Mémoires d'un pays
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THE IMPOSSIBLE HOME: Robert Kroetsch and his German Roots
Immigration History
Obstacles

Avant la Première Guerre mondiale, les Canadiens d'origine allemande ne s'interrogent pas à savoir si leurs coutumes et leurs traditions sont compatibles avec la vie qu'on mène au Canada. Mais, du jour au lendemain, tout cela change et les Allemands deviennent tout à coup pour le Canada les sujets méprisables d'un pays ennemi. De nombreux immigrants allemands, accusés à tort de trahison et de sédition, perdront tout et seront mis au ban de la société. On laisse les foules déchaînées s'en prendre aux Allemands et à leurs propriétés dans les villes un peu partout au pays. La Loi des élections en temps de guerre de septembre 1917 prive du droit de vote tous les Canadiens d'origine allemande naturalisés après mars 1902. On abolit les clubs et les associations, on ferme les écoles allemandes et on met fin aux journaux de langue allemande(11).

Les villages canadiens qui portent des noms allemands subiront un changement toponymique; ainsi, Berlin en Ontario deviendra Kitchener. Plus de 2 000 immigrants d'Allemagne seront emprisonnés. Traumatisés, de nombreux Canadiens d'origine allemande changeront leur identité après la Première Guerre mondiale et se diront d'origine hollandaise, scandinave et russe. Les particularités attribuées aux Allemands pendant le temps de la guerre se feront sentir encore longtemps après la fin du conflit(12).

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada refuse d'accueillir la plupart des réfugiés allemands du IIIe Reich, à l'exception de 972 des 2 300 personnes que les Britanniques expédient vers des camps d'internement au Canada en 1940. Un seul autre groupe de réfugiés allemands sera admis au cours de ce conflit, à la suite des pressions exercées par les Britanniques. Ces 1 043 membres du parti social-démocrate allemand des Sudètes sont installés dans la région sauvage du ruisseau Tupper en Colombie-Britannique et sur des terres abandonnées le long d'un chemin de fer au nord-est de la Saskatchewan(13).

Entre 1939 et 1945, le gouvernement canadien procède à l'arrestation et à l'internement de 837 paysans, membres de clubs et travailleurs canadiens d'origine allemande qu'on soupçonne ou qu'on accuse d'être déloyaux. Après 1945, la confiance à l'égard des communautés allemandes reste fragile, par suite des révélations d'après-guerre concernant les atrocités commises par les Nazis. Il est dit en 1964, selon la revue Maclean's, que les Canadiens d'origine allemande font preuve d'une déférence quasi insupportable. Selon des enquêtes menées après la guerre, plus du tiers des immigrants allemands étaient prêts à ne conserver de leur identité que la facette canadienne(14).

Dans le cadre de la politique canadienne d'après-guerre visant le réétablissement des personnes déplacées venant de l'Europe, quelque 15 000 Allemands d'Europe de l'Est sont admis au Canada entre 1947 et 1950. C'est ainsi que, de 1950 à 1960, un quart de million de ressortissants allemands quittent leur pays. De 1945 à 1994, 400 000 immigrants germanophones entrent au Canada. De ce nombre, entre 33 et 50 pour cent retourneront en Europe ou poursuivront leur route jusqu'aux États-Unis(15).

Notes en fin de texte

1-18 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

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