Mémoires d'un pays
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General History

  OBSTACLES

Lorsque Jane et Bob Aberson se sont établis à Dauphin, au Manitoba, ils ont vite constaté que la subsistance sur une petite ferme était très éloignée du mode de vie idyllique dépeint sur les affiches de l'immigration(10). Les immigrants découvraient plutôt des salaires de famine et des conditions de vie misérables. Pour suppléer aux revenus de la ferme, Jane Aberson gagnait un peu d'argent en rédigeant des chroniques qu'elle envoyait dans son pays natal, rectifiant le mythe de l'immigration par une bonne dose de réalité.

La vie austère des Prairies, la brève période de pousse et les hivers rigoureux ont pris de court les premiers immigrants néerlandais. Mais leur collectivité a grandi et, en même temps, le désir d'aider les autres qui continuaient d'affluer de leur terre natale. À Winnipeg, on a mis sur pied une organisation afin d'aider les immigrants nécessiteux et d'aménager un centre communautaire où les gens pourraient se rassembler et socialiser. De même, le Fonds de la reine Wilhelmina a été créé pour fournir une aide financière temporaire aux immigrants dans le besoin(11).

En dépit des épreuves inattendues, nombre de Néerlandais ont établi des fermes familiales afin de créer la sécurité qui leur permettrait ensuite de retourner à des occupations plus familières comme la comptabilité, la menuiserie, la maçonnerie et la construction(12).

En outre, pour tirer le meilleur parti d'une situation potentiellement défavorable, les immigrants néerlandais, animés d'un esprit d'initiative marqué, ont profité de l'isolement géographique et social de leurs nouvelles demeures pour créer de nouveaux débouchés. L'épicier itinérant, par exemple, misait sur le fait que les immigrants connaissaient peu ou n'aimaient pas les produits alimentaires et les articles de ménage canadiens. De petits entrepreneurs ont créé des circuits de vente parmi les immigrants, leur offrant cigares, tartinade aux pommes, fromages, biscuits en forme de moulins à vent, gâteaux au miel, pains aux raisins et saucissons fumés importés de Hollande. Les tissus et les sous-vêtements des Pays-Bas étaient également considérés de meilleure qualité que ceux qui étaient fabriqués au Canada. Le fait de pouvoir se procurer des produits originaux de la mère patrie était rassurant et facilitait d'autant l'adaptation des immigrants(13).

Les Néerlandais pratiquants avaient le choix entre l'assimilation à une église canadienne, soit renoncer à leur culte traditionnel, et l'établissement de leur propre église. Nombre de Néerlandais protestants ont adhéré aux Églises presbytériennes ou méthodistes, alors que d'autres ont préféré construire un temple néerlandais où les sermons seraient prononcés dans leur langue maternelle. Quand il s'avérait impossible de se doter d'un pasteur et d'un lieu du culte faute d'un nombre suffisant de fidèles, les cérémonies se déroulaient chez les particuliers. Les immigrants catholiques romains fréquentaient souvent les églises locales. Mais même si la messe était célébrée en latin, maints immigrants ne pouvaient guère être des membres actifs au sein de leur église tant qu'ils ne savaient pas suffisamment l'anglais(14).

En 1908, les immigrants néerlandais calvinistes ont fondé l'Église chrétienne réformée de Winnipeg. Cette Église était plus qu'une simple institution religieuse puisqu'elle accordait aussi un soutien financier à ses fidèles. Les clubs, groupes de jeunes et chorales organisaient des activités sociales pour les immigrants de l'endroit. Les nouveaux arrivants retrouvaient en partie leur culture à l'église et n'hésitaient pas à participer. Mais à mesure que les immigrants néerlandais se familiarisaient avec le milieu canadien, leur dépendance envers leur église s'estompait, et on a observé qu'un grand nombre d'entre eux ont rompu les liens avec elle à mesure qu'ils se sont intégrés à la société(15).


Notes En Fin De Texte:

1,4,5,8,10,11,12,13,15,16,17,18,19
A Bittersweet Land, The Dutch Experience in Canada, 1890-1980,
par Herman Ganzevoort
(McClelland and Stewart, Toronto, 1988).

2,3,7,9,14
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

6
From the Prairies with Hope,
par Jane L. Aberson
(Canadian Plains Research Centre, Regina, 1991).


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