Mémoires d'un pays
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WATARI DORI: A Bird of Passage
Immigration History
Obstacles

Dès le début de l'immigration japonaise, les Nippo-Canadiens, autant les Issei que leurs enfants nés au Canada, les Nisei, doivent faire face à une discrimination marquée. Jusqu'à la fin des années 40, les politiciens de la Colombie-Britannique adoptent une série de lois visant à forcer les Canadiens d'origine japonaise à quitter le Canada. Tous les Japonais se voient refuser le droit de vote, y compris les Nisei, qui sont pourtant nés au Canada. Les Nippo-Canadiens sont, en vertu des lois, exclus de la plupart des professions, de la fonction publique et de l'enseignement. À cause des lois sur l'emploi et sur le salaire minimum, les employeurs n'embauchent des Nippo-Canadiens que pour leur offrir des métiers subalternes et des salaires inférieurs à ceux qu'ils accordent aux Blancs(4).

Même les Nisei qui parlent couramment anglais et qui veulent réussir à percer dans la société canadienne ont du mal à trouver du travail à l'extérieur de la communauté japonaise. La discrimination omniprésente ne permettait pas de prendre en compte la valeur et la contribution éventuelle des Nisei qui sont nés au Canada et qui ont fait des études universitaires. Ces derniers sont eux aussi contraints de chercher du travail à l'intérieur des enclaves japonaises. À l'extérieur de celles-ci, ils ne peuvent trouver du travail qu'à titre de manoeuvres(5).

Au cours des années 20, le gouvernement fédéral essaie de priver les Canadiens d'origine japonaise de leur gagne-pain traditionnel en limitant le nombre de permis de p'che qu'il leur accorde. Pendant la Crise des années 30, le gouvernement de la Colombie-Britannique refuse d'accorder aux Nippo-Canadiens des permis d'exploitation forestière et ces derniers ne reçoivent qu'une fraction de l'aide sociale accordée aux prestataires blancs. Avant 1945, les Nisei ne peuvent s'enrôler dans les Forces canadiennes, puisqu'ils auraient alors, tout comme leur épouse, le droit de vote(6).

La Seconde Guerre mondiale détruit la communauté japonaise de la Colombie-Britannique. Douze semaines après l'attaque de Pearl Harbor et de Hong-Kong par le Japon en décembre 1941, le gouvernement fédéral invoque la Loi sur les mesures de guerre pour ordonner le renvoi de tous les Nippo-Canadiens habitant à moins de cent milles de la côte du Pacifique. Le gouvernement canadien allègue que les Nippo-Canadiens sont déplacés pour des raisons de « sécurité nationale », même si les officiers supérieurs de l'armée canadienne et la Gendarmerie royale s'opposent à l'ordre de renvoi, affirmant que les Canadiens d'origine japonaise ne posent aucune menace à la sécurité(7).

En 1942, plus de 20 000 hommes, femmes et enfants de descendance japonaise sont expulsés de leur foyer et dirigés vers des camps de détention à l'intérieur de la Colombie-Britannique. Entre 1943 et 1946, le gouvernement fédéral vend les biens personnels de tous les Canadiens d'origine japonaise. Après la guerre, en 1945, ceux-ci doivent choisir entre l'expulsion au Japon et la dispersion vers l'est du Canada, de l'autre côté des Rocheuses(8).

La plupart d'entre eux décident de se diriger vers l'est du Canada, et se rendent en Ontario, au Québec et dans les Prairies. Ceux qui décident de retourner au Japon, comme la famille d'Irene Tsuyuki, découvrent un pays ravagé par la guerre, des gens tristes, aigris et affamés. En 1946, le gouvernement tente d'expulser 10 000 autres Canadiens d'origine japonaise, mais les protestations massives de la population canadienne emp'chent le gouvernement de mener ce projet à terme. Le 1er avril 1949, les Canadiens d'origine japonaise retrouvent leur liberté comme citoyens canadiens et obtiennent le droit de vote(9).

Au cours des années 50, les Nippo-Canadiens travaillent très fort à rebâtir leur vie, mais ils sont dispersés à travers le Canada et il leur est presque impossible de reconstruire leur communauté perdue. Les Canadiens d'origine japonaise de la troisième génération, les Sansei, naissent au cours des années 50 et 60 et sont entièrement assimilés à la société canadienne. De langue anglaise ou française, ils connaissent peu le japonais, parfois pas du tout, et souvent très mal leur patrimoine culturel. Plus de 75 p.100 des Sansei ont épousé des personnes n'appartenant pas à la communauté nippo-canadienne(10).

Notes en fin de text:

4-10 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).

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