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![]() Les "filles du roi" sont des femmes qui ont été envoyées en Nouvelle-France sous les auspices du roi, au milieu du XVIIe siècle, afin de rétablir un certain équilibre entre le nombre d'hommes et de femmes au sein de la colonie(1). De 1608 à 1663, la colonie de la Nouvelle-France a été administrée par des compagnies composées de marchands de différentes villes en France. Ces compagnies s'étaient engagées à coloniser et à développer le territoire français d'outre-mer, en échange de droits exclusifs sur les ressources locales(2). Mais la subordination de la colonisation aux affaires signifiait que les intérÍts économiques et le commerce venaient au premier rang des préoccupations. La population était constituée en majeure partie d'hommes : commerçants, magasiniers, ouvriers, serviteurs liés par contrat, débardeurs, soldats, matelots et clercs. Amener femmes et enfants aurait signifié plus de bouches à nourrir. Or, tous les membres de la famille n'étaient pas nécessairement en mesure de contribuer à l'essor de la colonie. Dans le but de favoriser l'enrichissement et le peuplement de la colonie, on a décidé de remplacer le régime impuissant des compagnies par l'autorité royale. Le jeune monarque Louis XIV a instauré une nouvelle ère en Nouvelle-France en adoptant des mesures favorisant une immigration massive, de mÍme que les mariages et la natalité. L'un de ses objectifs était de rétablir l'équilibre entre la population masculine et la population féminine en envoyant en Nouvelle-France celles qu'on a appelées par la suite les « filles du roi »(4). Les filles du roi étaient des femmes en âge de se marier qui ont été envoyées en Nouvelle-France aux frais de l'État, entre 1663 et 1673, en qualité de pupilles du roi. Au cours des dix premières années du régime de gouvernement sous l'autorité royale, de 800 à 1 000 jeunes filles seraient ainsi arrivées en Nouvelle-France; on commença alors à les désigner sous le nom de « filles du roi ». Ces femmes étaient envoyées dans la colonie sous la surveillance étroite des autorités, dont le clergé. Elles arrivaient avec leur trousseau et, dans certains cas, avec une petite dot consentie à celles qui n'avaient pas les moyens d'en avoir une. Certaines étaient des mendiantes ou des orphelines de Paris; d'autres venaient de la région de La Rochelle ou de Rouen. S'il faut en croire les comptes rendus de l'époque, il semble bien que beaucoup d'entre elles étaient mal préparées aux rudes conditions de la vie de colon(5). Alors qu'en 1663, il y avait une femme pour six hommes, on comptait maintenant à peu près autant de femmes que d'hommes. En 1671, on relevait 700 naissances. En fait, au cours de la première décennie du régime de gouvernement sous autorité royale, la population est passée à plus de 9 000 habitants. À partir de là, l'immigration a connu un déclin dû en grande partie à la diminution de l'aide octroyée par la France, elle-mÍme engagée dans de nouvelles guerres coûteuses en Europe. Quoi qu'il en soit, la tradition des familles canadiennes-françaises nombreuses était maintenant bien enracinée. La colonie a continué à prospérer, assurant le remplacement de plus de 90 p. 100 de sa population par les naissances plutôt que par l'immigration(7).
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