Mémoires d'un pays
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ACADIAN SPIRIT: The Legacy of Philippe d'Entremont
Immigration History
Obstacles : Les rigueurs du climat et l'intolérance des empires

La première colonie établie en Acadie, en 1604, est placée sous le commandement du sieur de Monts. Elle compte environ 80 colons. On décide d'appeler la nouvelle colonie Sainte-Croix, puisqu'elle est située à l'embouchure de la rivière du même nom, qui se jette dans la baie de Fundy. C'est là que les colons érigent des abris et se préparent du mieux qu'ils peuvent à affronter le dur hiver qui s'annonce. Mais les Français, qui ne savaient pas à quoi s'attendre, sont terriblement mal préparés. Les provisions de nourriture baissent à vue d'oeil, l'eau potable est gelée et le bois de chauffage fait cruellement défaut. Comme si cela ne suffisait pas, 36 colons sont fauchés par la terrible maladie du scorbut(3).

L'année suivante, en 1605, la colonie se déplace vers les rives de Port-Royal. On y érige un poste de traite des fourrures et on commence à commercer avec les Indiens. Les colons se mettent à cultiver la terre et construisent un moulin. Cette fois-ci, les Acadiens sont mieux préparés à affronter le froid et ont emmagasiné suffisamment de provisions pour assurer leur subsistance tout au long de l'hiver. Ils décident même de former une amicale ( la première du genre en Amérique du Nord ( pour tromper l'ennui des longues soirées d'hiver. Il s'agit de l'Ordre de Bon Temps, appelé également Order of Good Cheer(4).


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L'établissement de Port-Royal devient un poste de traite prospère, mais l'entreprise est loin d'être sûre. En 1607, le sieur de Monts voit son monopole sur le commerce des fourrures contesté, puis retiré. Les membres de l'expédition repartent pour la France. Quelques-uns reviendront en 1610, mais ils seront attaqués trois ans plus tard, en 1613, par la colonie anglaise de Jamestown, en Virginie, récemment établie. Ces événements marquent la fin du poste de traite français et le début d'une lutte entre la France et l'Angleterre pour s'assurer le contrôle de la région. Cette lutte s'étendra sur plus d'un siècle(5).

La rivalité entre la France et la Grande-Bretagne existait depuis des siècles. Quand les deux empires entreprennent de coloniser l'Amérique du Nord, les tensions qui existent déjà entre eux s'y transportent et ne font que s'accentuer. Au cours du siècle qui suivra, les deux pays seront souvent en guerre, et leurs colonies n'auront d'autre choix que de s'y engager également. Du côté des Français, l'Acadie sera la colonie la plus durement touchée par ce conflit(6).

L'Acadie occupe une position stratégique entre la Nouvelle-Angleterre au sud, et la Nouvelle-France au nord, ce qui n'est pas sans danger pour les colons. Les Anglais voient dans l'Acadie un obstacle à la conquête finale de l'Amérique du Nord(7). En 1621, le gouvernement anglais revendique l'Acadie comme étant une colonie de la Couronne et change son nom pour Nova Scotia, la « Nouvelle-Écosse »(8). En 1629, une colonie écossaise est établie sur les rives de Port-Royal et l'on érige un fort sur les ruines de l'habitation des Français. Les colons fidèles à la Couronne britannique commencent à cultiver la terre. Mais en 1632, le roi Charles Ier d'Angleterre reconnaît que l'Acadie appartient à la France et ordonne aux colons écossais de rentrer au pays. La colonie continue de passer d'une puissance à l'autre jusqu'à la signature du traité d'Utrecht en 1713, par lequel elle est cédée à l'Angleterre.

Pour les Acadiens, cependant, le conflit est loin d'être terminé. Nonobstant leur passé d'allégeance partagée, les voilà devenus sujets britanniques. Comme ils souhaitent demeurer une entité distincte, ils refusent de prêter le serment d'allégeance à la Couronne britannique et proposent plutôt de s'engager à la neutralité et à ne jamais prendre les armes contre les Britanniques ou les Français, qui continuent toujours de s'affronter pour s'assurer la mainmise sur la colonie.

Les colons britanniques acceptent le serment de neutralité des Acadiens jusqu'en 1755, quand le gouvernement de Halifax lance un ultimatum à ces derniers : déclarer leur allégeance à la Grande-Bretagne et prêter serment, ou être déportés de la colonie. Les Acadiens demeurent fidèles à leur engagement de rester neutres, et les Britanniques à leur menace d'expulsion. Environ 10 000 Acadiens sont arrachés à leurs terres, dépouillés de leurs biens, séparés de leur famille et de leurs amis et déportés. La plupart aboutissent en Louisiane, d'où ils ne reviendront jamais. D'autres s'enfuient dans les bois(9).

Les raisons politiques à l'origine du Grand Dérangement sont évidentes. En dispersant les Acadiens parmi les 13 colonies britanniques qui peuplent la côte de l'Atlantique et en les réduisant à des groupes restreints, on veut les noyer dans la société et la culture anglaises et les forcer à l'assimilation. Ainsi, ils ne seront plus une menace pour l'empire colonial britannique. Mais les Acadiens ont appris à se montrer tenaces. S'accrochant aux valeurs que représentent pour eux l'indépendance et la détermination, ils continuent de lutter afin de raviver et de préserver leur héritage(10).

Endnotes:

3,4,5,9 - The Acadians
par Barry Moody (Grolier Limited, Toronto, 1981).

6,7,10 - The Country of Acadia
par Melvin Gallant (Simon & Pierre, Toronto, 1986).

8 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).

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