Mémoires d'un pays
Episodes Série Home


General History

  OBSTACLES

Au cours des années 1860, on discutait ferme de confédération à Toronto, et l'Anglais T. Phillips Thompson s'est demandé comme les autres si le Canada devait opter pour un héritage entièrement britannique ou devenir une république. En peuplant les colonies de l'Amérique du Nord britannique, les impérialistes avaient tenté de reproduire le système de classes anglais(7). Thompson a publié son opinion en 1864. Dans une petite brochure qu'il a intitulée The Future Government of Canada, Thompson s'exprime durement à l'endroit du pays qui avait ruiné son père :

Il faut que le Canada en vienne à rompre ses liens actuels
avec l'Empire britannique. Le Canada peut exister en tant que nation
indépendante, non pas en tant que monarchie ou aristocratie.
Quoi de plus ridicule que d'accorder des privilèges de classe à cause des réalisations d'un lointain ancêtre? Supprimons les distinctions de classe et conférons à tous les mêmes avantages, peu importe leur race, leurs croyances, leur couleur ou leur situation.
Que tous partent sur le même pied dans la vie(8).

C'est le contraire qui s'est produit. Des entreprises spéculatives comme la Canada Company ont réussi à acquérir de vastes terres. Elles endossaient ainsi le principe selon lequel les terres devaient être occupées par des colons anglais « convenables » qu'elles étaient chargées de recruter. Une façon d'y parvenir était de combiner des plans pour faire venir au Canada les indigents des villages, les pauvres et les victimes des mauvaises récoltes et de la crise économique(9).

Néanmoins, là où les Britanniques s'établissaient, ils s'assimilaient assez facilement à la société canadienne, probablement parce qu'ils n'avaient pas à apprendre une autre langue. De même, on entretenait rarement des préjugés à leur endroit. Les incidents le plus souvent cités à ce propos avaient trait aux affiches d'offre d'emploi portant la mention « Anglais s'abstenir » qu'on voyait parfois dans les vitrines de magasin dans les Prairies canadiennes, au début des années 1900(10).

Ce sont les difficultés économiques qui ont suscité le plus de ressentiment à l'endroit des immigrants anglais. Au cours de la crise du début des années 1900, le gouvernement les traitait aussi sévèrement que les autres nouveaux arrivants. Ainsi, en 1908, 1800 personnes ont été déportées, la plupart dans leur pays d'origine. Un autre facteur attisant le sentiment anglophobe était que les Anglais se considéraient comme la race fondatrice de la nation. De ce fait, ils étaient moins craintifs et introvertis que les autres groupes d'immigrants qui avaient dû lutter pour conserver leur identité culturelle. Des colonies agricoles exclusivement anglaises ont été fondées à l'occasion. Les historiens expliquent leur existence par le fait que leurs membres partageaient les mêmes attitudes ou opinions quant aux classes sociales et qu'il ne s'agissant pas là d'une forme de ségrégation imposée ou d'un moyen de survivre(11).

Notes En Fin De Texte:

1, 2, 3, 5, 7, 9, 10, 11, 12, 13, 14
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

4
The Canadians,
par George Woodcock
(Fitzhenry & Whiteside, Don Mills, 1989).

6
A Source Book of Canadian History
( J.H. Stewart Read, éd., Longmans Canada Limited, Toronto, 1964).

8
The Future Government of Canada,
par T. Phillips Thompson (1864).

 


précédent - - prochain