Mémoires d'un pays
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  HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

La migration est toujours une aventure, qu'on traverse un océan, qu'on passe d'un continent à un autre ou, dans le cas des Américains immigrant au Canada, qu'on traverse simplement le 49e parallèle. C'est son goût de l'aventure qui a poussé Martha Black à quitter la vie mondaine de Chicago pour suivre la piste de la ruée vers l'or du Klondike, en 1898. La plupart de ceux qui ont fait comme elle ont quitté définitivement le Canada aussi vite qu'ils y étaient venus, mais pour Martha, la ruée vers l'or n'était que le début d'une plus grande aventure, d'une nouvelle vie dans un nouveau pays. Elle allait mener une existence remarquable et devenir une légende au Yukon ainsi qu'une des plus célèbres pionnières du Canada.

Il est difficile d'évaluer le nombre d'Américains qui se sont ainsi établis au Canada. La traversée de la frontière canado-américaine a généralement été perçue comme un simple événement naturel, d'autant plus que les deux nations sont si semblables. En outre, ce n'est qu'à partir de 1991 que les Américains ont été identifiés dans les recensements canadiens. Pour la première fois cette année-là, les répondants pouvaient indiquer leur pays d'origine s'il ne figurait pas parmi les options proposées(1).

Néanmoins, les États-Unis d'Amérique ont toujours constitué une source d'immigrants pour le Canada. On estime que trois millions d'Américains se sont ainsi établis au pays. Les premiers, des Yankees propriétaires de plantations qui ont émigré en Nouvelle-Écosse au milieu des années 1700, ont été suivis des loyalistes qui fuyaient la révolution américaine pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle(2).

Le plus fort contingent d'Américains est arrivé au Canada entre 1895 et 1915. Le front pionnier était parvenu à ses limites, ce qui mettait fin à une ère où les terres étaient disponibles en quantités apparemment infinies. En même temps, les chemins de fer ouvraient l'Ouest canadien. Les fermiers américains ont afflué au Canada. Parmi les colons établis dans l'Ouest, il se trouvait presque autant d'Américains que de gens provenant des îles britanniques. Les effets de cette migration se remarquent encore aujourd'hui dans la proportion relativement élevée de natifs des États-Unis en Alberta et en Saskatchewan ainsi que dans le pourcentage de fermiers parmi ceux-ci. Certains soutiennent que cette présence se fait sentir également dans les attitudes politiques qui diffèrent considérablement, dans ces provinces, de celles observées dans le reste du Canada.(3)

Le gouvernement libéral a tenu compte de cette évolution des conditions économiques dans sa loi de 1896 sur l'immigration. Prenant la parole à la Chambre des communes en 1902, Clifford Sifton, ministre de l'Intérieur sous Laurier, a déclaré que la politique d'immigration du gouvernement devait viser exclusivement à encourager l'établissement dans les régions rurales : «Nous devons nous poser la question suivante, disait-il : celui qui désire venir au Canada a-t-il l'intention de devenir agriculteur? Si c'est le cas, nous l'encourageons à s'établir et lui fournissons toute l'aide possible. Mais nous n'apportons aucun soutien à ceux qui viennent pour travailler à salaire(4). »

Malgré diverses restrictions imposées à l'immigration au fil des ans, la proximité du Canada par rapport aux États-Unis a facilité les mouvements migratoires uniques ou répétés. Entre la Première Guerre mondiale et les années 1970, toutefois, les ressortissants américains étaient moins enclins que d'autres étrangers à devenir citoyens canadiens. Mais entre 1902 et 1914, plus de 74 000 Américains ont adopté la citoyenneté canadienne, constituant plus du tiers de l'ensemble des immigrants naturalisés au cours de cette période. Le dixième de tous les Américains ayant immigré pendant le XXe siècle sont devenus citoyens canadiens, représentant 7 % de tous les immigrants ayant choisi cette option. Ainsi, même si nombre d'Américains sont venus au Canada et en sont repartis, bien d'autres ont choisi d'y rester et d'y élire domicile.(5)

Notes En Fin De Texte:

1,2,3,5,6,7,8,10,11,12,13
The Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

4
Only Farmers Need Apply, par Harold Martin Tropper
(Griffin House, Toronto, 1972).

9
They Can't Go Home, par Richard L. Killmer
(Pilgrim Press, Philadelphia, 1975).


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