Mémoires d'un pays
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LOUIS HÉBERT: A Legacy of Tenacity
Immigration History
Héritage

Il faudra un certain temps avant que la colonie de la Nouvelle-France ne trouve un second souffle; mais à la faveur d'une période d'accalmie entre 1713 et 1744, elle connaîtra une certaine prospérité. La France érige une imposante forteresse à Louisbourg afin de protéger ses zones de pÍche, de mÍme que son territoire et ses échanges commerciaux avec la colonie. Après 1720, un taux de natalité élevé entraînera un accroissement rapide de la population, ce qui amènera la création de paroisses(13).

En 1735, une route relie enfin Québec et Montréal. Le commerce des fourrures représente toujours 70 p. 100 des exportations de la colonie. Mais cette période de paix ne sert qu'à préparer la guerre : 80 p. 100 des budgets de la colonie ‹ qui n'égaleront jamais les sommes consacrées au divertissement du roi ‹ vont aux dépenses militaires. On consacre beaucoup plus d'argent à ériger des fortifications « à l'européenne » qu'à renforcer les alliances avec les autochtones(14).

La société coloniale vit sous l'influence de l'élite française qui la dirige et elle se modèle sur la mère patrie. En mÍme temps, toutefois, elle se distingue de la France en raison de sa population restreinte et de conditions économiques et géographiques très différentes, fondées sur l'exploitation des ressources de la terre. Les nobles, la classe moyenne, les officiers, les seigneurs, les administrateurs civils et les commerçants forment une élite extrÍmement sensible aux grâces des autorités coloniales. Quatre-vingt pour cent de la population suit les traces de Louis Hébert, vivant sur la terre et de la terre. Chaque génération amène de nouveaux pionniers qui défrichent la terre, s'y installent, s'y acclimatent, conquièrent de nouveaux territoires et apprennent à connaître leurs voisins(15).

Pendant ce temps, la France acquiert le sentiment que la colonie naissante lui coûte trop cher et lui rapporte trop peu. Les quelque 70 000 colons français doivent souvent se mesurer avec les colonies britanniques, qui comptent 2 millions d'habitants ‹ amer rappel des piètres résultats de la colonisation française en Amérique du Nord(16).

Après quelques victoires militaires spectaculaires (fruit d'une stratégie bien adaptée aux conditions locales qu'on connaissait très bien), la France finit par se replier sur la défensive. Le 13 septembre 1759, les troupes du général James Wolfe remportent la victoire sur celles du marquis de Montcalm dans la bataille des plaines d'Abraham, près de Québec. Montréal tombe l'année suivante. La France finira par céder sa colonie à l'Angleterre, en 1763, avec la signature du traité de Paris(17).

Voilà qui marque à peu près la fin du règne politique de la France en Amérique du Nord, mais non de la présence française. Celle-ci subsistera grâce aux « Canadiens », qui refuseront de se laisser assimiler, affirmant leur existence et revendiquant leur identité jusqu'à nos jours. Protégés par leur langue, leur religion et leurs institutions, concentrés d'abord dans la région restreinte du Québec et de l'Acadie pour gagner ensuite l'Ouest et s'installer dans des enclaves au Manitoba et en Saskatchewan, ils acquerront un mode de vie, des coutumes et des façons de penser qui leur sont propres(18).

Notes en fin de texte:
1-18 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).

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