Mémoires d'un pays
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WATARI DORI: A Bird of Passage
Immigration History
Héritage

Les années 70 et 80 sont marquées par les mesures visant à redresser les torts infligés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Des documents du gouvernement gardés secrets depuis 30 ans sont diffusés, appuyant la cause des Canadiens d'origine japonaise qui demandent réparation pour les torts qu'ils ont subis durant les années de guerre. La National Association of Japanese Canadians (NAJC) a tenté de convaincre le gouvernement fédéral de reconnaître les torts infligés durant la guerre aux Nippo-Canadiens, d'offrir réparation et, ce qui importe encore plus, d'apporter des changements aux lois canadiennes pour éviter que d'autres Canadiens n'aient à subir des injustices semblables à l'avenir(11).

Au départ, cette campagne a divisé les Canadiens d'origine japonaise. Un groupe, dont le centre est à Toronto, était pr't à accepter le règlement de groupe symbolique de 6 millions de dollars que proposait le gouvernement de M. Mulroney en 1984. Il estimait que ce règlement était réaliste du point de vue politique et craignait des représailles contre les Canadiens d'origine japonaise s'il demandait davantage. Un deuxième groupe dirigé par le président de la NAJC, Art Miki, voyait se perpétuer, par cette offre, la même attitude à l'égard des Canadiens d'origine japonaise que durant la guerre, à savoir qu'on pouvait toujours les voir comme un peuple passif et faible à qui on pouvait imposer un règlement à n'importe quel prix(12).

Selon les chefs de la NAJC, un processus de négociation équitable était tout aussi important que des mesures de réparation convenues. Ils voulaient un règlement négocié plutôt qu'imposé et une reconnaissance en argent attestant du fait qu'on avait violé les droits fondamentaux des personnes. Entre 1984 et 1988, la NAJC organise des colloques, constitue des groupes de pression et présente des pétitions au gouvernement ainsi qu'à des groupes religieux, ethniques ou voués à la défense des droits de la personne. Elle distribue également des articles et des études pour sensibiliser les politiciens, les Canadiens d'origine japonaise et le grand public. L'une des études révèle que les pertes économiques découlant de la confiscation des biens personnels durant la guerre totalisaient, en dollars de 1986, 443 millions de dollars(13).

En 1988, le gouvernement accepte de négocier avec la NAJC. En juillet 1988, la Loi sur les mesures de guerre est abrogée et remplacée par la Loi sur les mesures d'urgence, qui interdit l'imposition d'ordonnances d'urgence discriminatoires, permet au Parlement d'annuler une ordonnance d'urgence du gouvernement, exige la tenue d'une enqu'te à la suite de l'adoption par le gouvernement de mesures en cas d'urgence et prévoit l'indemnisation des victimes de mesures prises par le gouvernement(14).

Enfin, le 22 septembre 1988, le premier ministre Brian Mulroney reconnaît les torts infligés aux Nippo-Canadiens durant les années de guerre et annonce l'octroi d'une indemnité de 21 000 $ à chacune des personnes concernées. On doit mettre sur pied un fonds communautaire pour refaire l'infrastructure de la communauté détruite, et réhabiliter les personnes injustement accusées d'avoir désobéi aux ordres en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. On remet également la citoyenneté canadienne aux personnes expulsées à tort vers le Japon et à leurs descendants et on crée un fonds pour la Fondation canadienne des relations raciales(15).

Depuis 1988, 16 000 survivants ont demandé des indemnités, des centres communautaires ont été construits dans la plupart des grandes villes entre Montréal et Victoria, et divers projets, conférences et programmes culturels, éducatifs et civiques ont été financés par la Fondation du redressement pour les Canadiens japonais(16).

Grâce à la lutte qu'ils ont menée pour obtenir justice, les Canadiens d'origine japonaise ont réussi à faire reconnaître le droit de tous les Canadiens à la dignité, aux voies de droit régulières et à l'égalité devant la loi. Jamais plus les Canadiens ne seront expulsés de leur foyer, privés de leurs droits fondamentaux et forcés de vivre en marge de la société. C'est l'histoire continue du Canada qui façonne notre pays et ce sont les pertes subies injustement par certains qui nous donnent des leçons de vie.

Notes en fin de text::

11-16 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).

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