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FOR THE LOVE OF GOD: The Mennonites & Benjamin Eby
Immigration History
Héritage

L'héritage laissé par Benjamin Eby représente sa contribution durable à la communauté mennonite. S'il n'a pas été le premier colon, il a été le premier à maints égards. Il a été le premier évêque mennonite à l'intérieur des terres du Haut-Canada. Il a construit ce qui devait être la première « maison de réunion » ou lieu de culte mennonite ainsi que la première école, où il a d'ailleurs enseigné. Il a trouvé une presse à imprimer et, en 1814, il lançait un journal mennonite. Eby a également envoyé plusieurs lettres en Europe pour inviter des familles et des marchands à venir vivre au sein d'une nouvelle agglomération prospère, qui allait être connue bientôt sous le nom d'Eby Town.

On pourrait penser qu'un homme tel Benjamin Eby, qui avait tant contribué à la prospérité de ses concitoyens et qui possédait des qualités de chef, serait le maire d'Eby Town. Mais aux yeux de Benjamin et de la plupart des Mennonites de l'Ordre ancien, le gouvernement et les politiques d'État allaient à l'encontre de la religion(9). La participation à la vie politique, et la tendance qui en découle à recourir à la force et à la violence pour assurer le maintien de l'ordre dans l'État, étaient mal vues par les Mennonites(10).

Au fil des ans, cependant, des communautés mennonites plus modernes ont commencé à s'intéresser à la conduite des affaires publiques et à exercer leur droit de vote. Un certain nombre de Mennonites occupent des postes électifs et beaucoup d'autres ont embrassé une carrière de fonctionnaire ou exercent une profession telle que celle d'enseignant dans une école publique(11).

De nos jours, cependant, les Mennonites sont aux prises avec la difficulté de préserver leurs croyances dans un monde en constante évolution. La plupart des 20 000 Mennonites de l'Ontario ne sont pas restés accrochés à l'époque de la voiture à cheval. Certains ont des automobiles, parfois seulement de couleur noire. D'autres quittent la ferme pour apprendre la mécanique et devenir mécaniciens ou ingénieurs. On compte aujourd'hui près de cinquante communautés différentes de Mennonites, divisées en fonction de leur degré d'acceptation de la vie moderne. Certains estiment que leur existence se résume à mener une vie stricte de disciple, complètement coupés du monde qui les entoure; d'autres sont d'avis que leur adaptation et leur participation à la vie moderne sont un élément essentiel à l'accomplissement de leur mission de chrétiens.

Les descendants de Benjamin Eby n'échappent pas à cette divergence de points de vue à l'intérieur d'une même famille. Phares Eby se déplace toujours en voiture à cheval et mène une vie quasi identique à celle de son arrière-arrière-arrière-grand-père Benjamin au siècle dernier. Phares fait partie de la communauté mennonite de l'Ordre ancien, attachée à la tradition d'une vie simple, proche de la terre. Les Mennonites de l'Ordre ancien observent également des règles sociales strictes afin de veiller à ce que leurs traditions se perpétuent au fil des générations. Les femmes sont soumises à la volonté des hommes. Elles s'occupent du foyer et de la maison et ne peuvent détenir de compte de banque à leur nom. Un tel degré d'autonomie est considéré comme étant inutile, puisque le divorce est également strictement interdit. Les enfants ne fréquentent l'école paroissiale que jusqu'en huitième année, après quoi, ils commencent à travailler à la ferme familiale. Quiconque décide de quitter le bercail doit renoncer à tout : sa famille, sa ferme, sa communauté.

Mais tous les descendants de Benjamin Eby n'ont pas suivi la même voie. Le cousin de Phares, Dwight Eby, se considère comme un Mennonite moderne, de l'Ordre nouveau. Avec sa famille, il fréquente la First Mennonite Church au coeur de la ville de Kitchener. Il croit que ses ancêtres auraient accepté la technologie moderne. « Aujourd'hui, nous avons des automobiles, nous avons des ordinateurs à la maison, nous sommes branchés à Internet », note Dwight Eby. « Dans mon esprit, il ne fait aucun doute que si Benjamin vivait à notre époque, il utiliserait ces moyens de communication. »

De nos jours, les Mennonites, à l'exception des minorités conservatrices, évoluent rapidement à mesure qu'ils s'intègrent, de façon sélective, aux aspects de la société canadienne susceptibles d'approfondir leur foi. Mais tous les Mennonites, sans distinction, attachent une importance primordiale aux valeurs de la famille et au rôle de la religion pour limiter les désaffections au bénéfice du monde profane(12).

Notes en fin de texte

10,11 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(Toronto: McClelland & Stewart, 1998).

9 - Mennonite Life
par John A. Hostetler(Herald Press, Kitchener, 1983).

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