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Les bateaux de la fièvre:
L'obstacle le plus dévastateur
pour les émigrants irlandais est l'océan Atlantique. La
traversée en bateau à voiles et en bateau à vapeur
est périlleuse et fait des milliers de morts. Le Canada a établi
depuis longtemps à travers l'Atlantique une voie commerciale, servant
au transport du bois et de la fourrure vers l'Europe. Les bateaux de transport
de bois, dont certains ne sont déjà plus en bon état,
sont rapidement transformés en bateaux de passagers infortunés.
On y fait monter une cargaison humaine, un lest payant pour le voyage
de retour au Canada, qui s'effectue habituellement à cale vide.
Les conditions de vie y sont effroyables, si bien qu'on les appelle «
bateaux-cercueils ». Les ponts inférieurs sont exigus et fétides,
la nourriture est rare et la « fièvre des bateaux » -
le typhus et le choléra - y exercent leurs ravages. Ceux qui meurent
pendant le voyage sont jetés à la mer(9).
À leur arrivée
au Canada, les bateaux-cercueils jettent l'ancre et attendent dans le
golfe du Saint-Laurent de pouvoir faire débarquer leurs passagers
à la station de quarantaine à la Grosse-Île, près
de la ville de Québec. Les immigrants doivent obtenir un certificat
de santé pour poursuivre leur voyage jusqu'à leur destination
finale, c'est-à-dire Québec, Montréal, Ottawa, Toronto
ou les États-Unis. À une époque où les États-Unis
ferment leurs portes aux Irlandais de la famine, le Canada leur donne
asile(10).
Le père Bernard McGauran,
l'aumônier à la Grosse-Île, pendant l'été
1847, décrit les conditions affreuses à bord des bateaux
dans une lettre qu'il écrit à l'époque à l'archevêque
Signay de Québec :
Grosse-Île, le lundi 24 mai 1847
Monseigneur,
Je m'empresse de vous écrire
quelques mots sur le triste état de la Grosse-Île. Ce soir,
nous comptons sept cents malades dans les établissements sanitaires,
tous dans un état lamentable. Le docteur Douglas ne veut plus
en accueillir sur l'île, comme nous n'avons vraiment pas de place
pour eux, il oblige les capitaines à les garder à bord
des bateaux, et il y en a actuellement trente-deux qui sont de véritables
hôpitaux flottants, où la mort fait les plus affreux ravages,
et où les malades sont entassés avec ceux qui sont encore
en santé, si bien que cette terrible maladie se généralise...
...Si nous ne faisons pas
débarquer les malades, ce que nous ne pouvons faire dans les
circonstances actuelles, tous les bateaux au large de l'île étant
déjà remplis de malades, nous aurons besoin d'autant de
prêtres qu'il y a de bateaux. Il y a habituellement quatre à
cinq cents passagers à bord. Aujourd'hui, j'ai passé cinq
heures dans la cale d'un de ces bateaux où j'ai administré
les derniers sacrements à une centaine de personnes, pendant
que mon confrère tant espéré était à
bord d'un autre... Pendant que nous sommes à bord des bateaux,
des gens meurent à l'hôpital sans avoir reçu les
sacrements. Je n'ai pas enlevé mon surplis de la journée...
Il y a à présent cinq nuits que je ne me suis pas couché.
Le spectacle, Monseigneur, est des plus déchirants...
Me recommandant à
vos prières, Monseigneur, je suis de votre Grandeur le très
dévoué serviteur. Bernard McGauran, prêtre(11)
- Notes en fin de
texte:
- 11 - Eyewitness, Grosse
Isle, 1847
par Marianna O'Gallagher(Carraig Books, Sainte Foy, Québec, 1995).
9 - The Irish Famine,
an Illustrated History
par Helen Litton (Wolfhound Press, Dublin, 1996)
10 - Grosse Ile, Gateway
to Canada, 1832-1937
par Marianna O'Gallagher (Carraig Books, Sainte Foy, 1984).
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