Mémoires d'un pays
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General History

  OBSTACLES

En fuyant leur Vietnam natal et en laissant derrière eux des êtres chers, les Lai ont ressenti une grande douleur. Ils espéraient un meilleur sort au Canada, mais ne savaient pas à quoi s'attendre. Ils sont arrivés au cœur de l'hiver, dans le froid et la neige. Quelle différence avec la chaleur étouffante de leur pays! Ils se sont établis chez les Bessai à Edmonton, en Alberta, une famille d'étrangers. Ils ignoraient tout de l'anglais. Ils craignaient de ne pouvoir s'adapter et trouver du travail. Les Indochinois arrivés au Canada avant 1986 ont traversé de grandes épreuves. Ils avaient connu la pauvreté, la violence, la mort d'amis et de parents et, souvent, la destruction complète de leur mode de vie traditionnel. Leur fuite avait comporté d'énormes dangers : quasi-noyades, attaques des pirates et faim. Ils étaient souvent confinés dans des camps de réfugiés provisoires, confrontés à un avenir incertain en attendant leur réétablissement permanent. À leur arrivée au Canada, ils se trouvaient plongés dans une société occidentale étrangère, industrialisée, urbanisée et hautement individualiste. Ils étaient aux prises avec d'extrêmes difficultés psychologiques, sociales, culturelles, politiques et économiques, auxquelles ils étaient généralement peu préparés(6).

Une fois établis, les réfugiés vietnamiens s'empressaient de trouver un emploi. Le travail était leur gage de succès. Leur tâche était d'autant plus ardue que des conditions économiques difficiles sévissaient après 1980. Malgré la faible mobilité initiale, la plupart des immigrants vietnamiens, ambitieux et impatients de se tailler une place, ont rapidement trouvé du travail et ont amélioré leur situation économique. L'apprentissage d'une nouvelle langue et le rétablissement du sentiment familial ont aussi constitué des facteurs cruciaux pour leur adaptation à leur nouvel environnement. Les programmes de parrainage canadiens ont immensément aidé les Vietnamiens à trouver un juste équilibre(7).

De nombreux réfugiés vietnamiens parlaient couramment l'anglais ou le français. La plupart étaient instruits et pouvaient pratiquer divers métiers8. Bao et Binh Lai avaient reçu une bonne éducation au Vietnam et se débrouillaient en français. Comme les garçons des Bessai avaient acquis un français élémentaire à l'école, les familles Lai et Bessai ont improvisé des façons de communiquer et de se débrouiller.

Les garçons des Lai étaient des tailleurs de talent. Ils ont emprunté lamachine à coudre de Mme Bessai et se sont mis à confectionner leurs vêtements. De son côté, Mme Lai partageait ses recettes vietnamiennes traditionnelles avec les Bessai. Elle se chargeait de la cuisine et préparait des dîners élaborés comportant des plats raffinés du Sud-Est asiatique. En retour, les jeunes Bessai ont initié leurs frères vietnamiens à ce sport typiquement canadien qu'est le hockey de rue. Ce sont ces attentions qui ont fait le lien entre deux cultures différentes, ces gestes qui ont permis à des réfugiés vietnamiens comme les Lai de se sentir chez eux dans un nouveau pays appelé le Canada.

Notes En Fin De Texte:

1, 3, 4, 5, 8, 9, 10, 11, 12, 13
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998)

2
From Being Uprooted to Surviving: Resettlement of the Vietnamese « Boat People »,
par Lawrence Lam
(York Lanes Press, Toronto, 1996)

6,7
Uprooting, Loss and Adaptation: The Resettlement of Indochinese Refugees in Canada
(Dwok B. Chan et Doreen Marie Indra, éd., Association canadienne de santé publique, Ottawa, 1987)


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