Mémoires d'un pays
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THE ROAD CHOSEN: The Story of Lem Wong
Immigration History
Lem Wong arrive à Vancouver, au Canada, en 1897 à l'âge de 14 ans. Il doit verser une taxe d'entrée de cinquante dollars. Le paquebot à bord duquel se trouve Lem Wong est un bateau à voiles et à vapeur. Les officiers sont blancs, tandis que l'équipage est chinois. La traversée dure trois semaines, Lem Wong voyageant dans l'entrepont. Selon la famille Wong, Lem quitte Hong Kong à la suite du décès de son père qui a perdu sa fortune au jeu et laissé son épouse sans le sou.

Lem Wong compte parmi les nombreux immigrants qui, au tournant du siècle dernier, émigrent au Canada. Les Chinois qui, à l'époque, cherchent à explorer de nouvelles possibilités d'emploi à l'étranger, renvoient de l'argent en Chine pour subvenir aux besoins de leur famille, espérant un jour rentrer chez eux, après avoir réussi(1). Entre les années 1880 et les années 1920, les Chinois au Canada participent au difficile développement d'une économie industrielle qui en est à ses débuts. Des Chinois spécialisés ou qualifiés travaillent dans des scieries et des saumoneries en Colombie-Britannique. D'autres cultivent des légumes, défrichent la terre ou deviennent colporteurs, commerçants et restaurateurs(2). Lem n'est pas spécialisé, mais il est ambitieux et trouve du travail dans les blanchisseries.

Des Chinois vivent déjà à Vancouver bien avant l'arrivée de Lem. Les premiers Chinois qui s'installent au Canada forment un petit groupe de 50 artisans que le capitaine John Meares engage à contrat en 1788 pour établir un poste de traite des peaux de loutre sur l'île de Vancouver. Ce n'est qu'en 1858 qu'arrivent de nouveau en grand nombre au Canada des Chinois attirés par la ruée vers l'or de la vallée du fleuve Fraser. La première communauté chinoise au Canada s'établit à Barkerville en Colombie-Britannique. Dès 1860, la population chinoise de l'île de Vancouver et de la Colombie-Britannique se chiffre à 6 000 personnes(3).

Cet afflux d'immigrants chinois comprend surtout de jeunes paysans originaires pour la plupart du sud de la Chine. La pauvreté des paysans et les troubles politiques qui sévissent au pays sont deux facteurs qui poussent les Chinois à émigrer. Ils sont suivis, entre 1870 et 1880, par de jeunes paysans, nombreux, qui viennent travailler à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique (CPR) qui traversera les Rocheuses. Jusqu'en 1885, 15 000 Chinois travailleront à terminer la section du chemin de fer qui traverse la Colombie-Britannique. Leur maigre salaire d'un dollar par jour représente la moitié du salaire accordé aux travailleurs blancs(4), ce qui permet au CPR de réduire le coût de ses travaux d'environ 3 à 5 millions de dollars(5).

Les pertes subies par les Sino-Canadiens au cours de ces années sont toutefois incommensurables. Les glissements de terrain et les explosions à la dynamite entreprises sans la moindre précaution ont coûté la vie à de nombreux Chinois affectés aux tâches les plus dangereuses. On dit qu'un travailleur chinois a payé de sa vie la construction de chaque tronçon de un mille de chemin de fer. En fait, comme on ne conservait aucun registre à l'époque, il est difficile d'évaluer le nombre exact de pertes de vie. Des recherches récentes font plutôt état de trois pertes de vie pour chaque tronçon de un mille(6).

Une fois la construction du chemin de fer terminée, la population chinoise au Canada est laissée à elle-même et doit se débrouiller toute seule. Malgré tout, grâce au chemin de fer transcanadien qu'elles ont aidé à construire et à faire fonctionner, les communautes réussissent à s'établir partout au pays(7). En 1897, Lem traverse tout le pays d'ouest en est. Après son arrivée à Sydney, en Nouvelle-Écosse, il travaillera à laver les vêtements des travailleurs de la scierie, quatorze heures par jour. Cinq ans plus tard, en 1902, Lem a réussi à mettre de côté assez d'argent pour payer son voyage aller-retour en Chine et pour trouver une épouse. Mais le retour de Lem avec sa nouvelle épouse au Canada pose des problèmes. Les lois visant les immigrants asiatiques prévoient le versement d'une taxe d'entrée élevée, ce qui empêche effectivement les Chinoises d'immigrer. Ces lois ont été établies pour endiguer l'augmentation de la population sino-canadienne(8).

Notes en fin de texte:
1,2,3,5,8 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

4,6,7 - Struggle and Hope, The Story of Chinese Canadians
by Paul Yee (Umbrella Press, Toronto, 1996).

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