Mémoires d'un pays
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ACADIAN SPIRIT: The Legacy of Philippe d'Entremont
Immigration History
Héritage

Après le Grand Dérangement, et même après avoir été autorisés à revenir dans leur patrie, en 1763, les Acadiens continuent de se battre pour leurs libertés civiles fondamentales. Certes, leur objectif le plus immédiat est de survivre; leur mode de vie en est un de subsistance. Mais, peu à peu, ils parviennent à se réinstaller. À l'époque où naît la Confédération canadienne, en 1867, ils sont quelque 87 000; au tournant du siècle, la population acadienne se chiffre à 140 000 habitants. En 1981, les 251 000 Acadiens vivant au Nouveau-Brunswick constituent 36 % de la population totale de cette province; à l'Île-du-Prince-Édouard, les 15 000 Acadiens comptent pour 12,5 % de la population(11).

À mesure que la population acadienne s'accroît, le caractère distinctif de sa culture et de son héritage s'affirme et lui donne une plus grande confiance en elle-même. La fierté n'a jamais fait défaut aux Acadiens; mais, vers le milieu du XIXe siècle, elle trouve un nouvel élan dans un poème qui deviendra célèbre. En 1847, en effet, le poète américain Henry Wadsworth Longfellow publie un long poème intitulé Évangéline. Ayant entendu l'histoire de la déportation, il réussit à en exprimer toute la puissance et la sensibilité en vers. Bien que le poème soit une interprétation fictive de l'expérience acadienne, son influence au sein de la population est énorme et il contribue à entretenir, chez les Acadiens, le sens de leur propre valeur. Peuple méconnu et négligé pendant longtemps, ceux-ci deviennent tout à coup l'objet d'une attention bienveillante et généralisée. Forts de l'image de leur passé que leur renvoie l'héroïne populaire qu'est devenue Évangéline, les Acadiens peuvent maintenant se tourner vers l'avenir(12).

Le bond suivant dans l'évolution de la communauté acadienne vient peut-être en juillet 1867, avec la publication du premier journal de langue française dans les Maritimes. Le Moniteur Acadien fournit en effet à l'ensemble des Acadiens un véhicule leur permettant d'exprimer et de diffuser leurs idées. Leur identité est encore une fois renforcée au cours des années 1880, avec la création d'une association acadienne. On dessine un drapeau acadien et l'on choisit une date qui marquera chaque année la fête nationale(13).

Philippe Muis d'Entremont aurait-il pu imaginer pareil destin pour son peuple? Le prix énorme à payer pour sa liberté et son caractère distinctif? Après des siècles d'épreuves et de victoires, son village de Pubnico est toujours là. Plusieurs générations de ses descendants participent aux festivités commémorant, chaque année, la lutte que les Acadiens ont menée. Par-dessus tout, le clan d'Entremont et l'ensemble des Acadiens rendent hommage à leur persévérance, ce refus de se laisser assimiler, de se fondre dans l'anonymat, et cet acharnement à rester Acadiens à tout prix.

Notes en fin de text:

12,13 - The Acadians
par Barry Moody (Grolier Limited, Toronto, 1981).

11 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).

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