Mémoires d'un pays
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General History

  OBSTACLES

Martha Black est venue au Canada pour échapper à une vie suffocante de privilèges sociaux, déterminée à affirmer son indépendance. Au fil des ans, bien d'autres ont entrepris le même voyage, considérant le Canada comme une terre d'avenir et un refuge. Parmi les Américains ayant cherché refuge au Canada, citons les loyalistes, les esclaves noirs en fuite, les opposants à la guerre du Vietnam et les conscrits réfractaires, ainsi que des groupes religieux comme les mennonites et les huttérites.(6)

  • Les loyalistes étaient des colons américains restés fidèles à la Couronne britannique pendant la révolution américaine (1775-1783), suite à laquelle les treize colonies se sont affranchies de la Grande-Bretagne. On estime que 50 000 loyalistes ont fui au Canada. Le plus fort contingent est arrivé en 1783 et 1784. La plupart étaient des fermiers de diverses origines ethniques. C'est dans les provinces maritimes que plus de 30 000 d'entre eux ont établi leurs racines. Les deux principaux peuplements se trouvaient dans la vallée de la rivière Saint-Jean et à Shelburne, en Nouvelle-Écosse. Environ 2 000 se sont établis au Québec, et 7500 autres ont élu domicile le long du Saint-Laurent, dans la baie de Quinte et la péninsule de Niagara et au bord de la rivière Détroit. Les loyalistes qui s'y sont installés formaient le gros de la population qui a constitué en 1791 la province du Haut-Canada. On a observé que ce sont les loyalistes qui ont légué au Canada une tradition politique conservatrice, une forme de gouvernement évolutionniste plutôt que révolutionnaire et la tolérance caractérisant une société pluraliste et hétérogène(7).
  • En venant au Canada, les loyalistes ont amené avec eux 2000 de leurs esclaves noirs. Mais 3500 Noirs affranchis du fait de leur allégeance à la Grande-Bretagne ont émigré en même temps. Ils se sont établis pour la plupart en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. En 1793, le Haut-Canada est devenu la seule colonie à voter l'abolition graduelle de l'esclavage. Il n'en fallait pas plus pour attirer un grand nombre de Noirs américains profitant d'un réseau de routes secrètes que l'on appelait le chemin de fer clandestin (voir Saison I, Briser la glace, l'histoire de Mary Ann Shadd). On estime que 30 000 fugitifs s'étaient introduits au Canada avant que n'éclate la Guerre de sécession. Avec l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, en 1865, nombre de ces Noirs y sont retournés. La population noire ne s'est pas accrue substantiellement au Canada avant les années 1960, époque où la politique d'immigration a été modifiée de façon à lever les restrictions limitant la venue des non-Blancs(8).
  • Aux États-Unis, les mennonites (voir Saison I, Pour l'amour de Dieu, les mennonites et Benjamin Eby), les amish et les huttérites étaient eux aussi attirés par le Canada. Comme ils étaient souvent persécutés, ils ont gagné le Canada en quête de liberté. Ils tenaient à pouvoir vivre selon leurs croyances pacifistes et religieuses. La première vague, après la révolution américaine, était constituée d'environ 2000 mennonites suisses de la Pennsylvanie. Grâce à l'argent dissimulé dans des barils de farine ou cousu dans des courtepointes pour le soustraire à la vue des brigands, ils ont pu acheter des terres à des particuliers dans la péninsule de Niagara et les comtés de York et Waterloo. Entre 1825 et le milieu des années 1870, environ 750 amish se sont établis sur des terres publiques dans le comté de Waterloo. Le plus fort contingent de mennonites et d'huttérites est arrivé dans les Prairies en 1917-1918. Leurs croyances pacifistes les poussaient à se soustraire à la conscription américaine pendant le Première Guerre mondiale. Ils fuyaient donc au Canada pour échapper au harcèlement et aux persécutions que leur valait leur refus de participer à toute forme de service militaire. On estime que de nos jours, 200 000 mennonites, amish et huttérites vivent dans des colonies collectives disséminées au Canada(9).
  • Des opposants à la guerre et des conscrits réfractaires ont cherché un refuge politique au Canada à la suite de l'implication des É.-U. dans la guerre du Vietnam. Selon un article paru en 1968 dans The New York Times, environ 5000 jeunes Américains s'étaient exilés au Canada. Cependant, on estime généralement que ce sont approximativement 30 000 Américains en âge d'être conscrits qui ont émigré. D'après d'autres évaluations de l'ampleur de cette invasion pacifique par les Américains, le nombre oscillerait entre 60 000 et 140 000(10).

Notes En Fin De Texte:

1,2,3,5,6,7,8,10,11,12,13
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

4
Only Farmers Need Apply, par Harold Martin Tropper
(Griffin House, Toronto, 1972).

9
They Can't Go Home, par Richard L. Killmer
(Pilgrim Press, Philadelphia, 1975).


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