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Quelques années seulement
après son arrivée au Canada, en 1905, Cosimo Figliomeni
s'est établi à Schreiber, petite ville de l'Ontario prospère
grâce au Canadien Pacifique. Schreiber était devenue un terminal
important du CPR, où la compagnie a créé de nombreux
emplois sur la ligne de chemin de fer et dans les ateliers d'entretien.
Des immigrants nouvellement arrivés comme Cosimo Figliomeni et
ses fils, amis et parents, ont pris les emplois que personne d'autre ne
voulait. Travailler pour le CPR donnait la sécurité d'un
chèque de paie régulier et a aidé ces Italiens du
Sud à s'adapter à la rigueur du climat de leur nouvelle
patrie.
Les immigrants ont toujours
fait partie de l'histoire du Canadien Pacifique. Les portiers des trains
de passagers étaient souvent des immigrants noirs qui s'étaient
établis dans les Maritimes. On se rappelle également qu'environ
15 000 immigrants chinois ont travaillé pour des salaires de misère
et dans des conditions dangereuses à la construction du dernier
tronçon du chemin de fer, à travers les Rocheuses, jusqu'en
Colombie-Britannique.
La construction d'un chemin de fer transcontinental a été
une des conditions de l'adhésion de la Colombie-Britannique à
la Confédération canadienne, en 1871 (1). Pour pouvoir se
rendre à Ottawa, les délégués de la colonie
de la côte du Pacifique devaient prendre le train en passant par
les États-Unis. On comprend donc qu'une de leurs exigences pour
adhérer à la Confédération ait été
d'avoir un moyen de communication par terre plus direct avec les autres
provinces. Ils ont demandé une liaison par diligence entre la Colombie-Britannique
et le Manitoba et un engagement de la part du gouvernement de commencer
la construction du chemin de fer dans les trois ans. Le Canada voulait
désespérément que la Colombie-Britannique se joigne
au Dominion (2). Le Premier ministre, Sir John A. Macdonald, a promis
que la construction commencerait dans deux ans et serait terminée
au plus tard en 1881 (3).
Les travaux ont progressé
lentement, bien trop lentement pour satisfaire la Colombie-Britannique.
La province a menacé de quitter la Confédération.
En 1878, après trois années de construction, seuls quelques
courts tronçons étaient terminés. Une des raisons
en était que Sir John A. Macdonald avait été obligé
de démissionner, à la suite du scandale du Pacifique de
1873. Le nouveau gouvernement ne se sentait pas tenu par l'engagement
de construire un chemin de fer (4). Le nouveau Premier ministre, William
Lyon Mackenzie King, pensait que l'idée d'un chemin de fer transcontinental
était folle et impossible. Les élections générales
de 1878 ont ramené Macdonald au pouvoir, et la construction a repris
(5).
Une société privée d'hommes d'affaires qui croyaient
au rêve du chemin de fer a été créée,
connue plus tard sous le nom de Canadian Pacific Railway Company. Le gouvernement
lui a octroyé le permis de construction en 1881. Les clauses prévoyaient
notamment 25 millions de dollars en espèces, 10 millions d'hectares
de terres fertiles, la franchise fiscale et une promesse de ne laisser
construire aucun autre chemin de fer pendant 20 ans, à l'ouest
du lac Supérieur. La compagnie devenait également propriétaire
de tous les tronçons déjà construits. En retour,
le CPR a convenu de terminer la construction du chemin de fer d'ici 1891
(6).
Sous la supervision du maître
d'oeuvre expérimenté William Van Horne, surnommé
le Tsar du Rail, une deuxième tentative sérieuse de finir
le chemin de fer a été entreprise. Encore une fois, il y
a eu des obstacles. Cette fois-ci ce sont les ingénieurs qui ont
dû se battre contre la géographie extravagante du Canada.
Il a fallu dynamiter un passage à travers les Rocheuses, et les
marécages le long de la rive nord du lac Supérieur ont dû
être comblés (7). En dépit de ces problèmes,
la construction du chemin de fer a été terminée avant
le délai convenu (8). La pose symbolique du dernier crampon de
la ligne a eu lieu à Craigellachie, Eagle Pass (Colombie-Britannique),
le 7 novembre 1885. Le premier train de passagers a quitté Montréal,
le 28 juin 1886, et est arrivé à Port Moody (Colombie-Britannique),
le 4 juillet (9).
Le CPR devait désormais,
tache ardue, se rentabiliser. La population de l'ouest du Canada ne suffirait
pas à rentabiliser un train de passagers avant plusieurs années.
Pour étendre ses activités, la société a fortement
encouragé le commerce sur le Pacifique. Dans les jours qui ont
suivi l'arrivée du premier train sur la côte Ouest, en 1886,
des bateaux affrétés par le CP ont commencé d'arriver
du Japon, chargés de thé, de soie et d'objets exotiques.
En 1891, la compagnie a décroché le contrat du transport
du courrier de Hong Kong à destination de la Grande-Bretagne, via
le Canada. Pour cela, elle a acheté trois paquebots mixtes, précurseurs
de la flotte actuelle. Cette expansion annonçait également
l'expansion à venir de la compagnie dans le domaine du transport.
CP Air a été créé en 1942 (10).
Pendant la construction du chemin de fer, la compagnie s'est lancée
dans la vente et l'aménagement de terres. Elle s'est également
chargée de la transmission des télégraphes commerciaux.
Elle n'offrait pas seulement à ses passagers le coucher et les
repas dans les trains, mais a aussi commencé à construire
des hôtels et des restaurants le long de la voie et dans les montagnes
de l'Ouest. En 1900, ces hôtels, dont le premier avait été
construit au lac Louise, en Alberta, étaient implantés dans
toutes les grandes villes : l'hôtel Vancouver à Vancouver,
le Château Frontenac à Québec et la place Viger à
Montréal (11).
La consolidation et l'expansion
de son réseau dans les années 1920 ainsi que la Dépression
des années 1930 ont représenté des défis importants,
tout comme la concurrence de la Compagnie des chemins de fer nationaux
du Canada, créée par le gouvernement du Canada entre 1917
et 1923. Les chemins de fer nationaux ont repris un certain nombre de
lignes, dont la Grand Trunk Pacific, et concurrencé le CPR pour
le monopole transcanadien du transport et des communications (12).
Jusqu'à la fin des
années 1950, les divers intérêts du CPR étaient
considérés comme annexes au système ferroviaire.
Mais depuis, chaque opération s'est peu à peu transformée
en entreprise autonome. En 1971, la compagnie a changé de nom,
pour devenir la compagnie Canadien Pacifique Limitée, ce qui reflète
sa nouvelle orientation qui s'est diversifiée (13).
L'impact, surtout social, du CPR sur l'histoire canadienne a été
formidable. Sa construction, son exploitation et son entretien ont fourni
des milliers d'emplois, même si au début et jusqu'au milieu
du 20e siècle, les travailleurs était mal payés et
traités sans trop d'égards. Pour construire le dernier tronçon
à travers les Rocheuses, jusqu'en 1885, le maigre salaire versé
aux manoeuvres chinois qui recevaient 1 $ par jour, soit la moitié
de ce que recevaient les autres travailleurs, a permis à la compagnie
d'économiser de 3 à 5 millions de dollars pour la construction.
Les pertes humaines parmi les travailleurs d'origine chinoise au cours
de ces années sont incalculables. On dit qu'un travailleur chinois
a été tué pour chaque mille de voie ferrée
construite, bien que des recherches plus récentes indiquent qu'il
s'agit en fait plutôt de trois pour chaque mille. Le chemin de fer
a également eu des répercussions énormes sur les
Autochtones de l'ouest du Canada. L'arrivée du chemin de fer a
marqué la fin de leur mode de vie traditionnel, à cause
de l'arrivée des pionniers, qui ont commencé à exploiter
les terres, et du refoulement progressif des Autochtones dans des réserves.
La ligne du CPR a effectivement été construite sur les terres
des Autochtones, et c'est le chemin de fer qui a déterminé
l'implantation de nouvelles colonies et de nouvelles villes. En l'absence
d'un autre moyen de communication et de transport transcanadien, c'est
le développement du chemin de fer qui a déterminé
quelles localités allaient prospérer et lesquelles allaient
mourir (14).
Même aujourd'hui, les habitants de la ville du chemin de fer qu'est
Schreiber considèrent le CPR comme l'élément vital
de leur ville. Il a été question que les trains ne s'arrêteraient
bientôt plus dans la ville, mais les habitants de Schreiber entendent
le même refrain depuis les années 1950. Les pères
ont toujours dit à leurs fils de ne pas travailler pour le chemin
de fer parce qu'il allait bientôt disparaître et que, sans
le rail, Schreiber ne serait plus grand chose. Pourtant, année
après année, une autre vague de cheminots de Schreiber prennent
leur retraite après avoir consacré toute leur vie au Rail.
Et jusqu'ici, après toutes ces années, les trains s'arrêtent
toujours à Schreiber.
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Notes en fin
de texte:
-
1,9,10,11,12,13 - The
1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).
2,5,6,7,8,14 - Railways
in Canada: The Iron Link
de Keith Wilson (Grolier Limited, Toronto, 1982).
3,4 - Building of the
Railway
de Rosemary Neering (Fitzhenry and Whiteside, Toronto, 1974).
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