Mémoires d'un pays
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THE FULLNESS OF TIME: Ukrainian Stories from Alberta
Homesteading

Les immigrants ukrainiens comme Alexander Szpak sont venus au Canada à la recherche de terres. En Ukraine, toutes les terres étaient aux mains des seigneurs et distribuées en parcelles entre une population nombreuse. Le Canada possède de vastes territoires dans l'Ouest, qui sont presque totalement inhabités. Selon la propagande du gouvernement, on cède ces terres pour presque rien. C'est ce qui a attiré tant d'immigrants au Canada au début du siècle : la ruée vers les terres et la possibilité de s'y établir.

Selon la politique relative aux terres du Dominion, les immigrants qui décidaient de s'établir sur un terre recevaient une concession de cent soixante acres pour 10 $ seulement(1). Mais ce n'était que le début. Immédiatement après son arrivée en Alberta en 1900, Alexander Szpak s'est attelé à une tâche exténuante. En sa qualité de colon et pour conserver sa propriété, il devait défricher et labourer une certaine superficie de terre chaque année et l'ensemencer. Les superficies désignées devaient être mises en culture dans un délai de trois ans, ce qui signifiait un travail incessant et épuisant(2).

Le colon devait construire sa maison, souvent avec des rondins et un mélange de terre, de branchages et de paille. On allait dans les environs abattre et débiter de gros épinettes; il en fallait peut être quatre pour construire un mur. Puis on recouvrait la construction d'un mélange de terre ou d'argile et de paille pour se protéger contre les intempéries. Les maisons de meilleure apparence étaient en plus recouvertes d'une couche de chaux. Le colon ne disposait que des instruments aratoires de base pour défricher sa terre, recouverte de broussailles et de pousses d'épinettes. Il commençait le travail de débroussaillage à la main avec une hache, puis se faisait ensuite aider par deux boeufs, parce que les chevaux étaient beaucoup trop dispendieux. Il fallait également creuser un coupe-feu pour protéger les bâtiments agricoles, faire un jardin et chasser pour se nourrir. Si les ressources en eau étaient maigres, les colons devaient recueillir l'eau de pluie ou faire fondre de la neige . Un grand nombre de colons pauvres qui sont arrivés plus tard ont été obligés de s'établir loin des marchés et des villes parce qu'une grande partie des meilleures terres avaient été réservées pour la compagnie de la Baie d'Hudson ou les chemins de fer qui commençaient à sillonner le territoire(3).

Par ailleurs, les chemins de fer offraient souvent une source d'emploi dont on avait un grand besoin, et un deuxième revenu pour les colons. Alexander Szpak, comme plusieurs autres, a également été obligé de prendre un emploi pour avoir assez d'argent pour acheter l'équipement agricole nécessaire et subvenir aux besoins de sa famille et de la ferme. Alexander s'est rendu à Barkerville et a travaillé dans les mines d'or. Après avoir gagné un peu d'argent et mis sa ferme en marche, il a commencé à élever des chevaux de trait, qu'il utilisait sur la ferme et vendait à des agriculteurs du voisinage.

La terre était le fruit du labeur des colons. Ils y ont versé sang, sueur et larmes. Certains ont été généreusement récompensés. D'autres y ont laissé leur vie. Les colons et leur famille étaient souvent isolés des amis et des parents et beaucoup d'entre eux ont eu une vie pénible et solitaire(4).



Pour Alexander Szpak et sa famille, la vie a été dure au cours de ces premières années sur la terre. La nourriture était parfois rare. Il était difficile d'obtenir des vêtements d'hiver. À défaut de couvre-chaussures ou de bottes d'hiver, les colons s'entouraient les pieds de sacs de jute qu'ils attachaient avec de la ficelle agricole. Pendant un hiver, on a manqué de fourrage pour le bétail. Les chevaux étaient si affamés qu'ils se sont approchés de la ferme et, se mettant debout sur leurs pattes de derrière, ont mangé la paille recouvrant le toit. Les conditions étaient si pénibles que les Szpak ont perdu tragiquement un fils et une fille atteints de tuberculose.

De petits accidents entraînaient souvent des incapacités permanentes ou la mort puisqu'il y avait rarement des médecins à proximité. L'absence de routes et de ponts constituait une des plus grandes difficultés. La plupart des pistes étaient impraticables lorsqu'elles étaient détrempées. À l'automne, les colons devaient attendre que le sol gèle pour transporter leurs produits à la gare(5).

La sécheresse a ruiné les colons qui s'étaient établis dans le Triangle Palliser où les terres sont arides. Pour nombre d'entre eux, le prix de l'établissement était trop élevé. Ils ont résilié leurs contrats et ont déménagé(6).

L'adversité a cependant rapproché les colons. Les préjugés se sont estompés au fur et à mesure que les gens se sont entraidés. On ne verrouillait pas les portes et on laissait les lanternes allumées pendant la nuit pour orienter les voyageurs. Et au fur et à mesure que les localités se sont développées, on a organisé des journées sportives, des foires agricoles et toutes sortes de divertissements dans les salles publiques(7).

Des liens spéciaux se sont créés entre les immigrants qui sont venus ici, ont défriché les terres de l'Ouest et les ont cultivées. On peut presque parler d'un lien spirituel entre eux, et avec la terre.

Notes en fin de texte:
1-7 - The 1998 Canadian & World Encyclopedia
(McClelland & Stewart, Toronto, 1998).