » en Afrique(3).

Les pays africains fournissant le plus d'immigrants au Canada sont situés dans les régions aux prises avec des problèmes sociaux complexes et sensibles, par négligence ou mauvaise planification, aux catastrophes naturelles. L'Afrique du Sud, avec son régime d'apartheid socialement oppressif (et aujourd'hui aboli), a été le principal pays source d'immigrants au Canada, suivie de la Tanzanie, de l'Éthiopie, du Kenya, du Ghana, de l'Ouganda et du Nigeria(4).

En 1972 et 1973, le Canada a accueilli environ 7 000 Asiatiques ougandais. La proportion d'immigrants africains par rapport au nombre total d'immigrants au Canada est alors passée à 6,8 %(5).

En 1976, cependant, le Livre vert sur l'immigration, qui restreignait le nombre d'immigrants admis, a eu lui aussi pour effet d'interdire l'entrée au Canada des ressortissants des pays de l'Afrique noire. Cette situation était aggravée du fait qu'à cette époque, on comptait à peine trois bureaux canadiens de Citoyenneté et Immigration pour tout le continent africain(6).

La Loi sur l'Immigration de 1978 a eu l'effet inverse puisqu'elle permettait aux citoyens canadiens de parrainer des proches parents. Des dispositions de la loi ont permis l'établissement d'immigrants de la République sud-africaine, de la Tanzanie, du Kenya, de l'Ouganda, de l'Angola, du Zimbabwe, du Nigeria et du Ghana(7).

On estime qu'entre 1973 et 1983, 16 000 Africains austraux sont entrés au Canada, après l'accession à l'indépendance par l'Angola, le Mozambique et le Zimbabwe. La plupart étaient d'origine ethnique non noire (des Portugais et des Britanniques, par exemple)(8).

En 1981, 50 107 Africains se trouvaient au Canada, et leur nombre atteignait 54 617 l'année suivante. En 1984, 3552 personnes (soit 4 % de l'effectif des immigrants au Canada cette année-là) sont arrivés de l'Afrique. En 1985, la population avait grimpé à 65 000(9).

En 1991, le nombre d'Africains au Canada était passé à 166 175 selon les estimations. Ce renforcement de la présence africaine est attribuable à l'instabilité politique, aux guerres et à la violence qui continuent de sévir dans de nombreuses régions du continent africain(10).


Notes En Fin De Texte:

1,2,5,6,7,8,12,14,16
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

3,4,9,10,11
The Integration of Black African Immigrants in Canadians Society,
par A.B.K. Kasozi
(Canadian African Newcomer Aid Centre, Toronto, 1988).

15
The Black Presence in the Canadian Mosaic, A Study of Perception and the Practice of Discrimination Against Black in Metropolitan Toronto,
par Wilson A. Head
(Ontario Human Rights Commission, Toronto, 1975).

17,18,19,20
CELAFI, Celebrating African Identity
(CAN: BAIA, Toronto, 1992)

The Blacks in Canada, A History
par Robin W. Winks
(McGill-Queen's Press, Kingston, 1997)


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