Mémoires d'un pays
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THE FORCE OF HOPE: The Legacy of Father McGauran
Immigration History
Obstacles à la réinstallation:

Les conditions pénibles de la traversée à bord des bateaux-cercueils ne sont pas le seul obstacle auquel les immigrants irlandais se heurtent pour venir au Canada. Les antagonismes religieux de leur pays natal les suivent. Les Irlandais protestants et les Irlandais catholiques forment deux groupes ethniques distincts(12). Les catholiques prétendent être les premiers habitants de l'Irlande, colonisés mais jamais conquis par les Britanniques. Les protestants représentent les colons écossais et anglais venus en Irlande sous la domination britannique et reçoivent souvent une terre gratuitement en récompense de leur loyauté envers la Couronne. Les catholiques et les protestants irlandais ont développé les uns envers les autres une méfiance extrême qui, même si elle était souvent surmontée par des actes de générosité individuels ou collectifs, allait prendre des générations à s'estomper ici au Canada(13).

La majorité des Irlandais protestants arrivent au Canada avec des économies substantielles et une éducation religieuse leur permettant de s'adapter presque partout dans le Canada britannique. Les catholiques, par ailleurs, étaient socialement et politiquement défavorisés en Irlande, et arrivent au Canada avec peu d'atouts, si ce n'est la connaissance de l'anglais et des institutions britanniques et l'appartenance à l'Église catholique, qu'ils ont en commun avec les Français du Québec(14). Mais ce n'est pas suffisant, il s'en faut.

Les catholiques irlandais parlent anglais, ce qui n'est pas pour faciliter leurs relations avec les Français. Mais c'est le Québec qui les accueille le plus chaleureusement, en partie à cause de la religion et, peut-être, de leur résistance commune aux Anglais. Après leur passage catastrophique à la Grosse-Île, des centaines d'enfants irlandais se retrouvent orphelins et seuls. Les familles et les paroisses du Québec leur viennent en aide, les adoptant et leur permettant de garder leurs noms irlandais. Au Québec aujourd'hui, on trouve des Donovan, des O'Neill et des O'Brian de la quatrième et de la cinquième génération qui ne parlent pas anglais.

Mais à l'extérieur du Québec, l'intégration est plus difficile. Dans le reste du Canada, la majorité protestante désapprouve le catholicisme irlandais. Et au Canada, la citoyenneté est liée à la Couronne britannique. Il est donc extrêmement difficile pour « l'Irlandais d'origine catholique » de demeurer loyal à sa culture et à son héritage politique tout en étant un bon citoyen canadien(15). Les catholiques irlandais suscitent beaucoup de méfiance. Ceux qui arrivent au Canada pendant la famine sont pauvres et ont le choléra et le typhus. La population et le gouvernement craignent que la maladie ne se propage et que cette masse de gens pauvres et affamés ne menacent l'ordre public. Le stéréotype peu enviable de l'Irlandais catholique paresseux, ivrogne et perpétuant les anciennes blessures survit dans le Canada anglais et allait demeurer ancré dans la mémoire populaire pendant plusieurs générations. Ce n'est que par leur dur labeur, leur ascension dans l'échelle sociale et leur scolarisation que les Irlandais allaient détruire ce stéréotype.

Notes en fin de texte:
12,13,14,15 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart Inc., Toronto, 1998).

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