Mémoires d'un pays
Episodes Série Home


English

FOR THE LOVE OF GOD: The Mennonites & Benjamin Eby

Aimer son prochain comme soi-même

La plupart du temps, l'image qu'on se fait de la vie des Mennonites se résume au cheval et à la charrette, aux vêtements sobres et simples, de même qu'à l'autosuffisance d'une communauté vivant de la terre. Et quand la grange ou la maison d'un Mennonite est détruite par un incendie, une armée de voisins se pointe au lever du jour pour la faire renaître de ses cendres. Le mode de vie des Mennonites repose sur la transmission des traditions de père en fils et sur l'adhésion aux valeurs universelles de l'autonomie, de l'entraide, de l'ardeur au travail et de l'humilité.

Les Mennonites sont également réputés pour vivre à l'écart du reste du monde, renonçant aux biens terrestres et aux commodités modernes. Néanmoins, à maints égards, c'est en allant au-devant des autres qu'ils remplissent ce qu'ils estiment être leur mission dans la vie : aimer son prochain et son ennemi comme soi-même, veiller à ce que tous puissent manger à leur faim et vivre en paix(1).

Bienveillantes, les communautés mennonites trouvent toutes sortes de façons d'apporter leur aide aux gens qui en ont besoin. Qu'on songe seulement à la catastrophe naturelle qui frappait récemment l'est de l'Ontario et l'ouest du Québec, où les tempêtes de verglas ont mis les centres urbains aussi bien que les régions rurales en état d'urgence. Les Mennonites ont offert leur aide et ont fait preuve d'une générosité désintéressée. « Nous en avons simplement entendu parler, de bouche à oreille, et nous avons appris qu'ils étaient dans un beau pétrin », déclarait Robbin Bauman, venu offrir son aide avec neuf de ses amis appartenant à une communauté mennonite de Kitchener. Ils ont fait tout le voyage jusqu'à Hulbert, en Ontario, et se sont présentés à la ferme d'Oliver Thurler, sans prévenir, pour offrir leurs services. « Ils ont simplement dit "Salut, nous sommes venus vous aider" », se rappelle Thurler. « Je ne peux y croire. C'est tout simplement formidable. » Thurler et ses frères venaient tout juste de se sortir d'une situation difficile : le toit de leur grange s'était effondré sous le poids de la glace, tuant plusieurs de leurs meilleures vaches laitières(2).

Cette tradition mennonite d'altruisme va au-delà de la gentillesse individuelle. Les communautés mennonites de l'Amérique du Nord ont en effet mis sur pied un réseau transcontinental appelé « Mennonite Disaster Service » (MDS). Quand surviennent des inondations, des tornades ou d'autres désastres, des volontaires offrent leur aide aux sinistrés pour nettoyer, construire ou remettre les lieux en état(3). Au Comité central mennonite de l'Ontario, Evan Hetse indique qu'il est encore trop tôt pour envoyer un grand nombre de bénévoles dans les régions touchées par la tempête de verglas. Mais une fois qu'on aura déterminé l'ampleur des dégâts et que les agglomérations auront retrouvé un rythme de vie normale, il s'attend à ce que le MDS réponde à un certain nombre de demandes.

Le Comité central mennonite répond également à des situations d'urgence qui ne font pas nécessairement les manchettes et qui surviennent dans des contrées beaucoup plus éloignées. Un grand nombre de congrégations mennonites unissent leurs efforts pour offrir leurs services, par le truchement du Comité central mennonite, et se porter à la rescousse des gens qui souffrent et sont démunis(4). Le Comité central mennonite a été mis sur pied en 1920 par les Mennonites de l'Amérique du Nord pour venir en aide à leurs familles et à leurs proches vivant toujours en Russie. À l'époque, les bénévoles du Comité ont réussi à convaincre le gouvernement soviétique d'autoriser les Mennonites à quitter le pays, et ils ont incité des pays tels que le Canada à les accueillir(5).

Pendant plus de cinquante ans, le Comité a travaillé à la réunification des familles mennonites séparées par suite de persécutions. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Comité a commencé à venir en aide à des gens qui n'étaient pas des Mennonites, notamment les enfants évacués des villes britanniques bombardées. Dans les années 1970, il s'est porté à l'aide des réfugiés en Asie du Sud-Est et a préparé le terrain aux congrégations mennonites du Canada désireuses de parrainer des familles de réfugiés pour leur permettre d'entreprendre une nouvelle vie au Canada(6).

Ces dernières années, le Comité central mennonite a expédié des millions de livres de nourriture ‹ haricots, maïs, viande, lait, riz, huile, blé et autres denrées ‹ un peu partout dans le monde. Les réfugiés rwandais, les victimes de la guerre en ex-Yougoslavie, ainsi que les habitants du Soudan, du Nicaragua et de l'ex-Union soviétique ont tous bénéficié de cette aide. Le Comité tire sa mission des Saintes écritures, qui mentionnent que Dieu ne veut pas que les gens souffrent de la faim(7).

C'est ce qui explique que le Comité ait choisi comme leitmotiv : « Il y a plus d'une façon de garnir un garde-manger »(8). En d'autres termes, il y a plusieurs façons de protéger les gens contre la famine, outre le fait de leur donner de la nourriture. Il arrive parfois que le Comité vende des céréales qui lui ont été données en Amérique du Nord et utilise les profits sur place, dans les pays du tiers-monde. Cet argent sert à payer des salaires ou de la nourriture dans le cadre de programmes de travail rétribué en vivres, qui contribuent à bâtir l'infrastructure économique d'une collectivité. L'aide offerte peut également prendre la forme de projets agricoles et d'aide technique, d'emplois créés, de services de médiation et de rétablissement de la paix, ou encore de projets de reboisement ou d'aménagement hydraulique(9).

Chaque année, le Comité central mennonite consacre un budget d'environ 20 millions de dollars à la réalisation, au Canada et à l'étranger, d'un large éventail de projets allant du développement à l'aide humanitaire et au rétablissement de la paix(10). Plus de la moitié de ces fonds proviennent de campagnes de financement menées par les Mennonites et l'Église de la fraternité chrétienne, connue également sous le nom de Brethren in Christ; le reste des fonds est constitué de subventions, dont la plus importante est octroyée par le gouvernement canadien (11).

De nos jours, le Comité central mennonite compte près de 900 hommes et femmes oeuvrant dans plus de 60 pays. Chaque volontaire s'engage pour une durée de deux ou trois ans, moyennant le remboursement de ses frais de subsistance et de voyage ainsi qu'une allocation mensuelle(12). Les gens qui travaillent pour le compte du Comité n'ont pas besoin d'être des Mennonites, mais ils doivent être des chrétiens engagés et des membres actifs de leur église locale, prêts à s'identifier et à participer à la vie de l'église chrétienne à laquelle ils sont affectés(13). La plupart des Mennonites appuient le Comité central mennonite par leur travail, leurs dons en argent ou leurs prières(14).

Notes en fin de texte

1,3,4 - Mennonite Life
par John A. Hostetler (Herald Press, Kitchener, 1983).

2 - "Dairy farmers count their blessings amid wreckage"
par Michelle Shephard and Jim Rankin (Toronto Star, 15 janvier 1998).

5,6,14 - The Mennonite Canadians
par Joanne Flint (Van Nostrand Reinhold Ltd., Toronto, 1980).

7,8,9,11,12,13 - "How many ways are there to stock a pantry"
(Mennonite Central Committee, 1997).

10 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).