Mémoires d'un pays
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ACADIAN SPIRIT: The Legacy of Philippe d'Entremont
Director Diary
Peter d'Entremont

L'aspect le plus remarquable de la production, dans le cadre de la série « Mémoires d'un pays », d'un documentaire sur mes ancêtres acadiens a certes été le fait de remonter dans le temps et d'y trouver un rapport très intime avec mon passé, un sentiment d'appartenance à la culture actuelle que je n'avais pas vraiment éprouvé jusque-là.

Ma mère venait du Nord du Nouveau-Brunswick, et mon père était originaire du petit village de Pubnico. S'étant coupés de leurs racines acadiennes pour des raisons économiques, ils ont vu dans le fait d'aller vivre parmi les Anglais une occasion à saisir, à la fois pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Étant jeune, je n'y pensais guère; mais avec les années, j'ai fini par voir dans cette coupure par rapport à mes racines acadiennes non pas une amélioration de mon sort mais plutôt une perte.

Adolescent, je passais mes étés en Acadie, en visite chez des parents. C'était la belle époque, à la campagne au sein d'une famille élargie qui m'acceptait comme l'un des siens. Mais on y parlait une langue différente de la mienne, à laquelle j'avais parfois de la difficulté à m'identifier. Je me souviens que, venant de la ville et parlant anglais, je me sentais un peu à l'écart. J'avais toujours ce besoin de me rapprocher davantage, de sentir que j'étais vraiment chez moi.

Through university and various immersion programs I would temporarily acquire the language and be able to speak French. But not living it, it was always eventually lost to me again. Then last year my father passed away and I realized that he had really been the strongest connection to my past. And now, without that, how do I pass any sort of connection, any sense of our family roots, onto my children?

Au fil de mes cours à l'université et de programmes d'immersion, j'étais capable, pendant un certain temps, d'acquérir du vocabulaire et de parler français. Mais comme je ne vivais pas en français, je finissais toujours par perdre ce que j'avais acquis. Puis, l'an dernier, mon père est décédé et c'est là que je me suis rendu compte qu'il représentait le lien le plus fort avec mon passé. Et maintenant, sans ce point de repère, comment faire pour transmettre quelque désir de rapprochement, quelque sens de nos racines familiales, à mes enfants?

Ce projet m'a permis de retrouver mon héritage. Il m'a permis de renouer avec mon passé. Dans l'épisode intitulé « Le Retour », le narrateur insiste : « Il s'agit d'un lien émotif très personnel. » La langue française reste importante pour moi et je veux toujours la parler, mais j'ai tissé mes propres liens sans elle. Le documentaire a fini par incarner mon engagement à faire véritablement partie de la collectivité acadienne.

Je crois que cette collectivité en a également tiré avantage. La plupart des Acadiens vivent dans des localités assez éloignées et isolées - ce qui explique d'ailleurs la vitalité de leur culture. Mais je pense également qu'avec le temps, leur sentiment d'identité s'en trouve affaibli, de sorte qu'ils risquent de se sentir diminués. Le fait de se voir eux-mêmes à travers l'intérêt que je leur porte, à travers le regard d'un étranger, a contribué d'une certaine façon à réveiller en eux la fierté et l'amour de leur culture. Ils ont été très flattés de voir quelqu'un de l'extérieur s'intéresser à la culture acadienne et en faire ressortir toute l'importance.

Le voyage que j'ai fait en tournant Le Retour a permis aux habitants du village de Pubnico de saisir le contexte plus large dans lequel s'inscrivent les valeurs qu'ils laisseront en héritage. Personnellement, il m'a permis de me familiariser avec mes ancêtres, et je crois qu'il a provoqué une prise de conscience similaire chez mes enfants. Ils sont encore trop jeunes aujourd'hui pour saisir vraiment toute la signification de ce voyage à Pubnico. Ces répercussions ne se feront sentir qu'en rétrospective, dans 10 ou 20 ans, lorsqu'ils visionneront le documentaire. Mais il s'agit d'une expérience que nous avons vécue ensemble, à la recherche de l'histoire de notre famille, et qui, je crois, amènera mes enfants à effectuer, eux aussi, un retour aux sources.

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