Mémoires d'un pays
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General History

  HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

Sivert et Anna Westvick sont arrivés au Canada en 1912. Elle était fille de ferme, et lui, pêcheur et charpentier. Ils avaient fait des réservations pour traverser l'océan à bord du Titanic, mais ils ont dû se raviser parce qu'Anna était enceinte. Ils avaient entendu parler de la riche terre noire de l'Alberta et des collectivités canado-norvégiennes aux noms prometteurs comme Valhalla, « demeure des dieux ». Lorsqu'Anna et Sivert ont finalement émigré, il n'est pas surprenant qu'ils aient choisi comme destination dans les prairies albertaines la petite localité de New Norway.

La migration des Norvégiens en Amérique du Nord a débuté en 1825 lorsque le premier contingent est arrivé par bateau à New York. On estime qu'au cours des 75 années suivantes, 500 000 Norvégiens ont abouti à Québec, alors considérée comme la porte d'entrée vers les États centraux de l'Amérique. Au cours de cette période, les États-Unis ont accueilli presque tous les immigrants provenant de la Norvège(1).

Très peu de Norvégiens sont restés au Canada avant 1900, en dépit des efforts pour les recruter. Dès 1873, le Canada a fait paraître des annonces dans plusieurs journaux des pays scandinaves et fait imprimer dans les langues de ces pays des brochures et des prospectus largement diffusés et titrant : « TERRES N'ATTENDANT QUE LES COLONS POUR ÊTRE EXPLOITÉES » ou « FERMES FERTILES GRATUITES POUR TOUS DANS LE NORD-OUEST CANADIEN(2) ».

Des agents d'immigration spécialement formés ont été envoyés à l'étranger pour attirer les éventuels colons norvégiens, mais les réactions ont été mitigées. Comme les difficultés et les échecs passés des colons norvégiens au Québec étaient de notoriété publique, on s'opposait encore à l'idée d'immigrer au Canada(3).

Ce n'est qu'au tournant du siècle que les Norvégiens se sont mis à considérer le Canada comme une terre d'avenir. Le front pionnier américain reculait, et les terres se faisaient rares. Le Canada est donc devenu le pays de la deuxième chance pour les colons. Ce succès fut le fruit des politiques progressistes de sir Wilfrid Laurier et de son ministre de l'Intérieur, Clifford Sifton, qui voulaient qu'on cesse de céder des terres de choix aux spéculateurs et aux sociétés de chemin de fer. À partir de 1897, la politique d'immigration canadienne s'est raffermie à ce chapitre. La fièvre américaine baissait, et la fièvre canadienne grimpait. Les Norvégiens venaient au Canada(4).

La construction du chemin de fer Canadien Pacifique et l'ouverture de l'Ouest aux colons ont finalement attiré les immigrants norvégiens. Mais ceux-ci n'étaient pas séduits uniquement par les terres gratuites, mais également par la possibilité d'établir et de conserver leurs institutions ethniques particulières comme les églises et les écoles. Les colons norvégiens se sont enracinés dans l'Ouest de 1886 à 1929(5).

Entre 1900 et 1914, de nombreux Norvégiens sont arrivés au Canada en provenance tant des États-Unis que de la Norvège. Plus de 18 000 provenaient de ce dernier pays et ont été suivis de 21 574 autres pendant les 15 années suivantes. Le recensement de 1931 indiquait que le Canada comptait 93 243 habitants d'origine norvégienne. De ce nombre, 39 241 étaient nés au Canada, 32 551 en Norvège et 21 451 aux États-Unis(6).

La Grande Crise et la Seconde Guerre mondiale ont éclairci les rangs des immigrants norvégiens : 1376 entre 1930 et 1945 et 9196 entre 1945 et 1959. De 1960 à 1975, à peine 4615 Norvégiens se sont établis ici. Des estimations récentes situent à 60 000 le nombre des Canadiens de descendance norvégienne(7).


Notes En Fin De Texte:

1, 5, 6, 7, 12, 14, 19
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto 1998).

2, 3, 4, 8, 9, 10, 11, 13, 15, 16, 17, 18
From Fjord to Frontier: A History of the Norwegians in Canada,
par Glubrand Loken
(McClelland & Stewart, Toronto, 1980).


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