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Lorsque Mary Ann Shadd est venue
au Canada en provenance des États-Unis, elle a voyagé par
le chemin de fer. Mais contrairement aux nombreux esclaves fugitifs noirs
qui sont venus au Canada par le chemin de fer clandestin, Mary Ann Shadd
a fait le voyage sans contrainte et non pour acquérir sa liberté.
Le chemin de fer clandestin
n'était pas un véritable chemin de fer, mais un réseau
secret de personnes et de maisons sûres établi pour aider
les Noirs à s'enfuir de plusieurs États américains
où ils étaient esclaves et à venir s'établir
dans d'autres États, ou au Canada. L'organisation utilisait des
mots du vocabulaire ferroviaire pour décrire le rôle des
personnes qui faisaient partie du réseau et aidaient les fugitifs
le long de leur route. Par exemple, la famille de Mary Ann Shadd servait
de « station » ou de point de correspondance le long de l'itinéraire
de la liberté. Les « conducteurs » aidaient les fugitifs
en les cachant pour qu'ils ne soient pas repris par leurs maîtres.
Les conducteurs faisaient passer leurs « passagers » ou «
marchandises » d'une station à une autre(1).
Le chemin de fer clandestin
a été mis en branle dans les années 1780, mais n'a
été désigné sous ce nom que dans les années
1830. Aux États-Unis, les conducteurs étaient également
des abolitionnistes. Ils croyaient que l'esclavage était immoral
et devait être aboli. Un grand nombre d'entre eux étaient
des quakers et des méthodistes. Selon la légende, ce sont
les quakers de la Pennsylvanie qui ont créé le chemin de
fer clandestin(2).
Le chemin de fer clandestin
a donné naissance à plusieurs mythes. Le nombre de fugitifs
qui l'ont emprunté n'est pas aussi élevé qu'on le
dit, ni le nombre de Blancs qui faisaient partie du réseau. La
plupart des esclaves fugitifs ont trouvé la liberté dans
des États du Nord de l'Amérique. Le nombre d'esclaves qui
sont venus au Canada se situe à près de 30 000(3).
L'activité du chemin
de fer a atteint son point culminant dans les années 1840 à
1860, particulièrement après l'adoption de la Fugitive Slave
Act en 1850 aux États-Unis. Cette loi autorisait les chasseurs
d'esclaves à poursuivre les fugitifs en terre libre et à
les reprendre. On a donc tenté à plusieurs tentatives de
kidnapper d'anciens esclaves au Canada et de les ramener à leurs
maîtres du Sud(4).
L'un des conducteurs les plus
connus du chemin de fer clandestin s'appelait Harriet Tubman. Elle a conduit
plus de 300 esclaves noirs vers la liberté au Canada et tous ses
« passagers » sont arrivés sains et saufs à sa
« station », soit St. Catharines au Canada. Elle était
tellement efficace qu'un groupe de propriétaires de plantations
a offert une prime de 40 000 $ pour sa capture(5), mais elle ne s'est
jamais fait prendre.
Un autre conducteur, le révérend
Calvin Fairbank, a tenu un journal dans lequel il décrivait la
façon dont il organisait le transport de certains de ses passagers
vers la liberté :
[En 1847] Je les guidais
vers l'étoile polaire, en violation des ...codes de la Virginie
et du Kentucky. Je leur faisais traverser les forêts principalement
la nuit... Les jeunes filles étaient habillées en dames,
les hommes et les jeunes garçons étaient déguisés
en domestiques; les hommes portaient des vêtements de femme et les
femmes, des vêtements d'homme... On voyageait à pied ou à
cheval, dans des cabriolets, des voitures, des chariots, et cachés
sous des chargements de foin, de paille, de vieux meubles, de boîtes
et de sacs... traversant des rivières à la nage ou avec
de l'eau jusqu'au menton, ou dans des embarcations ou des canots; sur
des radeaux et souvent sur un tronc d'arbre. Et je n'ai jamais toléré
qu'un seul soit repris!(6)
En voyageant par le chemin
de fer clandestin, les esclaves noirs commençaient un périple
rempli d'incertitudes, où ils devaient payer lourdement de leur
personne, pour courir la chance, même mince, d'accéder à
la liberté.
- Notes en fin de
texte:
-
1,2,5,6 - The Black
Canadians, Their History and Contributions
par Velma Carter and Levero Carter (Edmonton: Reidmore Books Inc.,
1989).
3,4 - The 1998 Canadian
& World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).
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