Mémoires d'un pays
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LES FEMMES DU KLONDIKE

Martha Purdy Black en a scandalisé plusieurs lorsqu'elle s'est séparée de son mari pour aller au Klondike et a poursuivi sa vie sans lui malgré le fait qu'elle était enceinte. Par la suite, elle a épousé un avocat, George Black, et est devenue la première dame du Yukon et la deuxième femme députée à siéger au Parlement du Canada. 1

Les femmes du Klondike étaient différentes des femmes de leur époque. Elles étaient déterminées et courageuses, prêtes à braver les conventions de la société. Elles étaient en quête de richesse et d'aventure et voulaient fuir certaines des règles victoriennes. Elles étaient beaucoup plus nombreuses et plus diversifiées que ce à quoi on s'attendait dans le cadre du contexte historique de l'époque. Elles étaient pour la plupart des Américaines, comme Martha Black. Mais certaines d'entre elles sont venues de très loin : Europe, Australie et Japon. 2 Des femmes de tous les milieux se sont lancées dans l'aventure de la ruée vers l'or : des femmes pauvres aspirant à immigrer, des professionnelles, des membres de la haute société, des épouses, des célibataires et des veuves avec enfants. 3 Et les activités qu'elles ont entreprises, une fois au Klondike, étaient tout aussi variées.


LES FEMMES DES TRAVAILLEURS DES MINES D'OR

Un article portant sur Ethel Bush Berry annonçait qu'une femme au foyer avait réussi à amasser 10 000 $ en pépites dans ses temps libres. En 1896, Ethel Bush Berry, en compagnie de son mari, Clarence J. Berry, avait quitté San Francisco en direction du Nord et avait traversé le terrible col Chilkoot. Ils sont retournés chez eux un an plus tard avec
84 000 $ en poche. Expliquant comment ils y étaient parvenus, C.J. a déclaré : « Je me demande sérieusement si j'aurais aussi bien réussi si je n'avais pas bénéficié des excellents conseils et de l'aide de ma femme. Je tiens à lui donner tout le mérite qui lui revient, et je peux vous assurer qu'il lui en revient une grande partie. » 4

Ethel et sa sœur, Tot, étaient responsables des tâches domestiques au camp. C'était un dur travail : cuisiner pour un si grand nombre de personnes avec le même type de nourriture chaque jour et avec si peu d'ustensiles. Elles devaient tout préparer deux fois par repas puisqu'il n'y avait pas suffisamment de vaisselle. En réponse aux éloges de son mari, Ethel avait en retour quelques conseils à donner aux femmes :

« Quels conseils pourrais-je donner à une femme qui songe à aller vivre en Alaska? Ce serait de ne pas y aller, bien sûr! Ce n'est pas un endroit pour une femme. Je veux dire pour une femme seule : une femme qui y va pour gagner sa vie ou faire fortune. Oui, certaines femmes vont dans les mines, seules. Nous en avons rencontré lorsque nous sommes arrivées : des veuves et des femmes seules, qui faisaient tout ce qu'elles pouvaient pour les mineurs, en espérant gagner beaucoup d'argent. Cependant, c'est beaucoup plus facile pour un homme si sa femme l'accompagne là-bas. » 5


DES FEMMES POUR AIDER LES « PAUVRES HOMMES »

Les mineurs n'avaient pas tous la chance d'avoir leur femme à leurs côtés pour prendre soin d'eux. Bon nombre de femmes, célibataires ou seules, sont allées au Klondike dans le but de « subvenir aux besoins des pauvres hommes ». Elles avaient l'intention d'offrir des services domestiques contre rémunération. Frances Dorley était une couturière-modiste de Seattle qui avait convaincu ses parents de la laisser participer à la ruée vers l'or, en 1898. Elle a trouvé un groupe d'hommes qui s'en allaient dans les champs aurifères et les a convaincus de l'emmener avec eux en leur disant qu'elle préparerait tous les repas. Plus tard, Mme Dorley s'est installée à Dawson et a acheté une cabane. Elle l'a transformée en auberge, située à un endroit stratégique, soit à la jonction de deux ruisseaux, Bonanza et Eldorado, où travaillaient un très grand nombre de mineurs, et a fait fortune avec ses fèves au lard, son pain, ses tartes et ses beignes maison. 6

Une autre des premières femmes ayant le sens des affaires à se rendre au Yukon est une blonde costaude du nom de Mme Willis. Elle y était venue seule, à partir de Tacoma, Washington, alors que son mari était demeuré à la maison. Avant la ruée vers l'or, Mme Willis s'occupait d'une blanchisserie et d'une boulangerie à Circle City, principal centre minier en 1896. Mais lorsque la nouvelle concernant la découverte d'or dans le ruisseau Bonanza est parvenue à Circle City, Mme Willis a emballé sa planche à laver, ses moules à tartes et sa machine à coudre et est elle aussi partie pour Dawson, transportant son propre chargement de 750 livres à l'aide d'un traîneau. 7

LES FEMMES DE CABARETS

Les femmes ont également été attirées par le Klondike en raison de la possibilité d'y faire fortune en divertissant les hommes. Le stéréotype de la femme au Klondike était une fille de cabaret, une chanteuse ou une prostituée. Kathleen Eloisa Rockwell, une habituée des cabarets et des théâtres à New York, dans l'État de Washington et en Colombie-Britannique, s'est rendue à Dawson en 1900 avec une troupe de théâtre ambulante. Elle a adopté le sobriquet « Klondike Kate » et a acquis la célébrité grâce à son envoûtante danse du feu. Dans la tradition du Klondike, les hommes qui assistaient au spectacle inondaient la scène de pièces d'or, de pépites et de sacs de poussière d'or, qu'ils plaçaient autour des danseuses. Après leurs spectacles, les danseuses comme Klondike Kate étaient chargées de passer le reste de la nuit avec les clients et de les inciter à dépenser leur argent au bar. Quant aux filles qui participaient aux spectacles de variétés et qui étaient payées à la commission, elles faisaient moins d'argent puisque leur source de revenu se limitait à la commission qu'elles recevaient pour avoir tenu compagnie aux mineurs souvent seuls et misérables. Le rôle de ces femmes était de parler à leurs escortes et de les divertir, de leur prêter une oreille attentive ou une épaule sur laquelle pleurer, et par-dessus tout, de veiller à ce qu'ils aient toujours quelque chose à boire. 8

Comme les femmes étaient peu nombreuses au Klondike, elles attiraient toutes l'attention des hommes, mais les actrices et les filles de cabarets étaient les plus populaires. Beatrice Lorne, une jeune veuve australienne mère d'un enfant, a immigré au Klondike en 1899 pour tenter sa chance et faire fortune. Elle a trouvé du travail grâce à sa charmante voix de soprano et a été surnommée le « rossignol du Klondike »(Klondike Nightingale), reconnue pour ses chansons nostalgiques plutôt qu'érotiques. Pourtant, après plusieurs années passées à Dawson, lorsqu'elle a épousé le vétérinaire George Smith et a quitté la scène, elle a été critiquée sévèrement par certains pour avoir été invitée dans les milieux sociaux plus respectables. 9

LES RELIGIEUSES ET LES INFIRMIÈRES

Les femmes sont également allées au Klondike dans le cadre de missions altruistes, désirant aider ceux qui avaient perdu la santé ou leur âme en cherchant de l'or. Les missionnaires et les membres de l'Armée du Salut y sont allés en réponse à l'« appel de Dieu », inspirés par la possibilité qu'il y ait des milliers de pécheurs désireux de se convertir. Des religieuses et des infirmières étaient également présentes parmi les femmes du Klondike. À mesure que la population de la région augmentait par suite de la ruée vers l'or, des hôpitaux et des églises faisaient leur apparition. 10

Le père William Judge, qui œuvrait depuis sept ans auprès des communautés de mineurs-chercheurs d'or en Alaska, a supervisé l'établissement de l'église catholique de Dawson et du premier hôpital du Klondike. Arrivé à Dawson en 1897, il a vite été dépassé par la demande pour des soins médicaux face au problème des ressources limitées, et il a réalisé qu'il avait besoin d'aide. Au départ, il a fait appel à trois religieuses, Mary Hohn Damascene, Mary of the Cross et Mary Joseph Calasanctius de St. Ann in Holy Cross. 11

Les religieuses sont arrivées en 1898, au terme d'un long voyage en bateau à vapeur. On pouvait les voir, attendant avec impatience le long des garde-fous du bateau, vêtues d'habits noirs encombrants et portant à leur cou de lourdes croix en or brillant au soleil. Les religieuses n'avaient peut-être pas suivi de formation officielle en soins infirmiers, mais elles connaissaient le Nord. Elles n'étaient pas rémunérées pour leur travail. Néanmoins, elles ont volontairement accepté la tâche d'amasser des fonds, empruntant les chemins difficiles pour se rendre dans les champs aurifères, pour solliciter des dons auprès des mineurs afin de pouvoir continuer à faire fonctionner l'hôpital St. Mary. 12

De plus, en 1898, un appel a été lancé auprès des femmes afin qu'elles se joignent au groupe des Infirmières de l'Ordre de Victoria du Klondike. Les candidates devaient être célibataires, être âgées d'au moins 28 ans et posséder un diplôme en soins infirmiers d'une école reconnue. Elles avaient été bien informées qu'elles devraient s'habiller très simplement et qu'elles ne devaient pas friser ni crêper leurs cheveux. Quatre infirmières ont été sélectionnées, trois étant Canadiennes et une ayant depuis peu immigré au Canada en provenance de l'Angleterre. Elles sont arrivées à Dawson un mois après les Sœurs de Sainte-Anne; on avait désespérément besoin d'elles pour s'occuper des nombreuses victimes de l'épidémie de typhoïde qui faisait rage partout au Klondike. 13

DES FEMMES POUR LE KLONDIKE

Enfin, d'autres femmes sont allées au Klondike à titre d'observatrices ou de participantes. Flora Shaw, rédactrice en chef et correspondante aux colonies pour le London Times, décrite par le Globe comme étant peut-être « la journaliste la plus distinguée au monde », a traversé le White Pass en 1898 et a écrit trois longs articles scientifiques remplis de renseignements sur la géologie, la topographie, le climat, les méthodes d'exploitation minière et l'économie du Yukon. Helen Dare, journaliste pour le San Francisco Examiner, l'un des premiers journaux à envoyer des correspondants au Klondike, avait la responsabilité de fournir un point de vue féminin sur la ruée vers l'or. 14

La plupart des femmes qui sont allées au Klondike ont tôt ou tard eu la possibilité de prendre dans leurs mains des pépites d'or se trouvant dans un sluice ou de laver quelques batées remplies de gravier. Peu importe ce qui les avait amenées là-bas, ou ce qu'elles faisaient pour gagner leur vie, bon nombre de ces femmes ont également jalonné des concessions. Martha Black fut l'une des femmes ayant le mieux réussi. Elle est arrivée tard, le 5 août 1898, mais s'est tout de même relativement bien débrouillée grâce à sa détermination. Elle a exploité une concession qu'elle avait jalonnée à Excelsior Creek, en route vers Dawson. Heureusement, cette concession s'est avérée riche. Après avoir effectué un court voyage de retour chez ses parents, au Kansas, Martha est revenue à Dawson, en 1900, où elle a exploité avec succès une scierie et s'est forgé une nouvelle vie au Yukon. 15

Notes :

1, 15
My Ninety Years, de Martha Louise Black
(Alaska Northwest Publishing Company, Anchorage, Alaska, 1976).

2, 7, 8, 9, 11, 14
Women of the Klondike, de Frances Backhouse
(Whitecap Books, Toronto, 1995).

3, 4, 5, 6, 10, 12, 13
Klondike Women, True Tales of the 1897-1898 Gold Rush, de Melanie J. Mayer
(Swallow Press, Ohio University Press, 1989).

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