Mémoires d'un pays
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BREAKING THE ICE: The Mary Ann Shadd Story
Sylvia Sweeney

A la recherche d'un sujet pour la série « Mémoires d'un pays », je savais que pour parler de l'histoire des Noirs au Canada, je devrais aller en Nouvelle-Écosse ou dans le sud de l'Ontario. L'histoire de Mary Ann Shadd était l'une des quinze histoires qui s'offraient à moi. Elle a émigré des États-Unis au Canada en 1851 et a fondé une école intégrée à Windsor, en Ontario. Elle était très bien connue, aussi bien que n'importe quel Noir ayant marqué l'histoire du Canada. Elle a beaucoup accompli : elle a été abolitionniste et militante pour le droit de vote des femmes, la première éditrice de journal au Canada et la première avocate noire des États-Unis.

Mais en choisissant l'histoire de Mary Ann Shadd, j'ai fait plus que parler de la défense de la cause des Noirs et de leurs réalisations. En effet, j'ai fait une découverte intéressante : j'ai réalisé à quel point les gens peuvent avoir des perspectives différentes sur l'histoire. J'ai découvert au sein de la communauté noire du sud de l'Ontario tout un pan de l'histoire du Canada qui ne fait habituellement pas partie des programmes d'études réguliers.

En particulier, je me suis sentie engagée pendant les entrevues parce qu'on discutait de la culture canadienne, et non pas de couleur. La couleur n'est que la couleur. C'était de la culture qu'il était intéressant de discuter, d'en découvrir l'origine et la diversité au sein des groupes et des « faux regroupements » de personnes.

Habituellement, nous regroupons les Canadiens en Noirs, Chinois, Blancs, mais en réalité, les expériences au sein des « groupes » sont extrêmement diversifiées. Je me suis rendu compte à quel point nous aimons mettre tout le monde dans le même panier et à quel point cela est une erreur. Cependant, ce que tout le monde a en commun, c'est la quête de son identité.

Les racines et l'identité des Noirs du sud de l'Ontario sont liées à l'histoire des États-Unis et du chemin de fer clandestin. Ces Noirs ont une perspective très américaine. Quant aux Noirs de l'ouest de Montréal, d'où je viens, ils ont leurs racines dans les Antilles. Dans un sens, nous nous considérons plus Canadiens. Les Américains de descendance africaine et les Québécois de même descendance ont des mentalités tout à fait différentes et ces deux groupes ne partagent pas la même vue sur la « culture » noire.

En particulier, j'ai découvert que la communauté noire du sud de l'Ontario avait une attitude très particulière à l'égard de l'éducation et du progrès. Elle a un système d'aide à l'éducation très solide et ancré dans l'histoire, remontant à Mary Ann Shadd et à ses efforts pour que les Noirs fréquentent des écoles intégrées. Ces nouveaux Canadiens désiraient s'instruire et ont dû lutter pour y arriver. Ils n'avaient pas accès à l'école, contrairement aux Noirs venant des Antilles qui ont immigré à Montréal. Ces Montréalais avaient des modèles d'éducation très structurés d'inspiration britannique.

Les personnes que j'ai interviewées viennent d'une lignée d'éducateurs; ce sont des gens qui ont contribué à former la communauté. À titre d'exemple, j'ai interviewé Juanita Westmoreland, une Noire qui est doyenne de la Faculté de droit de l'université de Windsor. Cela témoigne de l'influence et de la mentalité des gens de cette région. Et cela m'a donné le sentiment de faire partie d'une histoire intense et précieuse.

En réalisant ce film, j'ai découvert que la culture noire n'est pas monolithique. C'est une réaffirmation de la diversité au sein de la diversité. Il existe de nombreuses cultures de descendance africaine au Canada. L'histoire de Mary Ann Shadd représente un élément de cette diversité.
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